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Publié le 8 Octobre 2015

La musique en enfer

Voici un livre (avec son cd), qui se lit comme un livre de psaumes, un mémorial que porte la musique par-dessus les mots, par-dessus la prose.

Par Michaël de Saint-Cheron, Philosophe des religions, publié dans le Huffington Post le 2 octobre 2015
L'Enfer aussi a son orchestre. La musique dans les camps (librairie Vuibert) est co-signé par Hélios Azoulay et Pierre-Emmanuel Dauzat. Le premier est ethnomusicologue ou "musicien-archéologue de la musique des camps", le second s'est fait connaître comme l'un des grands traducteurs de l'anglais en particulier de la dernière décennie de livres de George Steiner mais de beaucoup d'autres livres liés à la période du nazisme. Il est aussi essayiste.
Le livre qu'ils nous offrent cet automne nous parle à chaque page de la musique et de la mort, parfois heureusement de la musique et de la survie d'une femme, d'un homme, d'un enfant. Paroles exténuées, strophes de chansons qui se sont substituées aux paroles originelles, des berceuses sarcastiques composées à Auschwitz -on n'y croit pas!- un opéra composé à Theresienstadt par Viktor Ullmann, une opérette composée cachée dans une caisse d'emballage à Ravensbrück par Germaine Tillion, sous le titre Le Verfügbar aux enfers, l'opéra de Krása, Brundibár, chanté et applaudi, par une assemblée de gamins et d'adultes, filmée par les nazis avant d'être tous déportés et assassinés dans les chambres à gaz de Birkenau. Seul, un garçon refuse d'applaudir... Comprend-il la mascarade nazie?
Il y a dans ce livre des paroles et des images suffoquées, suffocantes, comme ces chansons aux nouvelles paroles sur la déportation et la mort , ou ces partitions aux notes qui viennent d'on ne sait où... "Il n'y a rien à dire; il n'y a rien à raconter. C'est presque rien. Un silence égorgé qui se promène entre deux rangées de barbelés", écrit Hélios Azoulay. Nos deux auteurs se partagent le livre en deux parties exactement symétriques. Chaque texte du musicien a son répondant chez P-E Dauzat. Les textes se complètent entre le récit, le poème et l'analyse. La troisième partie est le livret d'un opéra, Le 30 mai 1431, sur le procès et la mort de Jeanne d'Arc, dû à Viktor Ullmann, traduit pour la première fois en français par Henri Prusak et Hélios Azoulay. Le cd qui accompagne le livre fait entendre, à côté d'autres partitions rares, les deux premières pages seulement qu'a eu le temps de composer Ullmann avant son transport pour Birkenau... Lire l'intégralité
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