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Publié le 10 Octobre 2006

Pascal Perrineau, professeur des Universités à Sciences-Po Paris, directeur du CEVIPOF, le Centre d’Etudes de la Vie politique Française : « Le Pen en 2007 comme en 2002 ? »

Question : Pensez que Jean-Marie Le Pen pourrait être présent au second tour de la Présidentielle de mai 2007 ?


Réponse : Tous les fondamentaux qui ont fait 2002 sont toujours là : le malaise social, le malaise identitaire, les préoccupations sur le terrain de la sécurité. Dans les sondages sur les intentions de vote, Jean-Marie Le Pen est largement plus haut qu’il ne l’était dans le passé. Cela laisse présager un bon score du leader du Front national. Seulement la nouveauté, vient du fait que les candidats des deux grands partis (PS et UMP) sont sensiblement plus hauts que ne l’était Jacques Chirac et Lionel Jospin, en 2002. Ce n’est donc pas Le Pen qui est plus bas, ce sont les deux candidats PS et UMP qui sont plus hauts dans les intentions de vote. Une dernière nouveauté est à signaler : la droite française cherchait un homme capable de récupérer une partie de l’électorat du FN. Elle ne l’avait jamais trouvé. Nicolas Sarkozy pour l’instant « parle » à une minorité des électeurs du Front et semble parvenir à les ramener dans le giron de la droite classique.
Question : Comme lors des élections présidentielles de 2002, le thème de l’insécurité sera-t-il au centre du débat politique ?
Réponse : Pour l’instant, la question de l’emploi et les questions sociales (luttes contres les inégalités, l’avenir du modèle social, etc…) semblent être prédominantes. Cependant, certaines questions comme l’insécurité et l’immigration, mais encore les questions de l’éducation et de la dette publique arrivent juste derrière ces thèmes et peuvent - en fonction de l’actualité ou d’une affaire chaude - revenir au premier plan et perturber l’agenda traditionnel.
Question : Quelle place accordera-t-on aux questions de politique étrangère ?
Réponse : Traditionnellement en France comme ailleurs, les enjeux de politique étrangère ne figurent pas au premier plan des préoccupations électorales. Cependant la question européenne est présente indirectement. On parle partout de l’Europe. La question européenne est omniprésente. D’autre part, la capacité que l’on prête aux candidats d’être à la hauteur des grandes crises internationales (la guerre au Liban, le conflit israélo palestinien, les relations avec les USA…) est un des éléments de l’image présidentielle et cet élément reste fort dans l’esprit des Français. J’ajoute qu’aujourd’hui on ne prête pas à tous les candidats la même capacité.
Question : Est-ce que le voyage qu’a effectué Nicolas Sarkozy au Etats-Unis du 9 au 11 septembre 2006 et les déclarations qu’on lui prête sur les relations entre nos deux pays, pourrait influer sur la présidentielle ?
Réponse : C’est contradictoire parce que à la fois, la visite de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis montre que le candidat de l’UMP « joue dans la cour des grands » et que sa parole est écoutée attentivement. Cependant, dans une opinion française travaillée par l’antiaméricanisme, Nicolas Sarkozy doit être vigilant à faire sentir que sa sympathie vis-à-vis des USA n’est pas un alignement sur la politique de son Président.
Propos recueillis par Marc Knobel

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