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Publié le 21 Mars 2008

Neiman. Parcours d’un inventeur Par Nadia Neiman (*)

Qui dit Neiman pense, bien sûr, antivol au point que l’instrument est devenu l’éponyme du nom. Mais qui sait aujourd’hui qui était le génial inventeur du procédé dont la publicité, à l’adresse des cambrioleurs, disait qu’il est « inutile d’insister ». Grâce à la persévérance de sa fille Nadia, Abram Neiman sort de l’ombre et justice est enfin rendue à un pionnier de la création, un homme de passion, précurseur de talent dans son domaine.


C’est à Orhei, en Bessarabie, sur le territoire de la République de Moldavie, que naît, en 1893, Abram Neiman. Aîné de sa famille, il aura par la suite deux frères, Jacob et Nathan et une sœur, Fania. Israël Neiman, son père est un libraire humaniste qui pratique l’espéranto. Elève brillant, notamment en mathématiques, le jeune Abram est très tôt attiré par la mécanique. Confié à ses grands-parents qui vivent à Kichinev, la capitale, il est témoin, alors qu’il n’a que dix ans du tristement célèbre pogrome de 1903. Des violences d’une cruauté inouïe font des centaines de morts parmi les Juifs.
A la fin de ses études secondaires, réalisant que les universités roumaines où il pourrait étudier, pratiquent un sévère numerus clausus à l’égard des Juifs, Abram Neiman décide de rejoindre la France pour y entreprendre des études d’ingénieur. Il se retrouve à Toulouse en 1912. En 1914, le spleen le gagne et il prend le train pour retrouver sa famille. Hélas, il est arrêté par l’armée allemande et interné en Allemagne. Paradoxalement, c’est en captivité qu’il s’initie à ce qui deviendra sa passion : l’automobile. Libéré en 1918, il est engagé dans une entreprise de fabrication de machines-outils où, tout en travaillant pour subvenir aux besoins de sa famille, il perfectionne ses connaissances techniques. Il a 27 ans quand il s’engage dans la compétition motocycliste et remporte des titres de champion de side-car. Après avoir achevé tardivement ses études d’ingénieur, il retourne en Allemagne. Et là, c’est le coup de génie. On lui vole sa moto. Furieux contre le voleur, mais aussi contre lui-même il se lance dans l’invention d’un antivol. Le Neiman est en gestation. A Cologne, dans son atelier, il fabrique motos et autos et invente le cyclecar, curieux véhicule à trois roues, hybride de voiture et de moto. En 1931, une loi est promulguée qui engage la responsabilité des propriétaires en cas de vol de leur véhicule. Neiman, dont l’antivol est prêt depuis quelques temps, saisit cette occasion. On en connaît depuis le principe très simple : blocage du guidon, coupure de l’allumage et du démarreur. Simple, mais, comme pour l’œuf de Christophe Colomb, il fallait y penser ! Après les antivols, les voitures avec la sortie de la série des Framo, « premières voitures du peuple ». En 1933, c’est une Framo de chez Neiman qui remporte le championnat d’Europe. L’inventeur juif dépose brevet sur brevet. La presse spécialisée ne tarit pas d’éloges. Hélas, c’est sans compter sur le monstre qui sommeille. Hitler, en embuscade, prépare la prise de pouvoir et quand les lois sur la confiscation des biens juifs sont votées, Neiman perd tout contrôle sur ses affaires. Titulaire d’un passeport roumain, Neiman est un temps épargné. Il peut ainsi, en louvoyant, tenir quelques années. Mais la Nuit de Cristal qui survient le 9 novembre 1938 sonne le glas de ses dernières espérances. Il s’enfuit à Paris avec sa compagne, une Allemande, Mia, dont la famille est menacée parce qu’elle a une liaison avec un Juif. L’émotion est trop forte. Mia meurt d’une rupture d’anévrisme. Plus tard, il épousera une émigrée russe, Emma Braude. Un bonheur de courte durée car Hitler a envahi la France. Les Neiman parviennent à fuir vers le Sud, en Provence. Mais la Gestapo veille, omniprésente. Abram et Emma vont de cachette en cachette. En 1943, en pleine tourmente, naît une petite Nadia et, un an plus tard Eliane.
Au sortir de la Guerre, les nouvelles sont terribles : six millions de Juifs morts, massacrés. Parmi eux, Israël Neiman et son épouse. Miraculeusement, tous ses enfants en réchappent : Abram et Nathan sont en France, Fania en Ukraine et Yacob en Palestine.
Abram Neiman repart à zéro et crée une nouvelle usine à Croissy-sur-Seine. Il rachète la société Simplex et devient l’unique équipementier de Renault, Peugeot et Simca. En 1950, il rachète la société Klaxon. En 1965, Neiman emploie 350 personnes, fabrique 5000 antivols par jour et 15000 barillets de serrure pour carrosserie.
Grand capitaine d’industrie, Abram Neiman est mort le 7 juillet 1967. Il avait 74 ans.
L’ouvrage est parfois un peu trop technique, entrant dans des détails qui raviront, certes, les mordus de mécanique, mais qui sont difficilement accessibles au lecteur moyen. De très nombreuses photos agréablement maquettées illustrent cet album très intéressant.
Jean-Pierre Allali
(*) Editions Le Cherche Midi. Novembre 2006. 130 pages. 30 euros.

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