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Publié le 8 Août 2019

Crif - 9 août 1982, rue des Rosiers : le chaos

Le 9 août, nous commémorons le triste anniversaire de l'attentat de la rue des Rosiers. Il y a 37 ans, le lundi 9 août 1982, vers 13h15, plusieurs hommes pénètrent dans le restaurant Jo Goldenberg, situé au 7, rue des Rosiers, dans le quartier du Marais, à Paris. Soudainement, c'est le chaos.

Ce vendredi 9 août 2019 aura lieu une cérémonie d'hommage aux victimes organisée par l'Afvt. Le Crif assistera à cette commémoration.

Par Marc Knobel, Directeur des Etudes au Crif

Bien habillés et munis d’armes automatiques, les terroristes jettent une grenade à l’intérieur du restaurant avant de faire feu sur les clients attablés et le personnel. Dans sa fuite, le commando, composé de trois à cinq hommes armés, traverse le quartier du Marais en ouvrant le feu dans la foule. En trois minutes, 6 personnes sont tuées et 22 blessées.

Les victimes décédées :

• Mohamed BENNEMOU (orthographié “BENNEMON”)

• André HEZKIA NIEGO

• Grace CUTER

• Anne VAN ZANTEN

• Denise GUERCHE ROSSIGNOL

• Georges DEMETER

Une première revendication provient du groupe action directe mais l'organisation anarcho-communiste se rétracte et condamne l'acte qualifié d'«erreur politique.» Non revendiqué donc, l'attentat au caractère antisémite avait été attribué à l'époque au Fatah-Conseil révolutionnaire d'Abou Nidal, un groupe palestinien dissident de l'Organisation de libération de la Palestine, responsable de plusieurs attentats dans les années 1970 et 1980 (1).

L'enquête, menée par le juge Jean-Louis Bruguière jusqu'en 2007, incrimine rapidement le Fatah-Conseil révolutionnaire d'Abou Nidal (2). Les douilles retrouvées sont en effet des munitions de 9 mm court «Makarov» tirées par un PM wz 63, (1,8 kg et 33 cm) de fabrication polonaise, «signature» de ce groupe (3). En 2008, un journaliste lance une piste «néonazie » (4). Mais,  en 2011 cette piste est abandonnée par le juge Marc Trévidic, qui a identifié les auteurs de la fusillade grâce à des témoignages d'anciens membres du Fatah (5) obtenus grâce à une procédure "sous X" (6). Le juge antiterroriste Marc Trévidic parvient à recueillir de nouveaux témoignages en 2015.

Plusieurs individus sont alors identifiés: trois tueurs présumés et le cerveau logistique de l'opération. Immédiatement, le parquet de Paris décide de médiatiser l'affaire pour réveiller les mémoires présentes sur place ce 9 août 1982 et ainsi réunir un maximum de preuves contre les auteurs présumés de l'attentat. Le juge antiterroriste délivre quatre mandats d'arrêt contre l'organisateur présumé de l'attentat et trois membres possibles du commando qui avait mené cet assaut terroriste. Cependant, la justice jordanienne rejette la demande d'extradition de ses deux ressortissants d'origine palestinienne, Souhair Mouhamed Hassan Khalid al-Abassi, alias «Amjad Atta», présenté comme le cerveau de cette attaque, anciennement numéro 3 du "comité des opérations spéciales" du Fatah-CR et Nizar Tawfiq Mussa Hamada, membre présumé du commando. La justice française recherchait aussi Mahmoud Khader Abed Adra, alias «Hicham Harb» qui vit aujourd'hui en Cisjordanie et Walid Abdulrahman Abou Zayed, alias «Souhail Othman» qui vit en Norvège.

Le 8 août 2017, dans un communiqué conjoint (7), le Crif et l’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT) ont appelé alors «les autorités françaises à tout mettre en œuvre auprès de leurs homologues norvégiens, jordaniens et palestiniens pour que les suspects soient entendus en France par le juge en charge du dossier et que la justice puisse travailler en toute indépendance et en-dehors de toute considération politique».

