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Published on 5 December 2017

#Monde - La mémoire saccagée des chrétiens d'Orient

Longtemps, les chrétiens du nord de l'Irak ont vécu en sécurité. Ces dernières années, ils ont dû fuir la folie éradicatrice de Daech. Reviendront-ils ? Entretien avec le père Najeeb, qui a sauvé une partie des manuscrits de Mossoul.

Publié le 4décembre 2017 sur le site de Biblios

Son histoire a fait le tour du monde. Daech venait de conquérir Mossoul, puis Qaraqosh, la capitale officieuse des chrétiens irakiens, et lui remplissait des camionnettes de manuscrits médiévaux pour les soustraire à la folie éradicatrice des djihadistes. Au checkpoint, le père Najeeb arrêtait les chrétiens qui fuyaient. Ils n’avaient eu le temps d’emporter que quelques habits, peu de souvenirs, mais le prêtre dominicain les priait de tout abandonner pour prendre à la place des manuscrits. Il vient de publier aux Editions Grasset un témoignage, Sauver les livres et les hommes.

L'OBS. Quel est le message de votre livre ?

Michaeel Najeeb. Les hommes ne peuvent pas vivre sans leurs racines. Ni leur mémoire. C'est bien pour cela que Daech a essayé d'effacer la culture, de saccager les musées, détruire les vestiges et brûler des bibliothèques dans de véritables autodafés. Ceux qui veulent sauver les chrétiens et les minorités doivent avoir conscience qu'il faut aussi sauver leur passé.

Dans ce livre j'évoque mon enfance, les moments de fraternité entre les chrétiens et les musulmans. Nous étions fiers du passé de notre pays, pique-niquions ensemble près des taureaux ailés hérités des Assyriens. Quand j'ai vu les membres de Daech en train de les défigurer au marteau piqueur, j'ai bien compris que, pour eux, c'était comme s'ils étaient en train de tuer des êtres humains.

Les chrétiens étaient près d'un million et demi avant 2003 en Irak. Il en reste à peine deux cent mille. Quelle est leur situation actuellement ?

A Qaraqosh, principale ville chrétienne, 40% de la population qui était réfugiée au Kurdistan est revenue. A Mossoul, en revanche, aucun des cinquante mille chrétiens n'est rentré. C'est bien trop dangereux. Dans la ville de Bartella, où vivaient aussi beaucoup de chrétiens, les Shabaks, une minorité chiite d'origine iranienne, ont pris possession de 80% des maisons. Les chrétiens disent que Daech a déjà muté et que les persécutions continuent. Nous sommes dans une situation bancale, pris entre les Arabes musulmans et les Kurdes, et s'allier avec les uns signifie être exclus par les autres.

Comment voyez-vous l'avenir institutionnel de la plaine de Ninive ?

Nous vivons sur une terre qui est encore disputée. La plaine de Ninive est désirée et convoitée par tout le monde depuis des décennies déjà. Historiquement, nous étions du côté des Arabes musulmans de la grande province de Ninive. Mais ceux-là, d'une manière ou d'une autre, ont ouvert les portes de Mossoul à Daech, et les chrétiens ne peuvent plus leur faire confiance.

Les Kurdes aussi ont fui devant l'avancée de «l'Etat islamique», nous laissant sans défense, mais ils ont ensuite accueilli les réfugiés chrétiens durant quatre ans. Serons-nous rattachés au Kurdistan ou au gouvernement central de Bagdad? Ce n'est pas clair. Nous sommes une carte, une monnaie d'échange entre ceux qui se livrent aujourd'hui une guerre ouverte, alors que la ville de Kirkouk et une partie de la plaine de Ninive viennent d'être occupées par le gouvernement central.

Les chrétiens ont-ils pris position à l'occasion du référendum sur l'indépendance du Kurdistan ?

Beaucoup ont voté en faveur de l'indépendance. Ils ont nourri l'espoir de voir émerger un Kurdistan qui soit un pays ouvert et démocratique, où le gouvernement serait non confessionnel et la loi laïque. Ce serait un exemple pour l'Irak et les pays arabes. J'espère d'ailleurs que la mention de la religion sera retirée de la carte d'identité…

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