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Publié le 28 Janvier 2008

Yves Ternon* : «Au cours du génocide rwandais aucune distinction n‘a été faite par les tueurs entre hommes et femmes et adultes ou enfants»

Question : Yves Ternon vous êtes historien des génocides et membre de la commission d’enquête sur le rôle de la France au Rwanda. Vous avez notamment publié L’Etat criminel. Les génocides du 20e siècle (Seuil, 1995) et Guerres et Génocides au 20e siècle (Odile Jacob, 2007). Vous participez au premier rendez-vous des Entretiens de Bordeaux organisé par le CRIF Sud-Ouest Aquitaine et le Centre Yavné, sur « Les enfants de la guerre. Réparer l’irréparable ? ». Avant toute chose, pourriez-vous nous rappeler très brièvement ce qu’a été le génocide rwandais ?


Réponse : Au Rwanda d’avril à juillet 1994, pendant cent jours, 800.000 à 1 million de personnes ont été assassinées par le Hutu Power, au prétexte qu’elles étaient Tutsi. Le Hutu Power est un mouvement extrémiste et raciste qui préconisait l’élimination de toutes les personnes étiquetées Tutsi selon des critères fixés sur la carte d’identité mais ne répondant pas à des critères ethniques. Cette distinction est la conséquence d’une interprétation raciste par la colonisation belge et les Pères Blancs de la société monarchique rwandaise.
Question : Le premier massacre important des Tutsi au Rwanda a lieu en décembre 1963. Entre 8 000 et 12 000 hommes, femmes et enfants sont massacrés. A la mi-mai 1994, l’historienne Alison Des Forges, consultante de l'organisation Human Rights Watch, signale qu'il y eut débat sur la nécessité de massacrer les femmes et les enfants épargnés jusque-là dans certaines régions et que le débat fut tranché par leur extermination effective[]. Que s’est-il passé ? Quel sort ont subi les enfants ?
Réponse : Au cours de ce génocide aucune distinction n‘a été faite par les tueurs entre hommes et femmes et adultes ou enfants. Il est arrivé que des groupes entiers d’enfants (écoles, orphelinats) aient été anéantis. Le seul critère était l’appartenance à la pseudo ethnie Tutsi. On a même vu des maîtres (dans des écoles élémentaires ou secondaires) tués leurs élèves et des mères qui ont été jusqu’à tuer leurs enfants, parce que leurs pères étaient Tutsi.
Question : Les enfants rwandais souffrent-ils encore des conséquences dévastatrices du génocide de 1994 et de la guerre qui l'a précédé ?
Réponse : Le traumatisme est d’autant plus permanent que les enfants qui ont survécu sont en majorité restés sur place et qu’ils continuent de vivre au milieu des bourreaux. Il faut ajouter les nombreux enfants nés de viols. Le viol a été une pratique permanente et de nombreux enfants sont affectés par le virus du Sida qui est la conséquence de ces viols multiples.
Question : Des jeunes ont-ils été accusés d'avoir participé au génocide ?
Réponse : Oui bien sûr, des enfants et des adolescents ont participé activement au génocide, surtout des garçons. Les enfants tueurs ont utilisé la machette. Ces enfants ont été souvent arrêtés, ils ont été jugés. Quelques enfants ont été emprisonnés. Ils ont repris une vie normale et la plupart n’ont aucun remords.
Propos recueillis par Marc Knobel
*Yves Ternon est historien des génocides

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