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Discours de Martine Ouaknine, présidente du CRIF Sud-Est le 27 août 2002 |
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27/08/02
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Le Crif Sud Est
La Fondation pour la Mémoire de la Shoah
L’association des Fils et Filles de déportés juifs de France
Le Comité Nice Côte d’Azur Yad Vashem.
Vous prient d’honorer de votre présence
La cérémonie de pose
de la plaque commémorative de l’internement des Juifs de la région niçoise, arrêtés lors de la rafle des 26 et 27 août 1942
En présence des autorités civiles, militaires et religieuses de Nice et la Région
Et de Me Serge KLARSFELD
Le Mardi 27 août 2002 à 11 h 30
devant l’enceinte extérieure de la Caserne Auvare
Rue de Roquebillière à NICE
« Notre bonne mémoire, c’est le seul lien qui retient hors du néant, les voyageurs fantômes des convois de la mort… »
Vladimir Jankélévitch
Discours de Martine OUAKNINE – Présidente du CRIF Sud Est
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Sénateur Maire,
Monsieur le Vice Président de l’Assemblée Nationale,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Monsieur le Procureur de la République,
Monsieur le Directeur Départemental de la Police et Mr le Commissaire Central,
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Mesdames et Messieurs les Conseillers Régionaux et Généraux,
Messieurs les Maires,
Monsieur l’ancien député Maire,
Madame la Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah,
Monsieur le Président de l’Association des Fils et Filles de Déportés juifs de France,
Monsieur le Président de Yad Vashem Côte d’Azur,
Monsieur le Président des Anciens Résistants juifs,
Mr le Président du Musée de la Résistance Azuréenne,
Messieurs les représentants des Anciens Combattants,
Mesdames et Messieurs les Proviseurs et Enseignants,
Monsieur le Président de France-ISRAEL,
Monsieur le Grand Rabbin,
Messieurs les Rabbins,
Mesdames et Messieurs les Présidentes et Présidents du Consistoire de Nice Antibes Cagnes sur Mer et Cannes, FSJU, AUJF, BB, Wizo, KKL,
Mmes et Mrs,
Les 26 et 27 août 1942, 700 civils seront raflés dans les Alpes Maritimes, les Basses Alpes et Monaco traqués jusque dans les hôpitaux, pour être internés à la Caserne militaire Auvare sur un seul critère : celui d’être juif … étranger ou français.
Le 31 août 1942, après 5 jours d’internement, 219 hommes, 12 enfants et 279 femmes dont la mère de Lisette FALL, venue spécialement de Paris aujourd’hui, composeront le 8ème convoi quittant la zone libre vers la mort programmée de Drancy.
Un témoin du passage de ce convoi en gare de la Blancarde raconte : « Les malheureux se jettent sur « notre eau et nos provisions…Mais pas un cri, pas une plainte, les figures seules, crispées et « ravagées, les yeux pleins de larmes témoignent des souffrances endurées…Une femme veut jeter « son enfant par la portière pour nous le confier. »
Mais il y a eu des femmes et des hommes d’honneur. Et parmi eux, des policiers et des auxiliaires du gouvernement, qui ont fermé les yeux, qui ont oublié le zèle et la célérité au point que les prévisions de rafles subiront un échec relatif…
D’autres, trop nombreux, sous l’autorité de leurs chefs, feront taire leur conscience pour répondre aux exigences nazies. Un courrier officiel d’archive leur attribuera même un intérêt collectif.
«Ces mesures ont incontestablement heurté l’opinion publique… Mais c’est là un sentiment passager, « les juifs s’étaient rendus si encombrants dans la région : ils étaient si nombreux et étalaient avec une « telle impudence leur luxe que la masse du peuple n’est pas dans l’ensemble, mécontente de les avoir « vu partir ».
Le danger d’une idéologie assez forte pour faire émerger, cette conviction consciente ou inconsciente que « l’étranger, l’autre, le différent est l’ennemi » devait être dénoncé, condamné, combattu.
C’est le pari des démocraties d’aujourd’hui contre les dictatures, le triomphe de la réflexion sur l’aveuglement.
« N’oublie jamais que tu as été un étranger et un esclave en terre d’Egypte »
Ce devoir de mémoire que nous a prescrit la thora, n’a de valeur que partagé avec tous.
