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Publié le 14 Octobre 2020

Journée mondiale pour l'élimination de la pauvreté : '1001 vies', ou les contes de la rue

Le 17 octobre 2020, nous marquons le 27e anniversaire de la résolution 47/196 de l’Assemblée générale des Nations Unies, instituant une Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. A cette occasion, le Crif vous propose de découvrir '1001 vies', qui offre des récits poignants de ceux qui ont connu la rue.

Parce que, "la rue, ça peut arriver à tout le monde", 1001 vies s'est interessé aux récits de vie de ceux qui l'ont connue, la rue. Toutes les deux semaines,1001 vies publie le portait et le récit de quelqu'un qui a connu la rue. Des témoignages intimes et poignants, magnifiquement rapportés par Raphaëla et Rolando, à la tête du projet 1001 vies

Nous avons rencontré Raphaëla, que nous connaissons bien puisqu'elle est la plume acérée des Chroniques (pas très casher) de Raphaela. Elle nous parle de 1001 vies.
 

Le Crif - Raphaëla, nos lecteurs vous connaissent à travers votre plume, que vous prêtez régulièrement aux Chroniques (pas très casher) de Raphaela. Aujourd’hui, vous nous parlez d’un projet bien différent, 1001 vies. De quoi s’agit-il ?
 
Raphaëla - Effectivement ! Avec Rolando qui est photographe, nous avons eu envie de mettre en avant les bénéficiaires des œuvres caritatives qui font la queue pour un repas chaud chaque soir. Leurs histoires nous fascinent et remettent bien des choses en perspective, nous avons eu envie de les transmettre. Une façon de ne jamais oublier que la rue est un épisode qui peut arriver à tout le monde.
 
Le Crif - Concrètement, comment ces moment d’échanges se préparent et se déroulent-ils ?
 
Raphaëla - Depuis plus de trois ans, Rolando et moi sommes bénévoles aux Restos du coeur. Tous les lundis soirs, avec une équipe ultra dévouée, nous servons cafés, soupes et repas chauds à ceux qui en ont le plus besoin.
La nourriture c'est une chose, le lien social en est une autre. Certains viennent autant pour l'un que pour l'autre. Nous les écoutons et proposons aux moins farouches de les retrouver à un autre moment de la semaine, à l'endroit de leur choix, pour les enregistrer et leur tirer le portrait. Autour d'un verre le plus souvent, ils nous racontent leurs joies et leurs deboires.
Le plus dur est de gagner leur confiance. Évidemment, avec certains c'est plus naturel qu'avec d'autres. Pour l'instant nous avons beaucoup d'hommes dans nos portraits et encore peu de témoignages de femmes qui, "heureusement", sont aussi moins nombreuses dans la rue.
 
Le Crif - Vous décrivez les récits de 1001 vies comme des « contes de la rue ». Chaque conte a une morale. Quel est le message que vous avez eu envie de faire passer ?
 
Raphaëla - Les trajectoires de vies de nos interviewés sont diverses et variées. Certains ne sortiront jamais de la rue, d'autres comme Hussain dont vous découvrirez le parcours la semaine prochaine par exemple, ont traversé la moitié du globe pour venir en France et sont aujourd'hui des citoyens intégrés. Surtout pas de jugements et si morale il y a, celle de toujours se rappeler que cet homme qui dort sur le trottoir pourrait être nous.

 

Découvrez 1001 vies

 

Ramdane - Extraits 

"D’ordinaire, Ramdane est plutôt grande gueule. Il parle à tout le monde, nous donne un coup de main pendant les distributions, remet en place ceux qui ne respectent pas la file d’attente... Mais aujourd’hui, face à nous, il a l’air d’un enfant. Il s’est plaqué les cheveux en arrière pour la photo, et il attend sagement qu’on lui demande de commencer. Avec son léger cheveux sur la langue, il se lance, timidement.
 
Il est si ému qu’il commence en se trompant sur son âge. J’ai quarante-deux ans...euh quarante-huit ans ! Il rit et s’excuse, puis reprend immédiatement son sérieux. J’ai posé ma tente au mois de mai. J’suis tout seul, à part de temps en temps quelques passants... Le décor est posé. [...]
 
Il a le contact facile, mais nous explique ne pas passer trop de temps non plus avec les autres bénéficiaires.
 
En fait, j’me rends compte qu’avec tout ce temps passé dehors, je suis devenu un loup sauvage. Côté coeur, il dit avoir eu une compagne, avec qui - bien sûr ?- ça s’est mal fini. Elle avait son caractère, avoue-t-il avec un petit sourire en coin.
 
Un ange passe. Ramdane reprend son souffle. On croit avoir fait le tour de la question. On entend en fond Gainsbourg chanter “Je suis venu te dire que je m’en vais”. Je m’apprête à appuyer sur le bouton “stop” de l’enregistreur, mais Ramdane a encore quelque chose à nous dire. En fait, ce qui me retient à Paris, ce sont les souvenirs... Ce que j’aimerais vraiment c’est me revoir petit avec mes yeux de maintenant. Moi, ce que je voulais, c’est vivre tout simplement dans une maison avec des animaux. J’adore les animaux."
 
 

 

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