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Publié le 8 Novembre 2018

Opinion - Au Pakistan, le martyr de la chrétienne Asia Bibi

Asia Bibi a passé huit ans en prison à attendre anxieusement dans les couloirs de la mort, accusée d’avoir insulté l’Islam selon une justice outrageusement expéditive. Nous voulons ici raconter l’histoire de cette paysanne chrétienne que les islamistes veulent pendre.

Par Marc Knobel, Directeur des Etudes au Crif

Nous voulons ici raconter l’histoire de cette paysanne chrétienne que les islamistes veulent pendre.

Commençons par un pied de nez…

Vu et lu sur le compte Facebook de l’essayiste Mohammed Sifaoui (1) : «Question à l’extrême gauche et aux ‘amis’ des opprimés» : Puisque vous avez élevé au rang d’icône une apologiste du terrorisme manipulé par le Hezbollah notamment (ndrl : Ahmed Tamimi), vous pouvez faire semblant de dire quelque chose en faveur de Asia Bibi qui risque la peine de mort pour «blasphème» ?

Et parlons d'Asia Bibi…    

Un jour, simplement pour se rafraîchir, cette paysanne a bu de l’eau dans un récipient et l’a tendu à une musulmane. Mais, celle-ci a refusé de boire dans le même gobelet. Un sacrilège ? A ses yeux, cette chrétienne serait «impure». Asia Bibi est chrétienne, elle aurait donc «souillé» l’eau d’un puits réservé aux seuls... musulmans. La mère de famille, 38 ans à l’époque, lui répondit que le prophète Mahomet ne serait sans doute pas d’accord avec ce qu’elle dit. En colère, l’autre femme vint se plaindre au mollah local, qui déposa immédiatement plainte… Et voilà cette pauvre Asia Bibi incarcérée immédiatement dans les geôles pakistanaises. Les juges l'accusent de blasphème contre le prophète Mahomet, rien de moins. Stratagème. 

Pourquoi ? Parce qu’au Pakistan, la loi interdit le blasphème, qui est puni de mort.

Asia Bibi a passé huit ans en prison à attendre anxieusement d’être pendue, accusée, à l’issue de ce simple échange, d’avoir insulté l’islam selon cette justice totalement expéditive. Ce dont par ailleurs, elle s’est toujours défendue.

Mais, fin octobre 2018, à l’issue d’une procédure juridique longue de plusieurs années, Asia Bibi est finalement acquittée. Ce verdict suscite immédiatement la colère des islamistes pakistanais. Depuis quelques jours, ils manifestent en nombre et bloquent les artères des principales métropoles pakistanaises.

Des scènes d’hystéries collectives. On se souvient des manifestations qui avaient été organisées contre l’écrivain britannique d’origine indienne, Salman Rushdie après la publication des «Versets sataniques» ; ou contre Taslima Nasreen, qui se bat pour l'émancipation des femmes et la lutte contre l'obscurantisme religieux de son pays d'origine, le Bangladesh. Nous pensons également aux manifestations immense contre Charlie Hebdo. Les gens qui manifestent ne savent pas. Ils n’ont pas jamais lu Nasreen et Rushdie, pas plus que Charlie Hebdo. Certains sont analphabètes. Par contre, ce qui est certain c'est qu'ils sont instrumentalisés, manipulés, téléguidés par les islamistes. Ils sont fanatisés et dangereux. 

Des affrontements ont même éclaté entre des islamistes et la police locale, à Karachi, notamment. La sécurité a dû être renforcée dans les lieux de culte chrétiens. 

Et nous assistons à ces scènes d’horreur. Les obscurantistes hurlent dans les rues, ils veulent pendre Asia Bibi, tout de suite.

 La loi sur le blasphème au Pakistan et les islamistes

«Blasphème» ? Vous avez dit «blasphème» ?

La loi sur le blasphème a été promulguée en 1986 sous le régime du général Zia Ul Haq, principal responsable de l'islamisation du pays dans les années 1980. Elle punit de la prison à perpétuité les auteurs d'une profanation du Coran et de la peine de mort ceux qui profèrent des insultes à l'égard du Prophète.

De quoi s’agit-il ?

