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Publié le 11 Juillet 2012

Mauvaise passe

Depuis des décennies, les organisations pro-palestiniennes tentent de distiller leur volonté de délégitimation d’Israël sur les terrains de sport de la planète

 

Le sport a longtemps été pensé comme un instrument politique au service de la paix. Le lien entre les deux est attesté dès la Grèce antique. Dès leur première édition, au 7e siècle, les Olympiades étaient constitutives d’une trêve : quand bien même des populations étaient en guerre, les hostilités s’arrêtaient au moment des Jeux, quitte à reprendre plus tard. 

La FIFA s’est offert une bonne conscience “bon marché” sur le dos d’Israël et sur celui de tous ces travailleurs esclaves des temps modernes

Mais le sport est aussi, hélas, un instrument politique permettant la continuation de la guerre par d’autres moyens. Le conflit israélo-palestinien ne connaît point de trêve olympique pour le nationalisme palestinien et le sport est une formidable tribune politique internationale, son terrain favori pour frapper les esprits et les intérêts israéliens.

 

Marqué au fer rouge de l’ignominie, le massacre des onze athlètes israéliens par des terroristes palestiniens lors des Jeux olympiques de Munich en 1972 est toujours dans les esprits. Israël s’apprête dans quelques semaines à marquer les quarante ans de ce bain de sang et ce, dans l’indifférence du Comité olympique qui a refusé d’honorer leur mémoire par une minute de silence au cours des JO de Londres, cet été.

 

Puis en 1974, vainqueur de la Coupe d’Asie des nations en football, Israël se voit, deux ans après le massacre de Munich, boycotté par les équipes nationales arabes, provocant, ainsi son éviction progressive de la zone Asie. Les Israéliens devront alors se tourner vers la zone Océanie pour finalement être intégrés dans la zone Europe, trente ans après leur seul et unique trophée international.

 

La vague d’attentats anti-israéliens sur son sol, lors de la seconde Intifada, donne le prétexte aux instances internationales du football pour obliger le foot israélien à jouer ses matchs à domicile sur terrain neutre aux quatre coins de l’Europe. Alors que de nombreuses capitales européennes, frappées également par des actes terroristes, ne se voient pas signifier la même mesure sécuritaire.

 

Plus récemment, depuis l’annonce par l’UEFA de l’organisation du Championnat d’Europe des espoirs par Israël en juin 2013, les autorités palestiniennes n’ont eu de cesse, avec les organisations pro-palestiniennes à travers le monde, d’exiger le retrait d’Israël de ce tournoi.

 

Preuve en est : Jibril Rajoub, le président de la fédération palestinienne de football, qui a pour sa part écrit le 12 juin au président de l’UEFA, Michel Platini, lui demandant : “de ne pas donner à Israël l’honneur d’accueillir le prochain championnat de l’UEFA”.

 

Mais Platini n’est pas tombé dans le piège. Non seulement il a maintenu l’organisation de la compétition par Israël, mais il a notamment dénoncé l’attitude de Rajoub “mal conseillé et mal inspiré d’avoir publié sa lettre dans les médias internationaux avant même qu’elle ne lui parvienne personnellement au siège de l’UEFA”.

 

Footballeur et djihadiste : le cas Mahmoud Sarsak

 

Autre exemple de la mobilisation pro-palestinienne dans sa stratégie insidieuse de délégitimation et d’isolement de l’Etat d’Israël qui s’exprime aussi par les appels au boycott des sportifs ou événements sportifs israéliens : le cas “Mahmoud Sarsak”.

 

Qui est donc ce Mahmoud Sarsak ? Si l’on en croit le narratif palestinien, ce jeune homme de 25 ans, originaire de la bande de Gaza, serait un footballeur professionnel, international palestinien (une seule sélection contre l’Irak en 2008). Le 22 juillet 2009, il s’apprête à rejoindre son nouveau club en Judée-Samarie, mais lors d’un contrôle sécuritaire israélien, au terminal d’Erez, il est arrêté et placé en détention administrative. Accusé par Israël d’appartenir au Djihad islamique (organisation terroriste palestinienne inscrite sur la liste noire de l’Union européenne et des Etats-Unis). Et donc placé en détention administrative en tant que “combattant illégal”, une accusation qu’il nie depuis son arrestation alors qu’il se considère lui-même comme un “prisonnier de guerre”, statut du droit international reconnu pour les combattants armés.

 

Le 14 mai dernier, un accord avait pourtant été trouvé entre les détenus palestiniens et l’administration pénitentiaire israélienne afin de lever une grève de la faim de deux mille d’entre eux, pour dénoncer le recours à la détention administrative, une mesure sécuritaire régie par l’ordonnance de 1924 du Code de procédure pénale (arrestations et perquisitions), promulguée à l’époque du mandat britannique sur la Palestine. Mais, malgré cet accord, Mahmoud Sarsak poursuivit sa grève de la faim.

