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Serge Gainsbourg, Albert Camus, Claude Levy-Strauss, quand la commémoration travestit la mémoire
21/01/10
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- - Thème: Culture


 

Quel est le dénominateur commun qui rassemble aujourd’hui Serge Gainsbourg, Albert Camus et Claude Levy Strauss ? Qu’est ce qui rassemble trois personnages aussi dissemblables sinon l’hommage unanime qui leur est rendu. Et à l’intérieur de cet hommage c’est la part sélective retenue par la mémoire officielle.
 
La commémoration dont la France a le culte, oublie ce qui la gène.
 
Voilà Serge Gainsbourg aussi enfumé qu’entouré de jolies femmes, poète génial du « poinçonneur des Lilas » mais dont personne ne rappelle l’hommage rendu à « la terre d’Israël » et aux enfants d’Israël composé en 1967, comme s’il fallait proscrire cet aspect là de sa biographie, comme si dire cet amour là faisait une tâche déshonorante. Jamais vous n’entendrez cette chanson à la radio sinon sur LA fréquence juive.
 
Prenez Albert Camus transformé en philosophe absolu d’un consensus à l’eau de rose alors qu’il fut celui de la rupture avec les fanatiques de l’idéologie. Sa dénonciation du terrorisme comme arme de l’émancipation contre l’oppression était à l’opposé des modes politiques des années 60 et 70. Pourquoi s’acharne-t-on à oublier les ricanements du prêt à penser de gauche dont il fut l’objet ?
 
Et puis Claude Levy-Strauss, célébré unanimement comme étant le penseur de l’altérité dont personne n’ose rappeler ses textes très critiques à l’égard des cultures nées de l’Islam, justement à propos de cette difficulté spécifique des sociétés musulmanes à accepter l’autre, autrement que dans un rapport de soumission.
 
Tristes tropiques hexagonaux qui recomposent une fausse mémoire nationale par l’effacement de ses diverses aspérités.
 
Jacques Tarnero
 
Photo : D.R.

 
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