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Publié le 5 Février 2010

Goldnadel : «Sarkozy a apaisé la communauté juive»

Le Figaro publie, ce jeudi 4 février 2010, un entretien avec William Goldnadel, président de France-Israël et d'Avocats sans frontières, nouvellement élu au comité directeur du CRIF.




LE FIGARO - Comment définiriez-vous l'état d'esprit de la communauté juive institutionnelle ?



William GOLDNADEL - Cette communauté, historiquement modérée et qui souhaite avoir des rapports détendus avec l'ensemble des communautés de ce pays et avec ses institutions, sort d'un double traumatisme : elle a vécu simultanément l'émergence d'un nouvel antisémitisme et des tentatives convergentes de délégitimation de l'État juif.



Venant de qui ?



Tout à la fois de l'extrême gauche et de l'islamisme. Le Mrap, le NPA d'Olivier Besancenot, les Verts, EuroPalestine, fondé par Dieudonné, et une kyrielle de mouvements islamistes se retrouvent pour manifester dans la rue et pour appeler au boycott des produits israéliens. Et la liste n'est pas exhaustive.



En quoi est-ce de l'antisémitisme ?



J'observe que le Mrap de Mouloud Aounit n'a pas eu l'idée de boycotter les produits made in Algérie en dépit des violations des droits et du sort fait aux Kabyles dans ce pays. Pas plus que le NPA n'a appelé au boycott du pétrole libyen ou iranien. Par un hasard cosmique, l'État juif est le seul qui fasse aujourd'hui l'objet d'un boycott organisé.



Il y a trois ans, Roger Cukierman, alors président du CRIF, avait dénoncé l'alliance vert-brun-rouge. Rien n'a donc changé depuis ?



Rappelez-vous que Roger Cukierman, que j'avais soutenu, avait alors été malmené par les médias. Je me réjouis que cette année encore, ni les Verts ni le PCF ne soient conviés au dîner du Crif. Cela nous sort de l'hémiplégie intellectuelle et politique que je dénonce depuis vingt ans, qui consiste à vouloir exclure l'extrême droite et excuser l'extrême gauche. Ce qui a changé aussi, c'est l'avènement du nouveau pouvoir, qui a apaisé la communauté juive.



Vous voulez parler de l'élection de Nicolas Sarkozy ?



Oui. Je prends un seul exemple : je suis très engagé judiciairement dans la lutte contre le boycott des produits israéliens depuis le début, et c'est la première fois que je reçois des lettres de soutien du président et de la Garde des Sceaux.



Vous nourrissez le procès de ceux qui vous accusent de parti pris…



N'en déplaise à ces mauvais perdants, mon élection est moins une victoire de la droite qu'une défaite de la gauche ringarde et courtisane ! Quand cette gauche était en majesté dans la communauté, elle a monté en épingle un antisémitisme largement fantasmé en faisant entendre des bruits de bottes. Elle a crié au loup au risque de perdre toute crédibilité. Et lorsque l'antisémitisme nouveau est arrivé, elle s'est mise aux abonnés absents, parce que cet antisémitisme venait de la partie soi-disant la plus réprouvée du corps social. Celle qui ne pouvait pas incarner le mal. Ce faux angélisme, comparable à celui qui sévit dans une certaine gauche sur la délinquance, a été censuré par la communauté lorsqu'elle a élu ses représentants, comme par le peuple français quand il a élu ses dirigeants.



Le débat sur l'identité nationale peut-il aider à faire reculer cette détestation ?



J'en ai approuvé l'idée, mais je regrette qu'elle ait été émasculée. Je n'ai pas peur de dire que la France s'est construite historiquement autour de sa culture judéo-chrétienne, et notamment de ses églises.



La question de la compatibilité entre le fondamentalisme islamique et la République a-t-elle sa place dans ce débat ?



Je ne suis pas islamophobe. Je crois en la notion d'un islam modéré tel que l'a incarné magnifiquement le soufisme. Malheureusement, terrorisme intellectuel aidant, toute critique de cette religion est suspecte de racisme. Ainsi, l'interdiction de la burqa serait une stigmatisation de l'islam. Mais a-t-on parlé de stigmatisation du christianisme quand il a été question de condamner, et par une loi inamnistiable, ceux qui s'opposaient à l'avortement ?



Que vous inspire l'affaire Frêche ?



Je suis choqué par le procès d'intention que lui vaut une déclaration qui, il est vrai, ne constitue pas un sommet d'élégance. C'est une nouvelle instrumentalisation de l'antisémitisme qui ne coûte pas cher. Les socialistes qui se réveillent beaucoup plus brutalement ont été beaucoup plus placides lorsque Georges Frêche était attaqué par l'extrême gauche pour avoir installé une société israélienne dans le Languedoc. Le monolithisme intellectuel se fout complètement, aussi, du sort réservé à l'imam de Drancy, menacé et agressé pour s'être déclaré favorable à l'interdiction de la burqa.


Photo : D.R.