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Published on 4 April 2019

France/Antisémitisme - Sarah Halimi : deux ans après

L’affaire Sarah Halimi pose la question de l’impunité des actes antijuifs.

Publié le 4 avril sur i24NEWS

Il y a deux ans, Sarah Halimi était assassinée aux cris d’Allah Akbar par son jeune voisin d’immeuble. Aujourd’hui les avocats du suspect plaident la maladie mentale. Si un non-lieu est déclaré, celui-ci pourrait échapper à la prison. 

C’était il y a deux ans. Le 4 avril 2017, vers 4 heures du matin, un Franco-Malien de 27 ans est entré chez Sarah Halimi par le balcon dont la fenêtre fermait mal. Pris d’une bouffée délirante, il s’est acharné sur cette retraitée en chemise de nuit jusqu’à lui briser intégralement le corps. Ses coups de poings qui ont duré près d’une demi-heure, étaient ponctués d’ « Allah Akbar » et de versets du Coran. Cette petite femme n’était plus qu’une masse disloquée, elle n’avait plus de visage lorsqu’il a décidé de la jeter par la fenêtre. « Attention, il y a une femme qui va se suicider », a-t-il prévenu, avant de la faire glisser par le balcon et de se féliciter en disant : « J’ai tué la Sheitan (diable en arabe) du quartier !». Selon les médecins-légistes chargés de l’autopsie, Sarah Halimi a rendu l’âme en tombant sur le sol de la petite cour intérieure de son immeuble, dans le XIème arrondissement de Paris. Sa chemise de nuit ensanglantée ne recouvrait alors qu’une partie de ce corps que cette femme juive pieuse avait passé sa vie à recouvrir.

Un peu plus tôt dans la journée, le suspect élevé dans la foi musulmane s’est rendu deux fois à la Mosquée d’Omar, rue Jean-Pierre Timbaud. Un lieu de culte réputé pour ses accointances avec les milieux salafistes, dont l’imam de l’époque a été renvoyé par le ministère de l’Intérieur, à cause de ses discours extrémistes. Lors de son interrogatoire, le suspect avouera à la juge avoir senti monter la haine en découvrant dans l’appartement ce qu’il appelle « une thora », et qui est en fait une paire de bougeoirs de chabbat. On apprendra également que sa sœur a traité la fille de Sarah Halimi de sale juive, à plusieurs reprises. 

"Aujourd’hui, deux ans après les faits, la procédure continue de trainer en longueur. La juge, rejoint sur l’affaire par une seconde, se demande dans quelles mesures la folie explique le meurtre." 

Un possible non-lieu

Dans les heures qui suivent, l’assassin n’est pas entendu par la police. Violent, excité, il est envoyé directement à l’hôpital psychiatrique où il réside toujours. Les comptes-rendus des infirmiers nous enseignent qu’il aura la présence d’esprit de se faire apporter du cannabis et d’y fumer en cachette. Son premier entretien avec la juge n’a lieu que trois mois plus tard et il faudra près d’une année pour que celle-ci reconnaisse pénalement la nature antisémite du mobile.

Alors que la reconstitution grandeur nature est de mise dans les affaires criminelles, la juge refuse d’emblée de la rendre possible. Elle aurait pourtant permis de démontrer l’intention criminelle, la préméditation, car comment invoquer le hasard lorsqu’on se retrouve dans un lieu si précis à cette heure de la nuit ? La reconstitution aurait permis de le prouver. Au cours de l’instruction, aucune investigation n’est également menée dans la Mosquée d’Omar, pour déterminer ses agissements ce jour-là.

Aujourd’hui, deux ans après les faits, la procédure continue de trainer en longueur. La juge, rejoint sur l’affaire par une seconde, se demande dans quelles mesures la folie explique le meurtre. La question est de taille : selon l’article 122-1 du code pénal, si son « discernement » est jugé « aboli » au moment des faits, c’est-à-dire que les experts-psychiatres considèrent que le soir du crime, il s’est trouvé atteint de troubles psychiques, d’une crise de démence, il échappera à un procès. Si la justice décide d’un non-lieu, il sera hospitalisé jusqu’à ce que son état soit considéré comme stable, puis il pourra franchir les portes de l’établissement, libre comme l’air.

L’impunité des actes anti-juifs

Selon la procédure, la juge a réclamé une première expertise psychiatrique qui, six mois plus tard, a conclu que le discernement n’était pas aboli. Les avocats du suspect s’en sont contentés et l’enquête aurait dû s’arrêter là. Puis la juge en a réclamé deux autres, comme si la première n’allait pas dans le sens de ses intuitions. Celles-ci concluent à une abolition le soir du meurtre, à cause de la consommation de cannabis qui a décuplé ses troubles. Aujourd’hui la famille est suspendue au jugement final qui tarde à arriver.  

L’affaire Sarah Halimi pose la question de l’impunité des actes antijuifs. A l’heure où les grandes manifestations « contre l’antisémitisme » en général se multiplient et que la France entière s’émeut de tags sur des devantures de magasins, à l’heure où les « plus jamais ça » sont de mises, la justice traite avec mépris le sort d’une femme sans histoire, battue à mort puis défenestrée, manifestement parce qu’elle a fait le choix assumé du dieu des Hébreux.

 

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