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Published on 7 March 2018

#Crif #Internet - La communauté juive s'attaque à l'antisémitisme sur Internet

Le Crif, qui tient son dîner annuel ce mercredi, va créer un Observatoire de la haine sur le Web et demander à Emmanuel Macron de renforcer l'arsenal législatif.

Publié le 6 mars 2018 dans Le Figaro

Pour la communauté juive, le combat contre l'antisémitisme se livre désormais sur Internet. Lors de son dîner annuel, ce mercredi, en présence d'Emmanuel Macron, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) évoquera notamment la création prochaine de l'Observatoire de la haine sur Internet. «Le Web est une Cocotte-Minute où se développent les pires horreurs, les pires préjugés contre les Juifs, justifie l'historien Marc Knobel, directeur des études au Crif. Sans qu'il n'y ait aucune régulation.» La lutte contre la haine sur Internet, c'est aussi «la priorité» du plan gouvernemental que prépare la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) pour les trois prochaines années, et qui sera dévoilé fin mars.

Dans une étude publiée fin 2014 (1), la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) montrait déjà que «le triptyque formé par les réseaux sociaux, les forums de discussion et le partage de vidéos constituait un monde médiatique particulièrement propice à l'expression, à la radicalisation et à la propagation des préjugés antisémites». La moitié des plaintes déposées par le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) concerne aujourd'hui des insultes ou des menaces sur Internet. «Un phénomène qui a commencé il y a plus de dix ans, précise Sammy Ghozlan, mais qui prend de l'ampleur. Or ces plaintes sont souvent classées sans suite.» L'Observatoire de la haine sur Internet aura pour mission d'«observer les sites, les blogs, toutes les formes de support appelant à l'antisémitisme, détaille Marc Knobel. De comptabiliser ces expressions antisémites, puis d'élaborer une stratégie pour lutter contre ces haines. C'est difficile, car des sites se créent puis disparaissent et se recréent avec d'autres appellations.

Et ils sont souvent hébergés à l'étranger». Selon le Crif, «les violences sur internet sont clairement en hausse»: «Il n'y a qu'à voir le nombre de clics sur une vidéo de Dieudonné, ou bien la circulation de certains hashtags antisémites, poursuit le directeur des études. Il y a des phénomènes conjoncturels, liés à l'actualité: par exemple, lorsqu'un article sort sur le conflit israélo-palestinien, les commentaires flambent! Et des phénomènes structurels, qui montrent que les préjugés n'ont pas disparu, comme lorsqu'on évoque des banquiers…» La solution ? «Elle passe par l'éducation, martèle-t-on au Crif. D'autant plus que l'antisémitisme ne menace pas que les Juifs. Mais d'abord, les valeurs de la République.»

«Rendez-vous compte qu'un jeune juif né en 2000 n'a pas connu autre chose que l'antisémitisme et des recommandations : ne pas dire qu'il est juif, ni porter de kippa…»

Samy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme

Quant aux agressions antisémites, c'est une «reprise d'actes particulièrement forts» que constate depuis le début de l'année le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb. Fin janvier, la Place Beauvau a publié un bilan des actes racistes, antisémites, antimusulmans et antichrétiens en 2017. S'ils ont globalement diminué en nombre, le ministère s'inquiète de l'intensification «préoccupante» des violences à caractère antisémite, passées de 77 en 2016 à 97 en 2017. Par ailleurs, les atteintes aux sépultures et aux lieux de culte juifs ont connu une hausse de 22 % par rapport à 2016. Et un acte raciste sur trois, note le Crif, est dirigé contre un Juif, alors qu'ils ne représentent qu'1 % de la population française.

Mercredi dernier, un garçon de 14 ans a été agressé à la sortie de la synagogue de Montmagny, dans le Val-d'Oise, traité de «sale Juif» par une bande d'adolescents du quartier. Sa kippa lui aurait été arrachée et volée. La juge pour enfants n'a pas retenu la circonstance aggravante d'antisémitisme. Quelques jours plus tôt, le 19 février, le bébé d'un rabbin de la ville de Bron (Rhône) était brûlé au white spirit dans sa poussette. Jeudi, c'était une femme médecin dans les Hauts-de-Seine qui recevait une lettre de menaces: «Écoute bien vieille juive […] on va te faire de la misère.» De tels actes antisémites, le BNVCA en recense désormais plusieurs par semaine. «J'ai encore deux affaires récentes de collégiens juifs tabassés à cause de leur religion, assure Samy Ghozlan, son président. On remarque que les agressions d'enfants - souvent commises par d'autres enfants - sont en forte augmentation, d'environ 40 %. Rendez-vous compte qu'un jeune juif né en 2000 n'a pas connu autre chose que l'antisémitisme et des recommandations: ne pas dire qu'il est juif, ni porter de kippa…»

La banalisation de l'antisémitisme, «elle se note aussi chez les Juifs eux-mêmes, qui ne portent pas forcément plainte», renchérit la journaliste Noémie Halioua, qui s'apprête à publier L'Affaire Sarah Halimi (2). «C'est lié au manque de confiance en l'État, qui ne réussit pas à protéger ses citoyens, avance-t-elle. Regardez Sarah Halimi: cette femme a été assassinée aux cris d'“Allah Akbar” en plein Paris, dans l'indifférence générale. Il a fallu onze mois pour que la justice reconnaisse le caractère antisémite du crime. Cet antisémitisme-là est trop politiquement incorrect, car il est arabo-musulman. Il y a une telle crainte de stigmatiser les musulmans que l'on préfère renoncer à dénoncer des agressions antisémites. On pense qu'en mettant la tête dans le sable, on va apaiser les tensions, alors que c'est le contraire!».

(1) L'antisémitisme dans l'opinion publique française. Nouveaux éclairages.

(2) Éditions du Cerf.

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