De même mesurons nous pleinement la valeur du repentir lorsqu’il est exprimé ( notre tradition nous enseigne que D. ne peut pardonner à l’homme que si au préalable il a demandé pardon à l’homme puis à D.) .
En instituant en 1995 une journée nationale de Commémoration des victimes des crimes racistes et antisémites, le Président de la République Jacques CHIRAC a exprimé la responsabilité de l’Etat français envers les citoyens juifs et l’engagement du combat d’une France généreuse contre les forces obscures.
Le 1er octobre 1997, la déclaration de Repentance de l’Episcopat de France a été la deuxième étape essentielle d’un travail national de mémoire et de vigilance.
Aujourd’hui, dans notre belle cité nissarde, d’où ont été déportés Arno KLARSFELD, père de Serge ici présent et Président de l’association des Fils et Filles de Déportés Juifs de France, et Simone JACOB devenue Simone WEIL, actuelle Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, cette cérémonie est un apaisement, un hommage posthume aux victimes, une leçon aux assassins de l’histoire et à ceux qui voudraient faire revivre certaines de leurs idées, tel cet ancien Wafen SS qui souilla, il n’y a pas si longtemps, le sol niçois.
Elle participe de la détermination de refuser l’oubli, de la volonté de livrer à la réflexion de chacun, l’horreur du génocide et les conséquences de la haine qui ont permis que l’humanité soit doublement assassinée dans les camps de concentration : dans sa chair et dans son essence.
Comme l’analyse l’historien G.Bensoussan, la commémoration est une vérification d’identité.
C’est le moment où les citoyens constatent qu’ils partagent valeurs et principes communs.
Ville de contraste, c’est à NICE que DARLAN créa la milice.
Mais c’est aussi à NICE que Jean MOULIN, ancien préfet, choisit d’ouvrir une Galerie d’Art prolongeant son refus de collaborer et une intense activité de résistant.
C’est encore à Nice que circula un tract anonyme trouvé par un inspecteur des RG le 12 octobre 1942 :
« Mères française, pères français, lorsque vous embrassez votre enfant le soir dans son lit, avant son « sommeil heureux, quand le matin vous cueillez le premier sourire de votre enfant réveillé, songez à « ces trains infernaux, où, entassés comme un troupeau amené à l’abattoir, 2000 petits enfants juifs, « seuls, abandonnés à leur angoisse mortelle, crient de terreur et de soif… Ces horreurs se passent « chez nous sur notre douce terre de France, avec la complicité du gouvernement français, collaborant « avec ceux qui nous affament, qui pillent nos richesses, qui retiennent nos prisonniers, qui assassinent « les patriotes combattant pour une France libre et heureuse….Les bandits hitlériens réclament « aujourd’hui des enfants juifs, mais demain, si nous n’arrêtons pas immédiatement la main criminelle « des assassins, soyez en sûrs, ils s’attaqueront aux petits Français……Arrêtez dès à présent la main « du bourreau qui se lève sur les enfants juifs et leurs familles. Vous préserverez ainsi la vie et le « bonheur de vos propres enfants et de tous les vôtres ».
Nous avons souhaité que ce moment nous rassemble fraternellement autour des valeurs républicaines de liberté, de justice et de tolérance.
Si le dévoilement de cette plaque rappelle combien il est dangereux pour les démocraties de laisser le champ libre au rejet de l’autre, combien sont honorables les justes de notre région, qui au péril de leur vie, ont sauvé des juifs, nous voulons lui associer aujourd’hui les policiers qui sont morts pour la France.
Aussi une gerbe sera – t’elle déposée dans quelques instants devant la stèle qui leur est consacrée.
Auparavant, je tiens à exprimer mes remerciements à M. Merowka, M. Niddam, pour leur aide précieuse, à Rudy SALLES pour son soutien, et ma reconnaissance à M. Nicolas SARKOZY, Ministre de l’Intérieu,r qui a permis que cette cérémonie ait lieu, à M. DESCHAMPS, Directeur Départemental de la Police, M. SCHMITT, Directeur adjoint, et M. Mac KAIN, chef de cabinet de M. le Préfet pour leur coopération courtoise et efficace.
Comme une prière à la mémoire de toutes les grand-mères, à la mémoire de toutes les mères, de la part de tous les enfants, nous allons écouter cette très émouvante interprétation au violon de ma « yiddish mame » par Nery FRADKOFF.
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