 

Après près de trois mois de grève de la faim, les autorités israéliennes envisageraient de le libérer le 10 juillet prochain.

 

Les services de sécurité israéliens ont des raisons légitimes de ne prendre aucun risque, non seulement en raison de la fiabilité de leurs renseignements, mais aussi, et surtout, pour avoir déjà été confrontés par le passé à des footballeurs palestiniens djihadistes.

 

Lors de la seconde Intifada, plusieurs dizaines de civils israéliens ont été tués dans des attentats suicides de joueurs issus d’un club de foot palestinien d’Hébron : le Djihad Soccer Club. Et lors de l’opération “Plomb durci” à Gaza en 2009, trois footballeurs internationaux palestiniens (Ayman Al-Kurd, Wajeh Moshtahi et Shadi Sbakhe) ont trouvé la mort lors de violents échanges de tirs avec l’armée israélienne. Ils étaient tous combattants du Djihad islamique qui s’était empressé de saluer leur mémoire à l’annonce de leur décès.

 

La FIFA : une bonne conscience “bon marché”

 

A ces protestations contre Israël, en faveur de Mahmoud Sarsak, deux voix se sont particulièrement fait entendre ces derniers jours : celle de l’ex-bad boy du football français Eric Cantona, proche de la cause palestinienne depuis sa collaboration avec le réalisateur britannique pro-palestinien, Ken Loach, et celle, plus troublante, du président de la FIFA, Sepp Blatter.

 

La prise de position de la FIFA est hypocrite et cynique. Hypocrite : en 2006, un certain Sepp Blatter déclarait : “Nous ne commencerons pas à faire des déclarations politiques. Nous, au football, si nous nous mêlions de telles discussions, ce serait contre nos statuts. Nous ne faisons pas de politique”. Une déclaration qui faisait suite aux demandes de responsables politiques allemands d’exclure l’Iran de la phase finale de la Coupe du Monde 2006, en Allemagne, après les nombreuses provocations de son président Ahmadinejad d’appeler à rayer Israël de la carte du monde.

 

Cynique : cette prise de position de la FIFA n’est en aucun cas le fruit du hasard, le même jour, l’ONG Human Rights Watch (HRW) publiait un rapport accablant de 146 pages pour le Qatar et la FIFA. La FIFA a accordé au Qatar l’organisation de la Coupe du Monde de football 2022, une attribution faisant l’objet de graves et sérieux soupçons de corruption, sans compter que, pour bâtir toutes les infrastructures routières, hôtelières et sportives, l’émirat exploite des centaines de milliers de travailleurs étrangers quasiment réduits au travail forcé dans des conditions inhumaines et, souvent, à leurs risques et périls.

 

La FIFA, en prenant position pour les Palestiniens le jour même de la publication de ce rapport très embarrassant, s’est offert une bonne conscience “bon marché” sur le dos d’Israël et sur celui de tous ces travailleurs esclaves des temps modernes.

 

Où est donc la voix de la FIFA pour mettre en garde le sanguinaire régime syrien d’assassiner le gardien de but Abdel Basset Sarout, traqué dans la ville de Homs, capitale de la révolution syrienne ? Il échappe chaque jour à la mort et continue à manifester avec les siens et à chanter pour la liberté. Sa maison bombardée par l’armée du régime est complètement détruite, son frère et plusieurs membres de sa famille assassinés. Blessé à deux reprises, il est aujourd’hui le “gardien de la révolution” comme le nomment ses supporteurs sportifs et politiques.

 

Les instances internationales du football et les organisations pro-palestiniennes jouent contre le camp de la paix en stigmatisant l’Etat d’Israël. Ce n’est pas à coup de tacles assassins contre le seul véritable Etat démocratique de la région qu’Israéliens et Palestiniens quitteront les terrains minés, mais en les aidant à bâtir une confiance mutuelle en leur avenir commun, en leur proposant, pourquoi pas, la co-organisation d’une coupe du monde de football.

 

Un projet utopique diront certains, mais, cette folle idée fait déjà son chemin puisqu’une ONG internationale, OneVoice, s’est mobilisée autour de ce projet fédérateur pour qu’Israéliens et Palestiniens puissent organiser la Coupe du Monde de football 2018, que la FIFA a attribuée

à la Russie.

 

Le père fondateur du sionisme moderne, Theodor Herzl, a longtemps été considéré comme un utopiste pour avoir affirmé, à propos de la reconquête de l’Etat juif, un demi-siècle avant l’Indépendance du jeune Etat d’Israël : “Si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve”...

 

Article de Yohann Taieb pour le Jérusalem Post Edition Française du 26 juin 2012.

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