Tribune
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Published on 25 September 2012

Témoignage de M. Charles-Etienne Nephtali

Chers Amis,

 
Au sujet de l'inauguration du Mémorial de Drancy, permettez-moi de vous faire part de cette anecdote, vieille de 51 ans maintenant mais toujours présente en ma mémoire :   

En octobre 1961, arrivant de mon Maroc natal, il me fut attribué une HLM à Bobigny, face à la gare de voyageurs d’où partirent tant de convois. Un dimanche, au hasard d’une promenade, j’arrivai, avec ma femme et mon fils Jean-Luc âgé de 2 ans, à Drancy distant de quelques kilomètres. Je reconnus de suite le bâtiment en U dont j’avais vu des photos sur un livre, « Drancy la Juive ». Sur le bâtiment, une plaque de marbre, maculée d’encre, indiquant ce que fut ce lieu il y avait tout juste 16 ans.

Une Dame d'un certain âge nous demanda si nous cherchions quelque chose. Lui répondant par la négative, je lui fis cependant part de mon émotion de me trouver en ces lieux. Elle nous conta alors avec force détails ce qui s’y était passé à partir de l'année 1942 : des autobus amenant hommes, femmes et enfants, les cris, les pleurs, la police française........

Elle n’arrêtait pas de ponctuer son récit de « c’était affreux, Monsieur, c’était horrible ». Lui demandant d’où elle tenait tous ces détails, elle me déclara qu’elle habitait dans un pavillon juste en face et que plusieurs voisins furent témoins de ces « scènes terribles, horribles, atroces ». Et à mes questions « Vous ne disiez rien ? Vous ne faisiez rien ? », elle ne répondit que « C’étaient des Juifs, après tout ».

« Des Juifs, après tout ». Des gens normaux, comme vous et moi, d’honnêtes gens, vraisemblablement de bonnes mères et de bons pères de famille se comportèrent et raisonnèrent de la sorte, restant muets face à l’horreur, muets..........comme cette Cité qui porte comme nom, quelle ironie, « La Muette » !

Pire encore, si au moment des faits, cette Dame, qui me demanda ensuite poliment de l'aider à traverser la rue, ce que je fis, ne connaissait pas encore le sort qui attendait ces malheureuses gens, au moment où elle prononça ces mots, elle savait certainement ce qu’il en était advenu.

Les paroles de cette personne résument bien l’ambiance de l’époque parmi certaines gens. Plus d'un demi siècle ans après, face à des actes, que d’aucuns qualifient de « judéophobes, antijudaïques » mais que je persiste à appeler « antisémites », des gens se comportent de façon similaire, allant jusqu’à rendre les Juifs responsables de leurs malheurs.

Bonne réception, bonne lecture et bon jeûne de Kippour.

Bien amicalement.

Charles Étienne NEPHTALI

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