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Published on 25 June 2019

Culture - Il était une fois, Jean-Claude Grumberg

Comment raconter ? Le dramaturge multi-primé, scénariste et romancier Jean-Claude Grumberg vient de recevoir le Grand Prix de la Société des Gens De Lettres pour l'ensemble de son oeuvre. Il publie un premier conte,"La plus précieuse des marchandises ",au Seuil.

Publié le 24 juin sur France Culture

Un pays en temps de guerre et donc de grande faim, une forêt, de la neige en hiver et un train qui passe au loin... Parfois, des mains se tendent et lâchent des petits mots. Un jour, c'est un petit paquet qu'un bras passé entre les barreaux de la fenêtre abandonne dans la neige. Regardant tous les jours les trains passer, une bûcheronne en mal d'enfant le voit et ramasse "la précieuse marchandise". Par ce geste, elle recueille le bébé emmitouflé et découvre l'amour qui lui manquait.

C'est l'histoire de deux couples en miroir : les pauvres bûcherons et un couple convoyé que certains appellent les "sans-cœur". Tout semble les opposer, mais l'histoire va les réunir. Peu à peu, le pauvre bûcheron se dit "les sans-cœur ont un cœur", contre la propagande qui sévit, contre la déshumanisation de l'ennemi... 

Il était une fois... Dans ce livre, on retrouve les ingrédients traditionnels des contes, un conte qui commence d'ailleurs à la manière du Petit Poucet, mais qui s'en distingue bien. 

Jean-Claude Grumberg revient sur son histoire. Enfant de déporté, il a vu son père et son grand-père se faire embarquer, alors que lui a été enfant caché avec son grand-frère pendant la guerre. Il nous parle de la colère et de la façon de la raconter, y compris dans le calme...

"Le conteur est obligé d’être calme. Des personnages peuvent être très en colère dans un conte, mais le conteur ne peut pas l'être. (...) Il y a beaucoup de choses horribles véhiculées par les contes, mais le conteur, lui,n’est pas derrière ces mots là. C’est une manière de s’adresser aux adultes, comme si l’on s’adressait à des enfants." 

"Une fois où l’on a posé « il était une fois », on a une ouverture sur un monde, qui peut justement évoquer cette chose incroyable et qu’on dit « indicible » à juste titre. (...) Il y a tellement d’histoires édifiantes sur la conduite des humains, sur cette entreprise de déshumanisation : ceux qui ont tendu la main, ceux qui ont collaboré… On est des lutins malmenés par des diables et aidés par des fées." 

Qu'est-ce qu'il peut encore donner envie de vivre dans la noirceur du monde ? 

"L’amour, il n’y a que ça. L’amour, et l’amour pour les enfants. Si on était raisonnables, avec tout ce qu’on entend, et tout ce qu’on constate, on ne devrait plus faire d’enfants. Le fait qu’on en fasse encore, c’est qu’on est là pour ça, là, pour que ça continue, malgré les horreurs. On remplit sa vie avec les moyens du bord. Je pense qu’on est là pour aimer. On ne peut pas écrire toute sa vie pour dénoncer, dire que la vie est terrible ; il faut aussi dire que ce qu’on vit, c’est ça le bonheur."

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