Marc Knobel

Historien. Directeur des Etudes au CRIF

Blog du Crif/Histoire - Une petite histoire des Juifs en Bretagne

03 March 2020 | 414 vue(s)
Catégorie(s) :
France
Neuf ans après l’assassinat d’Ilan Halimi, voici la « chronique d’une barbarie et de ses conséquences médiatiques, politiques et judiciaires »,  par Marc Knobel, historien, chercheur, directeur des Études du CRIF

 

Le Hors-série de L'Express numéro 28, "Regards sur l'Histoire" consacré aux Juifs de France a mis en émoi une partie de la communauté juive, François Heilbronn, professeur des universités associé à Sciences-Po Paris et Président des Amis français de l'université de Tel-Aviv lui a adressé deux lettres ouvertes publiées dans l'Arche.
 

 

 

Retour sur les événements qui sont intervenus en juillet 2014 et les manifestations propalestiniennes qui ont dégénéré.

Est-il pertinent de mettre en parallèle “antisémitisme” et “islamophobie”?
Non, cinq fois non:  Ni sémantiquement , ni historiquement,  ni sociologiquement, ni politiquement et encore moins juridiquement, ces deux termes et les deux concepts qu’ils sous-tendent, ne sont de même nature. Il serait non seulement faux, mais aussi dangereux pour tous, de les mettre en regard sur un même plan.

L'antisémitisme est comme une bête particulièrement enragée et puante. Il rôde, nous ne le savons que trop bien...

L'antisémitisme : les causes d'un Mal qui s'aggrave.

Ce dernier détaille ici les multiples racines de l’antisémitisme, qui a explosé en France à partir de l’année 2000 et la première « intifada ». Et qui s’est fortement aggravé tout au long de l’année dernière. Marc Knobel évoque notamment l’origine idéologique – soulignée et étudiée par le philosophe et chercheur Pierre-André Tagguief – d’un antisémitisme qui découle d’un antisionisme extrême, lui-même alimenté depuis longtemps par les tenants de l’islamisme radical. Extrême gauche et extrême droite française en passant par « Dieudonné and Co » sont aussi, historiquement et actuellement, parmi les premiers diffuseurs de la haine antisémite en France. Description et analyse en huit points.

"Dites-moi que ce furent des cauchemars, que le monde s'améliore de jour en jour, que des flammes de lumière jaillissent en chaque point du globe."

Article paru dans le HuffinghtonPost.fr

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Pour Stéphanie Dassa

Depuis le moyen-âge, l’histoire des Juifs d’Europe est une suite d’expulsions, de pillages, viols, meurtres et massacres. Pourtant, quelques pontifes et monarques s’efforcent d’humaniser ces interdictions. Les Juifs tentent alors de bénéficier de cette relative liberté et s’installent là ou ils le peuvent. Comme en d’autres endroits, des Juifs vivront donc en Bretagne.

Quelques récits et noms de lieux font mention de leur présence. A Rennes, par exemple, il existait une rue des Juifs, dans laquelle était confinée cette population, hors de tout contact avec les autres habitants de la ville. A Saint-Malo, jusque vers 1848, une voie publique se nommait rue des Juifs. A Vannes, à côté des anciens fossés, une rue était appelée la rue de la juiverie, sans doute parce qu’on y enfermait les Juifs durant la nuit entre deux portes. A Nantes, les Juifs étaient également parqués dans une rue de la juiverie, une rue qui porte encore aujourd’hui le même nom. Pas loin de là, il existe encore aujourd’hui un lieu-dit La Juiverie qui est composé de plusieurs maisons et fait partie de la commune de Saint-Herblain. Il existe aussi une rue de la juiverie au Croisic, à la Haie-Fouassière, comme il existait auparavant une rue de la juiverie à Ancenis...

Plus rare et plus curieux... jusqu’en 1658, une pièce de terre était nommée le cimetière aux Juifs, dans la paroisse de Saint-Igneuc, canton de Jugon, arrondissement de Dinan, dans les anciennes Côtes-du-Nord. Ils étaient pourtant peu nombreux à résider en Bretagne...

