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Publié le 1 Décembre 2017

#Shoah - "Vienne avant la nuit" : un film hommage aux victimes de la Shoah

Un bel hommage, court, pudique, et d’autant plus émouvant, aux victimes de la Shoah, à travers une histoire à la fois très personnelle et de portée universelle.

Publié le 30 novembre 2017 sur le blog des Echos 

Vienne, en Autriche, c’était la ville de Stefan Zweig, de Joseph Roth, d’Arthur Schnitzler, plus tard de Thomas Bernhard. C’est là que Kafka aima Milena, qu’il a peut-être emmenée au Prater, ou encore dans l’un de ces innombrables cafés où l’on se retrouvait, alors, pour parler, pour s’aimer, pour rêver ou pour oublier (« Tu as des soucis, tu es au bout du rouleau… va au café », conseillait jadis l’écrivain Peter Altenberg). Capitale culturelle, ville de paix et d’harmonie, cette Vienne-là n’existe plus. Elle a disparu avec l’avènement du national-socialisme. Engloutie dans une nuit dont elle n’est pas, aujourd’hui encore, totalement sortie… Elle a toujours fasciné Robert Bober, né à Berlin en 1931 mais grandi en France, où ses parents avaient fui deux ans plus tard. Ecrivain (prix du livre Inter 1974 pour « Quoi de neuf sur la guerre ») mais surtout réalisateur, depuis 1967, de plus de 100 films documentaires pour la télévision (en collaboration longtemps avec Pierre Dumayet), il a voulu, il y a peu, retrouver les traces de son arrière-grand-père, qu’il n’a jamais connu. Et c’est à Vienne qu’il les a retrouvées...

L’aïeul, Wolb Leib Fränkel avait en fait quitté son village natal de Pologne pour rejoindre… l’Amérique, un rêve partagé à l’époque (1904) par des nuées de migrants. Mais, refoulé à Ellis Island par les autorité sanitaires, il décida, sur le chemin de son retour forcé, de s’arrêter à Vienne. Où, reprenant son métier de ferblantier (il fabriquait de chandeliers) il vécut heureux, en homme pieux et modeste, jusqu’à sa mort en 1929. Suffisamment longtemps pour donner à son arrière-petit fils l’envie d’en évoquer le souvenir en ressuscitant ce qui y fut sa vie quotidienne. Ce qu’il fait au fil de déambulations rêveuses dans la ville, en une promenade à la fois sentimentale et poétique où tout se mêle, reportage, histoire, littérature, nostalgie, imaginaire. On commence par rencontrer des biches dans le vieux cimetière abandonné où le carré juif n’est plus qu’un amas de pierres parfois vandalisées, on retrouve de vieilles photos où posent, sortis d’un oubli immémorial, des grands-pères barbus et des enfants rieurs - la famille de l’auteur, qu’il découvre alors - on devine, derrière les façades de la Vienne contemporaine, le charme de celle d’avant l‘apocalypse, on se croit, parfois, dans un film de Max Ophuls. Mais le sortilège ne dure pas. Les enfants rieurs de la photo, nous dit Bober, ont été déportés. Et, dans les cafés toujours très accueillants d’aujourd’hui, les consommateurs auxquels il montre des fac-similés de journaux relatant l’Anschluss restent totalement indifférents. Ou volontairement amnésiques. Sauf un jeune couple, qui, peut-être, en ignorait tout. Une note d’espoir ?

Mon avis

Un bel hommage, court (1 h 10), pudique, et d’autant plus émouvant, aux victimes de la Shoah, à travers une histoire à la fois très personnelle et de portée universelle. Et, ce qui ne gâte rien, une réalisation aussi originale que maîtrisée, d’ailleurs récompensée dans plusieurs festivals.

Bande annonce de "Vienne, avant la nuit", de Robert Bober

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