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Publié le 27 Mai 2019

Actu/Europe - Fait-il bon d'être juif en Allemagne en 2019 ?

Le 25 mai dernier, Felix Klein, le Commissaire du gouvernement allemand chargé de l'antisémitisme, déclarait ne pas recommander le port de la kippa dans certaines parties de l'Allemagne. Une déclaration qui a pour conséquence d'alerter sur le climat antisémite qui pèse sur l'Allemagne. Nous avions alors interrogé Aras-Nathan Keul, membre de l’organisation fédérale allemande de jeunesse de la société d’amitié avec Israël et conseiller pour l'ONG juive allemande “WerteInitiative” sur la situation des juifs en Allemagne. Au lendemain de la terrible attaque antisémite survenue à Halle, nous vous proposons de redécouvrir cet article.

Aras-Nathan Keul est membre de l’organisation fédérale allemande de jeunesse de la société d’amitié avec Israël et conseiller pour l'ONG juive allemande “WerteInitiative”. Il est également étudiant en Recherche interdisciplinaire sur l'antisémitisme à l'Université technique de Berlin.

Le Crif - Le 25 mai, le Commissaire du gouvernement allemand contre l'antisémitisme, Felix Klein, a déclaré qu'il ne recommandait pas aux Juifs allemands de porter la kippa dans certaines régions du pays. Quelle est la situation actuelle vis-à-vis de la population juive allemande ? Fait-il bon d'être juif en Allemagne en 2019 ?

Aras-Nathan Keul -  La haine délibérée envers les Juifs est quelque chose que l’immense majorité des Allemands n'accepterait jamais. Malheureusement, souvent, les choses sont différentes en ce qui concerne la manière dont Israël et les Israéliens sont décrits en Allemagne, notamment dans certains articles de presse.

L’antisémitisme ne commence pas par la violence, mais par la manière dont les Juifs sont représentés et décrits. Je comprends la déclaration de Felix Klein comme un appel au réveil des consciences, non pas des Juifs allemands, mais de la majorité non juive d’Allemagne pour qu’elle se dresse et agisse contre l’antisémitisme.
 
Le Crif - La déclaration montre que le gouvernement allemand et les politiques publiques allemandes estiment qu’ils ont échoué dans la lutte contre l’antisémitisme. Cependant, beaucoup de choses ont été faites récemment. Quelles sont les dernières lois adoptées par le Parlement allemand pour lutter contre l'antisémitisme ?
 
Aras-Nathan Keul - Il n'est pas trop tard et beaucoup de personnes en Allemagne considèrent l'antisémitisme comme un problème croissant. Le Bundestag (ndlr.: le Parlement allemand) a notamment adopté deux résolutions importantes : la première a créé une nouvelle fonction, celle du Commissaire du gouvernement allemand contre l'antisémitisme et a adopté la définition de l'antisémitisme de l'IHRA. La deuxième résolution date de la semaine dernière et a statué qu'appeler à boycotter le seul État juif du monde relevait bel et bien de l'antisémitisme. 
 
Le Crif - Un rapport gouvernemental publié il y a deux semaines a montré que les crimes antisémites avaient augmenté de 20% en Allemagne. Comment décririez-vous cet antisémitisme actuel ? D'où vient-il principalement ?
 
Aras-Nathan Keul - L'antisémitisme utilise toujours et encore les mêmes référents et se retrouve dans toutes les couches de notre société : l'extrême droite, l'extrême gauche, dans certains groupes de migrants, et dans l'ensemble de notre société.
Au fil du temps, nous avons appris qu'il était contre-productif de lutter contre une vision du monde irrationnelle, telle que celle des antisémites. La question est donc de savoir comment, en tant que société, nous pouvons traiter l'antisémitisme. Selon moi, nous devons éduquer sur l'histoire de l'antisémitisme et sur ce qu'est l'antisémitisme afin que les gens prennent conscience de sa gravité et puissent agir à chaque fois que la haine antisémite se manifeste.

Entretien mené par Marie-Sarah Seeberger

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