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13 Novembre 2007

Myriam Tangi : de l’écrit à l’image

<div><strong>Native du Maroc, Myriam Tangi se passionne depuis toujours pour l’écriture, la peinture et la photographie. Elle anime depuis plusieurs années au Café Français à la Bastille un « Café Ecriture » et expose ses toiles et ses dessins dans diverses galeries.</strong> En 1983, 1984 puis en 1986, elle a accompagné Frédéric Brenner au Yémen, ramenant de ces périples des photographies aussi originales qu’émouvantes. Avec Sabine Roitman, qui, elle aussi, dans d’autres circonstances, a visité les Juifs du Yémen, elle interviendra lors d’un débat sur le thème : « Juifs du Yémen. La fin d’une kéhila » qui se déroulera le 20 novembre prochain à 20h30 au Centre Rachi. Aujourd’hui, elle répond à nos questions.</div>


Pour vous, c’est quoi le Yémen ?
Situé à plus de 2 300 mètres d'altitude, c'est un pays fascinant par son paysage et son architecture. Voyager trois fois au Yémen avec Frédéric Brenner pour son projet de communautés juives fut exaltant. Les Juifs du Yémen apparaissaient comme la communauté la plus reculée et la plus ancienne, un peu mythique : les Arabes yéménites eux-mêmes considèrent leur pays comme celui de la reine de Saba.
Bien que née à Paris, je comprends le judéo-arabe que mes parents, nés à Marrakech, ont toujours parlé entre eux. J'ai pu ainsi perfectionner mes connaissances de l'arabe spécifiquement yéménite en trois semaines afin d'être l'interprète lors de notre troisième voyage : ce fut pour moi un immense moment d'émotion de pouvoir m'adresser directement aux Juifs particulièrement lorsque nous pouvions les rencontrer seuls. Les photos que j'ai pu réaliser durant ces voyages sont une part essentielle de mon parcours créatif.
Pourquoi, selon vous, les Juifs du Yémen ont-ils choisi l’exil ?
Les Juifs du Yémen ont eu un statut de "dhimmi" c'est-à-dire que leurs droits civils étaient limités en tant que non-musulmans : ils ne pouvaient pas porter la "djambilla" (sorte de petit couteau recourbé porté à la taille par tous les hommes yéménites) - ils ne pouvaient posséder des terres d'où leurs activités artisanales telles que bijoutier, peaussier, forgeron, métiers de nombre de ceux que nous avons rencontrés lors de ces voyages - ils ne possédaient pas de passeport et pour cela, bien que les Juifs aient été sous la protection du cheikh local, ils étaient en quelque sorte captifs puisqu'ils ne pouvaient sortir du pays. Etant donné cette situation, on peut comprendre leur désir de quitter malgré tout la terre de leurs ancêtres pour, la plupart du temps, revenir en Israël : ce qui est plutôt considéré comme une fin d'exil......
Pourquoi, pour qui, maintenir vivace le souvenir d’une communauté juive millénaire qui a compté jusqu’à cent mille personnes et dont il ne reste plus que quelques centaines d’âmes ?
Je pense que quelle que soit la taille d'une communauté juive, et d'autant plus s'il ne reste que quelques centaines d'âmes, il est impératif de tout faire pour témoigner de chaque présence juive dans toutes les cultures qui nous ont accueillies en exil. Comme chaque fois, ce qui témoigne de notre présence témoigne aussi de la culture locale. Les Juifs du Yémen sont une des plus anciennes hors d'Eretz Israël et ils avaient gardé jusqu'à nos jours toutes les traditions qui faisaient leur particularité, comme par exemple l'étude à plusieurs autour d'un seul livre, d'où leur aptitude à lire à l'envers les textes traditionnels.
Propos recueillis par Jean-Pierre Allali