Crif Auvergne Rhône-Alpes : cérémonie au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon

 
C’est à peine trois jours après l’effroyable attentat de Nice qui a frappé la France, en plein 14 juillet festif, que s’est déroulée au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD) de Lyon, la cérémonie à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat Français et d’hommage aux Justes de France.
 
Une longue minute de silence a été observée par la nombreuse assistance et les autorités présentes.
 
Le Grand Rabbin Régional Richard Wertenschlag a lu et traduit la « Prière pour les Morts » puis récité le Kadddish.
 
Les noms de tous les Justes de la Région Rhône Alpes ont été lus par 3 jeunes de l’UEJF.
 
Hervé Sultan, vice-président du Crif Auvergne-Rhône-Alpes, au cours de son intervention, a rappelé les conditions de vie atroces dans le Vel d’Hiv où furent parqués les milliers de juifs raflés à Paris les 16 et 17 juillet 1942. Il a salué aussi l’action de ces français qui ont caché et sauvé des centaines de juifs au péril de leur vie, et qui leur a valu de recevoir, souvent à titre posthume, la médaille de Justes parmi les Nations.
 
Hervé Sultan a voulu toutefois centrer son discours sur la personnalité d’Elie Wiesel, le plus « célèbre » rescapé de la Shoah, l’infatigable militant de la Mémoire et de la Paix, mais devenu depuis le 2 juillet 2016, un témoin disparu.
 
L’adjoint au Maire de Lyon, Jean Dominique Durand, a énuméré la longue liste des actes antisémites depuis Copernic jusqu’à aujourd’hui et lui aussi a longuement parlé d’Elie Wiesel, en le citant, et en rappelant ses interventions émouvantes lors du procès Barbie, à Lyon, en 1987. 
 
 
Discours de Hervé Sultan Vice- président du Crif Auvergne-Rhône-Alpes, 17 juillet 2016
 
Georges Bensoussan, historien, a écrit "Que reste-t-il des cris des enfants juifs innocents arrachés à leur mère, dans une commémoration institutionnalisée ? "
 
Pourquoi sommes-nous là aujourd'hui, 74 ans après la rafle du Vél d'Hiv de Paris des 16 et 17 juillet 1942 ? 
 
Pourquoi ou plutôt pour qui ?
 
Surement, pour ces 13152 juifs dont plus de 4000 enfants, qui furent raflés à leur domicile, parqués, internés, transférés vers Auschwitz, exterminés pour la quasi-totalité.
 
Le Vél d'Hiv a disparu, mais les témoins et les historiens nous ont, maintes et maintes fois, décrit les conditions de vie épouvantables dans ce lieu… la chaleur étouffante, la soif, la faim, le manque d'hygiène, les lumières allumées jour et nuit, le bruit permanent, les cris, les gémissements, les suicides… Ils nous ont décrit aussi, à l'arrivée dans les camps d'internement de transit, la séparation forcée entre les familles, très souvent à l'initiative des gendarmes français.
 
Il y a 4 ans, ici même, j'avais lu deux témoignages d’une rescapée de la rafle et d’une déportée survivante d'Auschwitz-Birkenau. L'une d'elles concluait: " La cicatrice reste béante et  cette journée de mémoire nous oblige, toutes générations confondues, à poursuivre sans relâche, tout sorte de discrimination raciste et antisémite et a à rester vigilants. Notre souffle d'anciens survivants s'épuise lentement. Sachez que notre mémoire est votre héritage."
 
Cette année 2016, nous entrons dans cette ère inquiétante et tant redoutée où les témoins des camps disparaissent.  
 
Le 31 mars, Imre Kertesz, écrivain juif hongrois, prix Nobel de littérature, qui avait connu l'horreur à Auschwitz puis à Buchenwald, s'en est allé.
 
Le 2 juillet, Elie Wiesel, lui aussi rescapé de la Shoah, inlassable militant de la mémoire, prix Nobel de la Paix, s'en est allé…Les hommages du monde entier ont afflué dès l'annonce de sa disparition et ont rendu très personnelle, la perte d'un être qui existait pour tout le monde.
 
« Un homme intègre, un homme d’honneur attaché à l’honneur de l’homme » a déclaré Manuel Valls.
 
"Celui qu'on a voulu exterminer, rayer de la surface de la terre, pour sa simple naissance, est devenu selon les mots du président de l'Etat d'Israël, Réuven Rivlin, un héros du peuple juif ".
 
Pour Barak Obama, "Il était un mémorial vivant ; sa vie et la force de son exemple nous poussent à être meilleurs".
 
