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Published on 9 September 2019

Interview Crif - Qu'est-ce que l'Institut universitaire Euro-mediterraneen Maïmonide ?

L'Institut Universitaire Euro-Méditerranéen Maïmonide a été créé en janvier 2000. Pour tout savoir à son sujet, Marc Knobel s'est entretenu avec Michaël Iancu, Directeur de l'Institut.

Entretien mené par Marc Knobel – Historien et Directeur des Etudes au Crif

Le Crif - Créé le 12 janvier 2000, l'Institut Universitaire Euro-Méditerranéen Maïmonide s'est vu implanté en avril 2000, grâce à la Ville de Montpellier, dans le Bâtiment synagogal du quartier juif médiéval. Pourriez-vous nous expliquer comment cette idée s’est réalisée et pourquoi ?

Michaël Iancu - La création de l’Institut participe d’une volonté commune, manifestée en 2000 par le maire de Montpellier Georges Frêche et l’ancien Grand Rabbin de France, René – Samuel Sirat, président fondateur de l’Institut. Doter la ville d’une structure scientifique chargée de travailler sur le Montpellier des origines, « carrefour des civilisations », et créer un institut d’études juives dans la « Ville du Mont », Ir ha-har, (l’une des multiples appellations hébraïques de Montpellier au Moyen Age).

Sans interprétation apologétique de l’histoire locale, il importe de savoir qu’au Moyen Age, Montpellier n’est pas loin d’avoir représenté une oasis de tolérance, ou tout au moins de progrès dans la connaissance, dans l’accueil aux individus d’où qu’ils venaient, dans l’ouverture aux sciences d’où qu’elles provenaient. Les historiens ont mis en avant la place privilégiée de la ville de Montpellier, proche de l’Espagne, commerçant avec le monde arabe, bénéficiant de la proximité des savants juifs établis à Lunel ou à Béziers.

Il est significatif d’ailleurs que le programme de la licence en 1309 juxtapose Galien, Avicenne, Rhazès et Isaac Israeli, autrement dit les médecines antique, arabe, et juive d’expression arabe.

Le Crif - Aujourd’hui à Montpellier, « aller à Maïmonide » est une formule que tout le monde comprend. Elle signifie  « aller à l’Institut Maïmonide », lequel fait partie depuis 2000 du paysage culturel montpelliérain. Quels sont liens donc entre Maïmonide et Montpellier ?

Michaël Iancu - Montpellier est une terre de confluences, où l’étincelle maïmonidienne andalouse s’est greffée, générant un bouillonnement d’idées et de confrontation de pensées.

Il n’est pas indifférent de souligner que l’on doit à Samuel ibn Tibbon, la traduction (achevée à Lunel le 30 septembre 1204) du fameux Guide des Perplexes de Maïmonide, autre juif andalou ayant fui lui aussi les Almohades, mais non vers le versant occidental : à Fès, puis en Egypte d’où parvint son opus magnum, véritable brûlot, qui allait susciter justement en Languedoc et à Montpellier en particulier, dans un terrain si réceptif, de véritables passions: les fameuses polémiques autour de la pensée maïmonidienne qui allaient déchirer des communautés vers 1230, (confrontation de deux approches du Judaïsme, chacune sincèrement convaincue d’œuvrer dans l’intérêt de la Religion d’Israël), et se cristalliser ensuite contre la philosophie des « Grecs » autour de 1300. En quelque sorte : « Athènes ou Jérusalem », « Athènes et Jérusalem » ?

Une effervescence spirituelle et intellectuelle que nous vérifions également avec les célèbres académies de Lunel et Posquières (l’actuel Vauvert), renommées pour leurs sciences bibliques, talmudiques et mystiques. Les premiers documents kabbalistiques, nous les trouvons en Languedoc dès le XIIe, signés du RABAD de Posquières, d’Isaac l’Aveugle et de Rabbi Yaakov Hanazir, de Lunel.

Le Crif - Quel est le programme de l’Institut à venir ? Vous organiserez des cycles d’enseignements, conférences, rencontres, séminaires ?

Michaël Iancu - Pendant une double décennie, l’Institut universitaire aura reçu d’éminents intellectuels: Elie Wiesel, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, Pascal Bruckner, Claude Cohen-Tennoudji, Gérard Nahon, Moshe Idel, Mohammed Arkoun, le Cardinal Lustiger, etc.

Pour le 20e anniversaire, sont attendus le Pr Meir Bar-Asher de l’Université Hébraïque de Jérusalem (24/09), le Grand Rabbin Haïm Korsia (ouverture officielle le 27/10) ou encore Annette Wieviorka (21/11); et début 2020, Daniel Mesguich, Sophie Nordmann et Eli Barnavi. Une saison anniversaire 2019/20 qui se veut exceptionnelle. Car la structure - présidée désormais par le Pr Mireille Hadas-Lebel -, sans être élitiste, reçoit des érudits depuis sa création. Pour un niveau d’excellence sans cesse recherché. Dans la tradition héritée de la période médiévale montpelliéraine, de rencontres savantes autour de la connaissance. Foi et raison.

 

Pour aller plus loin :  En Décembre 2019, dans le numéro 57 de la collection des Etudes du Crif, le Crif publiera le texte de présentation et de mise en perspective historique de Michaël Iancu, intitulé : « Les Juifs des terres d’Oc. L’ancienneté d’une présence juive en Languedoc. »

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