L’avocat international et président français pour Yad Vashem Samuel Pisar, rescapé d’Auschwitz, exprime, dans le Monde du vendredi 13 février 2009, son indignation face aux détracteurs du Mémorial universel de la Shoah. Extraits : « On voudrait pouvoir se dire que la liberté d'expression ne doit servir qu'à enrichir la connaissance des hommes et à améliorer leur mutuelle compréhension. Malheureusement, elle sert parfois aussi à colporter quelques ignominies, comme cette lettre ouverte au président d'Israël, "Effacez le nom de mon grand-père à Yad Vashem", que vous avez estimée digne de vos pages (Le Monde du 28 janvier)…. Sans vouloir entrer dans la polémique, je voudrais rappeler que ce mémorial a été fondé en 1953 avec pour mission essentielle de commémorer les martyrs et les héros de l'Holocauste, maintenir leur mémoire, et honorer les Justes parmi les nations. Préserver l'identité de millions d'êtres humains exterminés dans la plus grande catastrophe jamais perpétrée par l'homme contre l'homme est à la fois un devoir sacré et le seul moyen de donner une sépulture morale à tous ceux qui ont disparu sans tombe ni stèle… Dans tous les pays de l'Europe, et notamment en France, il y eut des non-juifs qui ont mis en danger la liberté et la vie de leurs familles afin de porter secours, ouvrir leur foyer et leur coeur, pour sauver des juifs promis a l'extermination dans un monde indifférent. Retrouver leur trace et inscrire leurs noms dans l'Allée des Justes parmi les nations est sans doute notre travail le plus porteur d'espoir. Pour moi, d'abord administrateur de Yad Vashem Jérusalem, puis président fondateur de son Comité français, ce devoir a acquis une importance capitale, parce qu'après la destruction de ma famille immédiate en Europe de l'Est, sa branche française a été sauvée par les villageois de Chambon-sur-Lignon, pasteur en tête, tous reconnus Justes parmi les nations. Et parce qu'une certaine décomposition morale de la vie contemporaine démontre qu'il manque des Justes dans notre monde à nouveau enflammé - des Justes chrétiens, des Justes musulmans, et, oui, des Justes juifs également. Cette action, que nous avons menée au sein du Comité français pour Yad Vashem, moi-même et mon successeur Richard Prasquier, avec Simone Veil, Elie Wiesel, David de Rothschild, Ady Steg et quelques autres, je la vois non seulement comme l'expression d'une grande dette envers ces êtres rares et exemplaires, mais aussi comme la reconnaissance de leur apport précieux à l'humanité, dont la jeunesse a besoin pour le présent et pour demain. Voilà, véritablement et exclusivement, quelles sont nos vocations. Il n'y a jamais eu, et il n'y aura jamais, de place à Yad Vashem pour une quelconque argumentation politique ou idéologique, et encore moins démagogique. Toute tentative d'instrumentaliser cette institution sacrée et respectée constitue une trahison envers les morts et les vivants. Elle est donc tout simplement indigne. » Photo : D.R.
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