Discours du Préfet du Rhône à la cérémonie du Vel d'hiv à Lyon
26/07/02


 

Monsieur le Député,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Madame l’adjointe au maire, représentant M. le maire de Lyon,
Monsieur le vice-président du Conseil Régional, représentant Mme la Présidente du Conseil Régional,
Mesdames et Messieurs les Elus,
Madame et Messieurs les Consuls Généraux,
Monsieur le Grand Rabin,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,

Il est dans la vie d’un homme comme dans celle d’une nation des moments qui blessent la mémoire et l’idée que l’on se fait de son pays.

La vie d’un homme, celle de chacun d’entre nous, n’est pas faite que d’allées rectilignes et éclairées qui traversent des paysages dégagés. Une vie ce sont aussi des impasses, des terrains vagues, des grottes et des abîmes.

Il en est des nations comme des hommes. L’histoire d’une nation n’est pas faite que de victoires et de gloire, mais aussi de défaites, d’échecs, d’erreurs, et bien plus grave que les combats perdus contre l’ennemi, ce sont ceux perdus contre l’honneur, contre soi-même. Pour une nation ce sont les fautes, les crimes qui violent les valeurs mêmes sur lesquelles elle repose.

Ces moments il est difficile de les évoquer parce que l’on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l’horreur, pour dire le chagrin de celles et de ceux qui ont vécu la tragédie.

Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français.

Notre premier devoir est de le savoir et de le rappeler. La mémoire est notre première dette à l’égard de ces victimes qui n’ont été désignées qu’en raison de leur appartenance à une communauté.

Rendre hommage aux victimes, comme nous le faisons aujourd’hui, ce n’est pas seulement en faire la nécessaire et sinistre comptabilité.

Leur rendre hommage, c’est leur rendre visage. Je ne saurais pas les compter, mais il me semble voir des visages de femmes, d’enfants, d’hommes, jeunes ou pas, blessés, résignés ou inconscients, révoltés ou déchirés, résolus ou abattus. On y parlait français, polonais, yiddish, les yeux étaient bleus ou noirs. Cette immense diversité était celle de l’être humain, c’était la nôtre.

Nous rendons aussi, aujourd’hui, un hommage aux Justes de France. Il s’agit de saluer ces millions d’hommes et de femmes qui ont sauvé, au péril de leur propre vie, des personnes menacées de génocide.

En sauvant ces juifs recherchés et persécutés, ils ont aussi sauvé la dignité nationale dans une discrétion qui fait d’eux les ignorés de l’histoire.

Cette commémoration a un deuxième sens. La mémoire et le souvenir doivent servir à préparer l’avenir. Nous avons un devoir de vigilance. Vigilance à l’égard du racisme, de l’antisémitisme, vigilance à l’égard de l’esprit de haine et d’intolérance. Ce devoir de vigilance nous incombe à tous, et d’abord à nous, responsables publics.

Enfin, cette journée du 21 juillet a un troisième sens : rappeler aux français que notre richesse nous la tenons de notre diversité. Diversité culturelle, sociale ou religieuse.

La force de notre diversité sera de savoir s’ancrer dans la plus précieuse tradition française, celle de l’humanisme qui a donné naissance aux valeurs de liberté, de justice et de tolérance. Celle qui est, tout simplement, l’honneur de la République.