Au moyen-âge d’abord, les Juifs s’installent là où il y avait des garanties suffisantes de liberté, dans le sud ou en Alsace. En Bretagne, ils font du commerce et vivent parqués. Dans les périodes de crises, leur exclusion est cependant impitoyablement appliquée comme partout ailleurs. Sous le pontificat de Grégoire IX, par exemple, les croisés de Bretagne exigent l’expulsion des Juifs de toute la province et massacrent les rares familles juives de la région. En  1240, le duc Jean 1er, les chasse de toute la Bretagne et décide que toute dette contractée envers l’un quelconque de ses membres est annulée. Enfin, nul ne sera recherché pour le meurtre de Juifs tués jusque-là. Dans les années 1400, les Juifs sont toujours sous le coup du bannissement. Ils sont encore chassés sous Louis XII, dans les années 1498.

Au cours du XVIe siècle, des Juifs espagnols ou portugais qui ont feint d’abjurer le judaïsme, émigrent en France, certains viennent à Nantes. Au lendemain de la mort d’Henri IV, Louis XIII fait publier à Rennes, le 11 mai 1615, un édit. Les Juifs sont à nouveau expulsés du royaume, donc de Bretagne.

Mais, peu à peu, les Juifs se réinstallent en Bretagne.

En 1636, il y a quelque deux cent soixante familles juives d’origine espagnole et portugaise pour l’ensemble de la France, elles sont six ou sept à Nantes. En 1780, quelques marchands sont installés à Rennes, Nantes et à Saint Malo. Vers 1810, il y a en tout une trentaine de familles juives dans les grandes villes de la région, et selon un recensement effectué à la même époque, onze Juifs vivent dans toute l’étendue de l’Ille-et-Vilaine, principalement à Rennes et Saint-Servan. En 1834, la communauté juive de Nantes s’agrandit et en 1870, l’actuelle synagogue est construite. On reparle et de Rennes et des Juifs, quelques dizaines d’années plus tard lorsqu’Alfred Dreyfus, est renvoyé devant le Conseil de Guerre de Rennes, dans une ville véritablement en état de siège. Sous l’occupation, en Bretagne comme partout ailleurs en France, la nuit et la mort s’abattent sur les Juifs de France.

 

Qu’en est-il aujourd’hui de nos Juifs de Bretagne ?

A Brest, une trentaine de familles disposent de leur propre centre communautaire. A Nantes, les offices sont célébrés à la synagogue selon le rite séfarade, car les Juifs d’Afrique du Nord sont les plus nombreux. Il doit y avoir en tout entre 200 à 300 familles juives, dans la ville et ses alentours. Les commerçants, médecins, cadres et enseignants constituent les deux tiers de la communauté nantaise. Les fidèles de Saint-Nazaire et de la Baule se joignent aux activités proposées par leurs coreligionnaires nantais. Un petit oratoire existe aussi à Lorient. A Rennes et dans sa région, un peu moins d’une centaine de familles tentent de préserver leur culture. 

En définitive et en dépit de toutes les épreuves subies tout au long des siècles et dont ils gardent probablement la mémoire, les Juifs qui vivent en Bretagne - s’ils se sentent évidemment porteurs d’une certaine spécificité - se plaisent à vivre en ce si beau pays breton...

                                                                      

Lectures recommandées sur le sujet :

Charles Bado, Nantes et ses étrangers. Un aperçu sur les migrations nantaises à travers l’histoire, CID, 1990

Philippe Bourdrel, Histoire des Juifs de France, Albin Michel, 1974.

Léon Brunschvicq, « Les Juifs en Bretagne », Revue d’études juives, 1904, t. XLIX, p. 110-120.

Léon Brunschvicq, « Les Juifs de Nantes et du Pays nantais, Librairie Vier, 1890.

 

Marc Knobel

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