Antisémitisme Shoah Gilad Shalit
 
english version
Accueil
Communiqués
Le Crif en action
Agenda
Cinéma
Manifestations
Radio/TV
Théâtre
Revue de presse
Analyses
Organisations
Entretiens
Commentaires
Lectures
Temoignages
Etudes du Crif
Dossiers
Chroniques iraniennes
Chroniques Durban 2 (Genève)
Chroniques onusiennes
Chroniques judiciaires
Chroniques Internet
Parcours de vie
Institution
Présentation
Histoire
Membres
Sections Régionales
Liens
  English   english version
Contacts
 
  Entretiens
 
Charles Baron, rescapé d’Auschwitz et Annick Kayitesi, survivante du génocide Tutsie : « Répétons jusqu’à l’épuisement le nom de nos disparus. »
12/09/05
 imprimer cet articleenvoyer à un ami 
- - Thème: Mémoire


 


Sur paroles (1), le magazine de la nouvelle école de journalisme de sciences politiques de Paris consacre son dernier numéro (juin 2005) à l’héritage d’Auschwitz. Les étudiants ont rencontré les survivants de l’horreur : Henryk Mandelbaum, un des rares rescapés des Sonderkommandos, ces prisonniers chargés par les nazis de sortir les cadavres des chambres à gaz et de les brûler ; Jules Fainzang (88 ans) déporté à Auschwitz et à Buchenwald et qui participe chaque année à des séminaires sur la transmissions de l’histoire de la Shoah ; Martha Czerewska, une polonaise non juive qui se bat pour la mémoire de son frère Janosz, déporté à Auschwitz parce qu’il était artiste peintre ; Dorotha Rischka qui, tous les matins se rend dans les camps. Son métier ? raconter la Shoah aux visiteurs ; Charles Baron, un déporté français membre de la Commission du souvenir du CRIF, qui retourne souvent en Pologne avec des étudiants ou des lycéens et Annick Kayitesi qui est rescapé du génocide Tutsie.

Nous extrayons de ce numéro de grande qualité l’échange qui a lieu entre Charles Baron et Annick Kayitesi. Les propos ont été recueillis par Milana Bakhaeva :

Annick Kayitesi : Quand je me suis réveillée hier, sachant qu’on allait à Auschwitz, j’étais terrorisée. Et pourtant je ne m’imaginais pas l’effroi que procure ce lieu. Comment faites-vous pour revenir ici ?

Charles Baron : Ca me rend malade à chaque fois. Mais témoigner est un devoir, une mission envers le passé et l’avenir. Non pas pour que les gens se souviennent d’un vieux monsieur rescapé ou pour les rendre meilleurs. Mais, pour inscrire en eux la mémoire de tous ces enfants morts que je porte en moi, pour que la mémoire de ces petits anges me survive.

Annick Kayitesi : Au Rwanda, dans les cérémonies de rescapés, nous répétons jusqu’à l’épuisement le nom de nos proches disparus. Parce que les oublier, ce serait les tuer une seconde fois. C’est vrai que c’est important… Mais au bout de dix ans, je n’arrive toujours pas à m’habituer à ce vide, et témoigner est une douleur de plus en plus grande…

Charles Baron : (…) Tu ne dépasseras jamais cette souffrance. Mais tu vivras.

Annick Kayitesi : Moi, j’ai l’impression que je me sauve par la haine, la colère. Je suis toujours en colère. Vous semblez si doux, si calme.

Charles Baron : Je lutte avec moi-même. Ne crois pas que je n’éprouve pas de haine. J’ai encore de la haine ? Non pas contre les jeunes Allemands qui n’ont rien à se faire pardonner. Mais contre ceux qui nous ont fait cela. Le pardon n’est pas quelque chose qui se distribue comme cela. Pardonner au nom des morts est impossible. Mais ta haine, tu dois vivre avec, prendre ce qui te fait vivre en elle sans y succomber.

Annick Kayitesi : Je suis heureuse de ce que vous dites sur le pardon. Car, souvent on s’étonne que je ne veuille pas pardonner, que je ne veuille pas parler de réconciliation. Et en ce sens, je suis vraiment chanceuse car vous nous avez précédés. Je peux apprendre de vous. Les Tutsie peuvent apprendre des Juifs. Vous aviez le même âge que moi lorsque c’est arrivé. Vous êtes déjà passé par là et vous avez reconstitué une famille, vous avez redonné de l’humanité et du sens à votre vie…

Marc Knobel

Note :

Sur paroles, 117, boulevard Saint-Germain. 75006 - Paris. surparoles@gmail.com

 
Dans le même dossier   
 
Entretiens
Richard Prasquier évoque le génocide rwandais : « Qui prend le deuil quand presque tous sont morts ?»
 
Revue de presse
Gros Plan d’ailleurs : Regard sur le génocide rwandais, les témoignages, la littérature et la musique
 
Entretiens
Daniel Saada, Ambassadeur itinérant d’Israël en Afrique : « David Ben Gourion disait que la rédemption du peuple juif sur sa terre ancestrale devait servir de modèle pour les peuples frères d’Afrique dans leur lutte pour l’indépendance et le développement
 
imprimer cet article
envoyer à un ami top  retour
 
  

Dossier :  AUSCHWITZ – RWANDA


 
Plan du site Listes de diffusion Crédits Copyright