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Publié le 16 Septembre 2009

Dictionnaire alphabétique des sourates et versets du coran, par Francis Weill (*)

C’est un véritable pavé, un document impressionnant, que nous propose le docteur Francis Weill, représentant du CRIF à Besançon. Cela nous change quelque peu de son précédent ouvrage, un recueil pétillant de contes (1). Près de sept cents pages d’une écriture serrée qui assureront le lecteur patient et obstiné qu’après une lecture attentive, rien du Coran, dans la version qu’en propose la traduction classique de M. Kasimirski parue en 1841 confrontée, à l’occasion, à celles de Denise Masson, de Jacques Berque et d’André Chouraqui, ne leur sera étranger.



Dans sa préface, l’islamologue Mohsen Ismaïl, maître de conférences à l’université de Rennes 2 nous explique que « grâce à l’objectivité et au détachement de son auteur », nous sommes en présence d’un « travail méthodique et rigoureux ». « En effet, ajoute-t-il, l’isolement d’un passage coranique de son contexte textuel et l’amputation d’un verset pour se contenter d’une partie ou d’une expression ne peuvent satisfaire que des fins autres que scientifiques ».
Après des années de recherches sur un thème qui le passionne et qui l’intrigue depuis toujours, Francis Weill nous offre un ensemble exhaustif d’entrées de Aaron (Arûn) à Zodiaque, chaque mot étant traité à travers les sourates et versets où il apparaît. Un travail vraiment titanesque d’autant plus que des renvois judicieux permettent des passerelles particulièrement utiles.
« Ne pas s’intéresser à un texte qui régit la foi, la pensée, la culture, l’action et l’organisation sociale de plus d’un milliard de femmes et d’hommes dans le monde, un texte que beaucoup de jeunes Musulmans apprennent par cœur, relèverait de l’indifférence sinon du mépris » estime Francis Weill. Le Coran, on le sait, est un texte très dense, souvent répétitif et qui peut sembler, au lecteur néophyte, quelque peu désordonné. C’est pourquoi l’auteur nous offre ce « Dictionnaire, transcription fidèle, ordonnée, sans commentaire aucun ». « Sans commentaire aucun » ! Chacun devra donc faire son tri en fonction de sa sensibilité, notamment pour ce qui concerne les Juifs.
Comme on le sait, le judaïsme, les Juifs et les personnages importants de la Thora se retrouvent très souvent dans le Coran. L’occasion nous est ainsi donnée de constater par nous même quelle présentation en est faite dans le texte sacré de l’islam et, surtout, en quels termes.
Ainsi, pour prendre quelques exemples, à propos d’Abraham : « Abraham n’était ni juif ni chrétien ; il était pieux et résigné à D., et il n’associait point d’autres êtres à D. Ceux qui tiennent le plus à la croyance d’Abraham sont ceux qui le suivent. Tel est le prophète et les croyants. D. est le protecteur des fidèles » ou encore : « Combattez pour la cause de D. comme il convient de la faire. Vous êtes Ses élus. Il ne vous est rien demandé de difficile dans votre religion, dans la religion de votre père Abraham, Il vous a nommés musulmans. Il y a longtemps qu’il vous a nommés ainsi dans le Coran afin que votre Prophète soit témoin contre vous et que vous soyez témoins contre les hommes ». Sur la cacheroute : « Pour prix de leur méchanceté (il s’agit des Juifs), et parce qu’ils détournent les autres du sentier de D., Nous leur avons interdit des mets délicieux qui leur étaient d’abord permis. Parce qu’ils exercent l’usure qui leur a été défendue, parce qu’ils dévorent le bien des autres en futilités, Nous avons préparé aux infidèles un châtiment douloureux ».
Parfois, le titre même de la rubrique en dit long sur le contenu à venir. Sous le libellé « Cœur endurci des Fils d’Israël », on peut lire : « Vos cœurs se sont endurcis depuis ; ils sont comme des rochers, et plus durs encore, car des rochers coulent des torrents ; les rochers se fendent et font jaillir de l’eau ; il y en a qui s’affaissent par la crainte de D., et certes D. n’est pas inattentif à vos actions. Ils (les fils d’Israël) ont dit : « Nos cœurs sont incirconcis ». D. les a maudits à cause de leur incrédulité. Oh ! Combien le nombre des croyants est petit ».
À propos de l’islam, cette affirmation sans appel : « La religion de D. est l’islam ».
À la lettre J, rubrique « Juifs (les Bne Israël, les fils d’Israël), on trouvera, entre autres, ces renvois évocateurs : Rebelles, rébellion, Juifs assassins des prophètes, Juifs (châtiment des Juifs en tant qu’incrédules), Juifs corrupteurs des Livres, Juifs démoniaques, Juifs incrédules et rebelles, Juifs (malédiction des), Juifs menteurs, Lâcheté des Juifs ». Tout un programme ! Un petit extrait donne le ton : « Ceux qui ont reçu le Pentateuque, et qui ne l’observent pas, ressemblent à l’âne qui porte les livres. C’est à quelque chose de vil que ressemblent les hommes qui traitent les signes de D. de mensonges. D. ne guidera pas les impies. Dis : « Ô Juifs ! Si vous imaginez d’être les alliés de D. à l’exclusion de tous les hommes, désirez la mort, si vous dites la vérité ». Non, ils ne la désireront jamais à cause de leurs œuvres ; car D. connaît les méchants. Dis-leur : « La mort que vous redoutez vous surprendra un jour. Vous serez ramenés devant Celui qui connaît les choses visibles et invisibles. Il vous rappellera vos œuvres ». À la lettre « S », à propos de singes et de porcs, ce classique : « Vous connaissez ceux d’entre vous (les Juifs) qui ont transgressé le jour du sabbat : Nous les transformâmes en vils singes ».
Ce ne sont là que quelques exemples et il convient, c’est un fait, comme le recommandent aussi bien le préfacier que l’auteur, de se replacer dans le contexte. Chacun donc pourra se faire son opinion.
Un document précieux, un outil de réflexion irremplaçable. On regrettera toutefois le choix du caractère, très petit, à la limite du lisible. Mais ce léger défaut ne gâche en rien notre plaisir et notre intérêt pour ce travail utile et salutaire.
Jean-Pierre Allali
(*) Éditions L’Harmattan. Préface de Mohsen Ismaïl. Mars 2009. 688 pages.
(1) « Contes juifs ». Éditions L’Harmattan. Septembre 2008. Voir notre recension du 24-02-2009

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