En mars 2019, le Président du Crif a demandé à rencontrer S.E. Madame l’Ambassadeur de Norvège, Oda Helen Sletnes, au sujet de la demande d'extradition par la France d'un des terroristes présumés de l'attentat de la rue des Rosiers. 

Sous le coup d'un mandat d'arrêt international, Walid Abdulrahman Abou Zayed, 54 ans, père de quatre enfants, vit aujourd'hui en Norvège à Skien, une ville au sud-ouest d'Oslo. Mais le pays refuse toute extradition ou arrestation du suspect. C'est sa nationalité qui bloque la procédure. Walid Abdulrahmane est norvégien depuis 2002 et le pays n'extrade pas ses ressortissants.

Francis Kalifat a exprimé à l'Ambassadrice la necessité de justice et la vive émotion des familles des victimes de l'attentat. Il était accompagné par Guy Benarousse, blessé lors de l'attentat, qui a exprimé à l'Ambassadrice sa frustration de savoir qu'un terroriste présumé peut vivre tranquillement dans un pays pourtant lui-même frappé par le terrorisme, et conscient de l'importance de juger les auteurs d'actes de terrorisme lorsque cela est possible.

Pendant ce temps, dans le quartier du Marais, les traces de l’attentat s’effacent. Le restaurant de Jo Goldenberg a fermé ses portes en 2006. Seule une plaque commémorative, apposée en 2011 en remplacement de la précédente inaugurée en 1983 par François Mitterrand et disparue en 2007, conserve la mémoire de cet évènement tragique. Et, 37 ans après les faits, les victimes restent toujours dans l'attente d'un procès.

Notes :

1. Le Fatah-CR a été fondé par Sabri al-Banna, connu sous le nom de guerre d'Abou Nidal, "le père de la lutte" en arabe. Le mouvement est né d'une scission du Fatah de Yasser Arafat en 1974 alors qu'Abou Nidal était le représentant de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) en Irak. Le Fatah-CR dirige tout d'abord ses actions contre les régimes arabes, notamment la Jordanie et la Syrie: attentats contre les hôtels Sémiramis et Intercontinental à Damas et Amman, contre les ambassades de Syrie en Italie et au Pakistan en 1976. Puis Le groupe revendique ensuite les meurtres de plusieurs responsables palestiniens modérés. L'organisation se livre également à des opérations meurtrières contre des intérêts juifs: en 1982 dans la rue des Rosiers à Paris, en décembre 1985 contre les comptoirs de la compagnie El Al aux aéroports de Vienne (3 morts) et de Rome (15 morts et 100 blessés). Le groupe est aussi mis en cause par Israël dans l'attentat de septembre 1986 contre une synagogue à Istanbul (24 morts).

2. Sur Abou Nidal, voir http://www.liberation.fr/planete/2002/08/20/abou-nidal-mort-d-un-terroriste_413009

3. Voir à ce sujet Roland Jacquard, Les Dossiers secrets du terrorisme, Paris, Albin Michel, 1985, 328 p.

4. Voir à ce sujet Thierry Vincent, 2008. «Attentat de la rue des Rosiers : la piste oubliée». Spécial investigation. Diffusion: 5 octobre à 22h40 sur Canal+

5. https://www.lexpress.fr/actualite/societe/attentat-de-la-rue-des-rosiers-deux-auteurs-identifies_1049405.html

6. Dans les procès-verbaux, les témoins sont identifiés uniquement par des numéros.

7. https://www.afvt.org/cp-attentat-de-la-rue-des-rosiers-le-crif-et-lafvt-soutiennent-la-demande-dextradition-des-quatre-suspects-vers-la-france/

Sur le sujet, le Crif vous propose également :

Guy Benarousse a été blessé au cours de l'attentat terroriste au restaurant Goldenberg, rue des Rosiers, le 9 août 1982 ; il a suivi une longue convalescence. Il participe aujourd'hui aux travaux de l'AFVT, l'Association française des victimes du terrorisme. A ce titre, il rencontre les détenus dans les prisons. Il nous fait part de ses réflexions dans une longue interview dont nous vous proposons un extrait.

Votre demande a bien été prise en compte.
Nous vous remercions de votre intérêt.