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Publié le 6 Juin 2007

Spécial guerre des Six Jours Pierre Kauffmann : « Je ressentais de l’émotion et de la ferveur, à un moment ou la France, son monde politique et ses médias faisait cœur avec Israël. »

Question : Quelles activités professionnelles exerciez-vous et que faisiez-vous en 1967 ?


Réponse : Avant la Guerre des Six jours, j’étais au Fonds Social et je dirigeais le bureau d’information et d’orientation pour l’accueil des réfugiés et rapatriés d’Afrique du Nord. A ce moment j’étais déjà dans ce qui était l’embryon du Comité de Coordination des organisations juives de France, dont j’étais le responsable permanent.
Question : En mai 1967, le Comité de Coordination des organisations juives de France est créé. Pour quelles raisons ?
Réponse : Pour deux raisons essentielles. Le CRIF de l’époque n’était pas un organisme représentatif capable d’assumer cette responsabilité de solidarité avec Israël. Ensuite le FSJU n’était pas membre du CRIF. J’ajoute néanmoins que le FSJU était l’organisme le plus structuré de la communauté juive de l’époque. Cependant, je tiens à préciser que ce comité a pu être créé à l’initiative de Claude Kelman. Claude Kelman était un dirigeant historique et éminent de la communauté juive, non seulement du CRIF de l’époque, mais également du FSJU. Comme il connaissait de l’intérieur ces deux structures, il a senti la nécessité de créer ce comité.
Question : Vous étiez en charge de l’animation de ce Comité ? Que faisiez-vous après sa création ?
Réponse : Avant la guerre des Six jours, il s’est agit pendant quelques jours, d’organiser d’une part à la veille de cette guerre, une réunion importante de tous les dirigeants communautaires, pour mobiliser, cordonner et unifier la communauté juive de France. Au moment du déclenchement du conflit, une délégation du comité de coordination s’est rendue en Israël, avec les principaux dirigeants de la communauté. A ce moment là, j’assurais donc la permanence du bureau, à Paris. Une grande manifestation de soutien s’est tenue devant l’Ambassade d’Israël, avenue Wagram. Je me souviens d’une foule immense, Juifs et non Juifs, scandant des slogans de soutien et de solidarité avec Israël. Je ressentais de l’émotion et de la ferveur, à un moment ou la France, son monde politique et ses médias faisait cœur avec Israël. L’activité du comité s’est caractérisée par une réunion quotidienne tous les matins de bonne heure avec les responsables de la communauté pour faire le point de la situation et envisager les actions qui devaient être menées.
Un des résultats de l’existence du Comité de coordination est la création de l’Appel Unifié Juif de France. Le département de collecte du Fonds social et le Keren Ayessod ont fusionnés, parce qu’il nous semblait que les moyens des deux organismes de collecte mis en commun seraient plus efficaces alors. De plus, à partir de ce moment là est apparu la nécessité de rénover le CRIF. Cette idée s’est réalisée un an après par l’entrée du FSJU au CRIF et l’arrivée à la présidence du CRIF du Professeur Ady Steg, avec deux vice-président : Théo Klein et Jean-Paul Elkann, du Consistoire. Je devins le directeur du CRIF à ce moment.
Question : Est-ce que vous sentiez une grande mobilisation pendant ?
Réponse : On a senti une grande mobilisation pendant les derniers jours du mois de mai et en juin. Des gens ont voulu manifester leur solidarité, soit en France ou en Israël, ils ont voulu servir sur place, de toutes les manières possibles.
Question : Avec le recul, êtes-vous étonné par cette mobilisation ?
Réponse : Non parce qu’elle était la conséquence directe de la grosse inquiétude qui s’est manifestée tout au long des semaines qui ont précédé la guerre des Six Jours.
Question : Que retenez vous de cette époque ?
Réponse : Que d’une part c’était après la Shoah, l’événement le plus traumatisant pour les Juifs de France et sur le plan positif, c’était la rencontre et la fusion de la communauté nouvelle, avec l’apport des Juifs d’Afrique du Nord.
Propos recueillis par Marc Knobel

Photo: Manifestation de soutien à Israël à Paris (DR.)

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