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Published on 7 February 2018

#Crif #Auschwitz - Récits du voyage de mémoire du Crif : "L'attente"

Le 4 février 2018, les Amis du Crif ont organisé un voyage de mémoire dans les camps d’Auschwitz-Birkenau. Près de 200 personnes ont participé à cette journée exceptionnelle, qui a marqué les mémoires de chacun. Une délégation d’élus et de personnalités publiques a également accompagné le président du Crif, Francis Kalifat. Nous avons également eu l'honneur d'être accompagnés par Ginette Kolinka, rescapée d’Auschwitz.Tout au long de la semaine, le Crif vous propose de vivre ou revivre ce voyage mémoriel pour que nous devenions tous "les témoins des témoins".

12h, entrée du camp-mémorial d'Auschwitz I. Après les nombreuses consignes des guides, chacun se prépare comme il peut à ce qui l'attend. Nous descendons silencieusement du bus et nous dirigeons à pas mal assurés, titubant dans la neige épaisse, vers l'entrée du camp d'Auschwitz I.

De nombreux groupes sont là également et se précipitent vers les portiques de sécurité à passer. Nous entendons la consigne d'attendre un moment, pour laisser les premiers visiteurs entrer. Nous nous rassemblons par petits groupes, en cercle, les pieds enfoncés dans la neige, les bras croisés sur les poitrines pour se réchauffer. Certains s'impatientent et se demandent ce qu'on attend, plantés là sans bien savoir pourquoi.

Un peu plus loin, deux jeunes filles discutent avec l'un des guides du mémorial. Elles s'interrogent sur l'attente, elles aussi. Mais pas sur la nôtre, pas sur celle d'aujourd'hui. Non, elles s'interrogent sur les heures d'attentes qu'ont vécu chacun des déportés, sur chaque minute de chaque heure passée au camp, sans savoir de quoi serait faite la prochaine. Le guide explique qu'à la descente des wagons à bestiaux, la plupart des déportés était soulagée et se précipitait avec entrain sur les routes indiquées par les SS. « Ils étaient enfin arrivés à destination. Il s'agissait maintenant de reconstruire un foyer, de reformer un semblant de vie. Beaucoup ne pouvaient pas s'imaginer ce qui était sur le point d'arriver ».

Plus tard dans la journée, nous découvrons la Juden Ramp, à quelques centaines de mètres du camp de d'Auschwitz II - Birkenau. C'est sur cette rampe de chemin de fer qu'est arrivée la majorité des Juifs français jusqu'au printemps 1944. Les guides n'ont de cesse de répéter que c'est sur cette rampe que tout ce que l'on connaît des sélections s'est passé. « Pas sur les fameux rails qui entrent dans le camp de Birkenau et dont tout le monde a l'image en tête » précisent-ils à plusieurs reprises. « Cette rampe là a servi à partir de l'été 1944 seulement, pour l'arrivée de Juifs hongrois ».

« Enfin, qu'importe où ils sont arrivés non… ? » chuchote une adolescente à l'oreille de sa mère.

Aujourd'hui, la Juden Ramp est repérable par un wagon à bestiaux placé à l'endroit où les trains de la mort finissaient leur route dans un ultime crissement sur les rails gelés.

Nous apprenons les mécanismes précis et réguliers de la sélection. Nous apprenons la chance, et la malchance d'être envoyé d'un côté ou de l'autre. Nous apprenons les cris et les pleurs des enfants séparés de leur père ou de leur mère. Nous apprenons la douleur des époux qui se regardent dans les yeux pour la dernière fois. Nous apprenons l'horreur et la bestialité.

A la fin de notre visite d'Auschwitz II – Birkenau, dans l'après-midi, nos guides nous emmènent vers le Sauna, cet espace dédié à la désinfection des déportés, à leur tonte et au processus de tatouage. Ce sont des Hommes qui sont entrés ici. A leur sortie, il ne restait d'eux que quelques numéros tatoués tantôt sur le flanc, tantôt sur le bras.

Portes après portes, salles après salles, ils ont attendu. Cherchant une pièce un peu plus chauffée, un sol moins escarpé ou un filet d'eau moins bouillante, ils ont attendu. Debout, les pieds dans la neige pendant des heures, ils ont attendu.

Mais qu'attendaient-ils ? A t-on la force d'attendre quelque chose qui ne vient jamais ? Ginette Kolinka, rescapée d'Auschwitz qui nous fait l'honneur de sa compagnie pendant ce voyage, n'a pas de réponse. « Je ne sais pas ce qui nous a fait tenir, je ne l'explique pas ».

Pour expliquer la force de l'attente, pour expliquer l'inexplicable, même dans les esprits les plus sceptiques, le mot « miracle » résonnent comme une évidence.

Marie-Sarah Seeberger

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