"Savoir, c'est résister, mais résister à quoi? disait Elie Wiesel. 
 
Résister au poids mort de l'ignorance par l'effort de la connaissance.
 
Savoir permet de s'opposer à l'indifférence et à la domination d'autrui sur nos corps et nos esprits. Savoir, c'est résister à l'oppression. L'étude existe pour rapprocher les hommes, non pour les séparer, pour honorer l'humanité de l'Homme, non pour la dénigrer".
 
Face aux entreprises montantes du négationnisme, il affirmait sans cesse "après ce que s'est passé en ce lieu, en parlant du camp d'Auschwitz, il n'y a que la vérité qui compte et rien d'autre". Au cours de son intervention poignante au procès Barbie, à Lyon, en 1987, il affirma "Aucune justice n'est possible pour les morts. Et le tueur tue deux fois, la première en tuant, la seconde en essayant d'effacer les traces de son crime. Nous avons à empêcher la seconde mort, car, si elle avait lieu, ce serait alors de notre faute".
 
La mort du père d’Elie Wiesel, devant ses yeux, à quelques jours de la libération du camp, l'a condamné, selon le philosophe Raphael Enthoven, à vivre éternellement sans lumière et dans l'attente. C'est vrai que la tristesse n'a jamais quitté le fond de ses yeux. Aussi, après avoir été un infatigable militant de la paix et défenseur des autres génocides et après avoir, en 2006, dénoncé la survenue d'une nouvelle forme de barbarie, portée par des terroristes magnifiant leur mort et celles de leurs victimes, Elie Wiesel était retourné à l'étude du Talmud dans l'attente du temps de la paix, l'ère du messianisme. 
 
Angela Merkel, la chancelière allemande, a dit à la mort d’'Elie Wiesel "Cette voix de la morale et de l'humanité s'est tue".
 
Plus que jamais, il nous demanderait aujourd'hui de ne pas nous taire, de ne plus nous taire, de nommer les choses, de nommer les assassins. Il nous demanderait de ne pas faire de "sélection" dans nos indignations ou celles de nos dirigeants. Car, ce sont les mêmes terroristes, assassins, les mêmes barbares qui tuent à Orlando, à Dacca, à Magnanville, à Tel Aviv, à Kiriat Arba, à Dallas… à Nice. Ici la haine des homosexuels, là la haine des occidentaux, ici la haine des policiers, là la haine des juifs, ici la haine des blancs, là la haine de la liberté, de la vie...
 
Quelle cause peut justifier l'assassinat d'une adolescente de 13 ans, tuée de 20 coups de couteau pendant son sommeil ? Quelle cause peut justifier la mort de 84 personnes fauchées en plein 14 juillet festif, par un camion fou, conduit par un barbare ?
 
Elie Wiesel était un amoureux de la langue française dans laquelle il a étudié, enseigné et écrit l'essentiel de son oeuvre, il est resté très proche de la culture hassidique de ses parents, et bien que fidèle ami d'Israël, il refusa naturellement, parce que citoyen américain, le titre honorifique de président de l'Etat d'Israël qu'on lui avait proposé.
C'est ce même Etat d'Israël qui, depuis 1963, honore en les désignant "Justes parmi les Nations", tous ces hommes et toutes ces femmes qui au péril de leur vie, ont aidé, accueilli, caché des juifs, sous l'occupation nazie. Ces Justes qui ont fait preuve d'humanité et de solidarité l'ont fait naturellement, sans penser accomplir un geste héroïque. Certains n'ont pris conscience de ce qui arrivait aux juifs arrêtés que lorsqu'ils ont vu des enfants partir dans des wagons à bestiaux.
 
Les témoignages, les recherches du Memorial Yad Vashem de Jérusalem permettent aujourd'hui encore d'honorer ces anonymes, ces belles personnes. Dans notre région Auvergne-Rhône-Alpes, au lendemain de la mort d'Elie Wiesel, comme un signe du destin, il y a eu deux cérémonies émouvantes à Saint-Sauveur de Montagut et à Chalençon, en Ardèche, pour remettre à titre posthume la Médaille de Justes parmi les Nations aux familles Merland et Dejour.
 
Aujourd'hui, 17 juillet 2016, notre geste de mémoire, c'est une dette envers un monde anéanti. C'est un geste fidèle à la tradition juive, tournée vers la connaissance et la transmission de ce qui fut. 
Elie Wiesel, au sortir d'une cérémonie à Buchenwald, avait déclaré à Barak Obama.
 
"La mémoire est devenue un devoir sacré pour tous les hommes de bonne volonté".
 

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