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Publié le 18 Novembre 2019

Cinéma - Toledano et Nakache, plus justes que jamais

Elie Korchia propose sa lecture du film Hors Normes.

Parfait symbole de la campagne de l'Appel national pour la Tsédaka, Hors normes y était projeté en avant-première à Paris le 17 octobre écoulé, en présence de son formidable duo de réalisateurs, Eric Toledano et Olivier Nakache.

On pouvait en effet difficilement trouver de meilleurs ambassadeurs pour le lancement de cette 27ème campagne de collecte qui « nous grandit et mobilise la part divine qui est en nous », pour reprendre les mots de son président, Gérard Garçon, qui œuvre sans relâche depuis plusieurs années pour cette noble cause aux côtés du président du Fonds social juif unifié, mon ami Ariel Goldmann. 

Il est d'ailleurs intéressant d'observer que c'est justement en 1992, année de la création de l'Appel national pour la Tsé- daka, qu'un dynamique directeur de colonies de vacances, Stéphane Benhamou, se retrouvait confronté pour la pre- mière fois à l'autisme et à la détresse d'une famille, et décidait d'intégrer un jeune autiste à son camp de vacances. 

Deux ans plus tard, à l'été 1994, un jeune moniteur du nom d'Eric Toledano faisait la connaissance de Stéphane Benha- mou et découvrait son engagement pour les enfants autistes. Puis, au printemps 1995, l'autisme était reconnu comme un problème de santé publique, au sein d'une société française qui ne comptait alors aucune structure de prise en charge adéquate. 

C'est dans ce contexte que Stéphane Benhamou a pris la décision de fonder en 1996 une structure médico-sociale innovante, au travers de son association Le Silence des Justes, avec pour but de s'occuper de la prise en charge quotidienne de cas complexes de jeunes autistes, que les services médi- caux ou sociaux ne peuvent gérer directement. 

Hors normes s'affiche ainsi comme la résultante d'une ami- tié de plus de 20 ans entre Stéphane Benhamou (devenu Bruno dans le script) et le tandem de cinéastes, qui lui a dans un premier temps offert un clip de 6 mn pour promouvoir son association et l'aider à lever des fonds, avant de lui consacrer en 2015 sur Canal+ un émouvant documentaire de 26 mn, dont le titre prémonitoire était On devrait en faire un film. 

Le reportage racontait le remarquable travail réalisé en binôme par Stéphane Benhamou et Daoud Tatou (devenu Malik dans le film), directeur de l'association Le Relais IDF, une structure qui prend en charge de jeunes autistes tout en œuvrant à la réinsertion sociale et professionnelle de jeunes issus de quartiers difficiles, avec pour objectif d'en faire de futurs « référents ». 

Plus justes que jamais dans leur sens du casting et de la direction d'acteurs, Toledano et Nakache ont eu la bonne idée de confier le rôle de Bruno à Vincent Cassel, qui signe une superbe performance, à contre-emploi, et celui de Malik à Reda Kateb, qui est tout bonnement épatant. 

L'autre grande force de ce film - à la lisière de la comédie dramatique et du documentaire - vient du fait qu'il entremêle avec réussite une thématique complexe et difficile (ne cachant rien de cette « réalité terrifiante que personne ne soupçonne », comme l’a souligné Christine Meignien, présidente de la fédération Sésame Autisme) et des séquences pleines d'humanité et d'humour. À l'image des fameux chidoukhim organisés pour pour voir caser Bruno ou des scènes consacrées à Joseph, un jeune autiste en voie d'insertion, dont Bruno s'occupe avec une infinie bienveillance. 

De son ouverture au rythme effréné et palpitant, qui n'est pas sans rappeler le démarrage en trombe d'Intouchables, jusqu'à sa conclusion lyrique et poétique - autour d'une chorégraphie dans laquelle Joseph prend peu à peu toute sa place - ce métrage confirme une nouvelle fois le grand sens du rythme qui caractérise le cinéma de ces « deux frères qui n'ont pas le même nom », pour reprendre la jolie formule de leur ami Alain Chabat. 

Hors normes y ajoute toutefois à l'évidence quelque chose de nouveau et de plus grave, comme une sorte d'approfondissement des thématiques qui leur sont chères et qui illuminaient leurs précédents opus... 

Avec des êtres intouchables mais tellement proches qui, deux ans après Le sens de la fête, nous donnent une belle leçon sur le sens de l'engagement. 

 
Par Elie Korchia

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