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Publié le 15 Janvier 2016

Le gardien de nos frères, par Ariane Bois (*)

Un roman très vivant et très attachant.

Une recension de Jean-Pierre Allali
 
L’œuvre romanesque d'Ariane Bois est profondément marquée par la tragédie de la Shoah. Nous avons ici même, en son temps, présenté son magnifique ouvrage « Le monde d'Hannah » (1), une évocation nostalgique et colorée du « Petit Istanbul » parisien d'avant la catastrophe. C'est un tout autre monde, tout aussi attachant qu'elle nous décrit dans son nouveau roman, celui des « maquis juifs », la Sixième, branche clandestine des EIF qui, à leur façon et en coordination avec le  corps franc de libération 10, le CFL 10, luttèrent avec courage contre l'occupant allemand dans les années 40. Le groupe scout avait pris le nom de « compagnie Marc-Haguenau », en l'honneur d'un chef éclaireur qui s'était défenestré pour échapper aux nazis.
 
Le héros du livre, Simon Mandel, dit Loup est le fils de l'avocat Henri Mandel et de son épouse, Marguerite, professeur de lettres. Famille juive bourgeoise traditionaliste, mais sans plus, les Mandel, qui se considèrent comme des PIF, patriotes israélites français, habitent à l'époque un appartement cossu du 7ème arrondissement de Paris. Quatre enfants, trois garçons : Lucien, Simon et Élie et une fille, Madeleine alias « Hibou », son totem scout. Une cuisinière bretonne, une lingère et une nounou, Marie-Noëlle alias « Babar ». Un bonheur simple et tranquille, mais qui ne va, hélas, pas durer.
 
Nous sommes en 1942. La famille Mandel a échappé aux grandes rafles de l'été mais Henri Mandel, a été interné à Compiègne et ne donne pas de nouvelles. Le fils aîné, Lucien, a, dès 1942, rejoint Londres par le détroit de Gibraltar. Madeleine, de son côté, a choisi, dans le cadre du réseau Garel de l'OSE, de cornaquer des enfants juifs pour les placer en Espagne, puis en Suisse. À l'initiative de Marie-Noëlle, Marguerite et ses deux autres enfants vont se replier vers Toulouse. C'est là que Madame Mandel sera arrêtée lors d'une rafle et emprisonnée. Simon, lui, a rejoint le « maquis juif » et se prépare à la confrontation avec l'ennemi nazi.
 
Après une opération anti-allemande au cours de laquelle il est grièvement blessé, Simon décide de s'échapper de l'hôpital de campagne de Castres tenu par des religieuses où il est soigné. Il part désespérément à la recherche des siens. Une question le taraude : sont-ils encore en vie ?
 
Pour tenter de retrouver les membres de sa famille disparus et, surtout, son petit frère, Élie, Simon s'engage dans un organisme de « dépisteurs ». En compagnie de la belle et mystérieuse Léna, qui va se découvrir une passion pour le sionisme, il va récupérer des enfants cachés. Le succès est souvent au rendez-vous, mais l'entreprise n'est pas toujours facile, surtout quand les parents adoptifs ne veulent pas se séparer des petits ou, pire, lorsqu'ils ont profité de la situation pour les faire convertir au catholicisme. Pour Simon, les drames personnels se succèdent, mais un jour, enfin, un peu de bonheur...
Plus tard, en 1967, alors que l'État d'Israël est menacé par ses voisins arabes, Simon qui a dépassé la quarantaine est désormais un architecte célèbre-une tour de New York porte son nom-et vit aux États-Unis.
 
Au fil des pages, on croise des figures légendaires du scoutisme : Robert Gamzon, dit « Castor soucieux », fondateur des Éclaireurs Israélites de France, Frédéric Hammel alias Chameau et sa femme, « Fourmi » Ou encore le mythique Alfred Nakache, champion de natation d'origine algérienne, le philosophe Vladimir Jankélévitch, le chef des FTP-MOI, Francs Tireurs et Partisans, Main d’œuvre Immigrée, Joseph Epstein et même l'ancien chef du gouvernement, Léon Blum, qui venait en voisin, rendre visite à maison d'enfants de Jouy-en-Josas alors dirigée par Pierrot Kaufmann.
 
Un roman très vivant et très attachant.
 
Notes :
(*) Éditions Belfond. Janvier 2016. 400 pages. 19 euros.
(1) Éditions Robert Laffont, 2011. Voir notre recension dans la Newsletter du 18-01-2012.
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