Le chapitre 15 du code pénal pakistanais définit les cas dans lesquels une personne peut être accusée de blasphème. L’article 295-C du code pénal pakistanais prévoit qu’une personne peut être accusée en cas d’offense contre le prophète Mahomet : « sur l’emploi de remarque désobligeante etc… vis-à-vis du prophète Mahomet : Quiconque par ses paroles ou ses écrits de façon formelle ou rapportée, par des insinuations directes ou indirectes, défie le nom sacré du prophète Mahomet sera puni par la mort ou condamné à la prison à vie. Il pourra également être condamné à payer une amende. »

L’article de loi prévoit donc qu’une personne peut être condamnée sur le simple fait d’un témoignage sans avoir besoin de preuve supplémentaire. De plus, la définition du blasphème dans cet article est très floue et peut englober toutes sortes de paroles ou d’interprétations de paroles.

Pour l'évêque catholique d'Islamabad-Rawalpindi, Mgr Rufin Anthony, «cette loi n'a pas de sens : elle touche à des questions religieuses et pourtant elle est le fait d'un gouvernement civil. Quel être humain a le droit de décider de la vie ou de la mort d'un autre ? La vie comme la mort relèvent de la responsabilité de Dieu», affirme l'évêque (La Croix, 1er décembre 2010).

Par ailleurs, complète-t-il, «cette loi a une lourde incidence sur la société en général : elle rend impossible toute forme de dialogue entre les différentes communautés. Comment pouvez-vous échanger si vous risquez d'être accusé d'avoir insulté le Prophète et donc de mourir en cas de désaccord avec votre interlocuteur ?»

Mais, l'Église catholique n'est pas seule : au Pakistan, les organisations de défense des droits de l'homme réclament depuis longtemps l'abrogation du texte.

Pour Ali Dayan Hassan, porte-parole de Human Rights Watch au Pakistan, «c'est une loi de la haine qui encourage les extrémistes». Pour sa part, le courageux gouverneur du Penjab avait baptisé cette loi, "black law", car n’importe qui peut être accusé de blasphème sur la foi de dénonciations invérifiables, mensongères.

Les islamistes se rassemblent

Les Chrétiens et les minorités religieuses musulmanes sont les victimes de cette loi, et ceux qui défendent les minorités, la cible des extrémistes.

Alman Taseer était l’un des rares hommes politiques à dénoncer publiquement l’islamisation du Pakistan. Il avait pris fait et cause pour Asia Bibi. Or, Salman Taseer, a été assassiné par son garde du corps le 4 janvier 2011. «Il était devenu encombrant même pour son propre parti, le PPP du clan Bhutto. C'était un ami personnel du président Zardari, mais celui-ci a fini par le lâcher», ironise Muhammad Azhar Siddiqui, avocat à la Cour suprême et ardent défenseur de la loi sur le blasphème (Figaro, 20 janvier 2011).

Si les autorités d'Islamabad ont brillé par leur absence dans le débat qui s'était enflammé après l’assassinat d’Alman Taseer, les partis et mouvements islamiques en ont profité pour occuper le terrain. Divisés il y a encore peu, ils se sont rassemblés sous une même bannière, le Tehreek-e-Hurmat-e-Rasul (Mouvement pour l'honneur du Prophète). Ils ont exigé le maintien en l'état de la loi sur le blasphème et ont réclamé l'acquittement de Mumtaz Hussain Qadri, l'assassin de Salman Taseer.

Menacé de mort, sans protection policière, son avocat a décidé de quitter le pays. Tout aussi menacée, sa famille a demandé l’asile à l’étranger, sans résultat pour l’instant.

Et si la France décidait d'accueillir Asia Bibi ?

Conclusion provisoire :

Au Nigeria, Irak, Syrie, Soudan, Pakistan, Égypte et ailleurs, les Chrétiens d'Orient (ou pas) subissent des vexations quotidiennes, des discriminations et l'oppression est grande. Aujourd'hui, ils n'ont plus qu'un seul recours: partir.

Qu'ils soient catholiques, protestants, évangélistes, coptes ou de tout autre confession, ils souffrent parce qu'ils sont victimes soit de guerres civiles, de massacres, de viols, soit parce qu'ils sont pourchassés, emprisonnés, torturés, assassinés. Tous les moyens sont utilisés pour les contraindre à renier leur foi: posséder une Bible pourrait devenir un crime, la célébration des cultes peut-être interdite, des Eglises sont brûlées, des cimetières sont profanés, les chrétiens sont pourchassés, emprisonnés, dénoncés, abattus, liquidés, et même crucifiés.

Et l’indifférence à cet égard est promptement insupportable.

Notes :

1) Post de Mohammed Sifaoui, du 6 novembre 2018 -> https://www.facebook.com/mohamed.sifaoui.5268

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