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Publié le 18 Janvier 2012

Le monde d’Hannah, par Ariane Bois (*)

 

Ce très beau roman d’Ariane Bois est, avant tout, une plongée dans un monde hélas aujourd’hui disparu, celui du milieu judéo-espagnol à Paris avant la Shoah. Venues pour l’essentiel de Turquie, de nombreuses familles juives s’étaient, au fil des années, installées dans le onzième arrondissement. « Quatre petites artères où son cœur battait en paix : la rue Popincourt, la rue Basfroi, la rue de la Roquette, la rue Sedaine. Un quadrilatère blotti près de la place Voltaire. Ce « Petit Istanbul »…ne dormait jamais vraiment avec ses airs d’accordéon, ses crieurs de journaux, ses apostrophes incessantes d’une maison à l’autre. Tout un petit peuple vivait là, composé de chaisiers, de tapissiers, d’ouvriers ébénistes, de polisseurs de glace… ». Sans oublier l’épicerie orientale Abramoff et le bistro où se retrouvaient régulièrement les déracinés de l’Empire ottoman pour déguster un cafiko, le café turc tout en conversant en djudyo et en jouant au pokeriko, le poker judéo-espagnol,  à savoir l’incontournable « Bosphore ».

 

C’est là, au 4 de la rue Popincourt, en face de la synagogue Al Syete, au numéro 7, que vit l’héroïne du roman, Hannah, fille de Haïm Behar,  et de Cécile, née Levinescu, une Juive Roumaine qui avait rejoint en son temps la Turquie avant d’opter pour la France.

 

C’est là aussi que vit Suzanne Dupuis, Suzon pour les amis, une Française de souche qui va devenir l’amie intime et la confidente d’Hannah. À la vie à la mort, elles procèderont un jour au mélange symbolique de leurs sangs.

 

Alors que la menace hitlérienne se fait pressante, Haïm, pour rendre à la France ce qu’elle lui a offert en l’accueillant, décide de s’engager dans l’armée et de combattre les Allemands. Avec l’occupation, le destin des Behar va basculer. Port de l’étoile jaune, séparation, arrestation…

 

L’auteur introduit fort opportunément dans son récit une pointe de mystère, nous réservant, malgré tous les malheurs de la Guerre, une happy end.

 

Très agréable. Un film en puissance.

 

 

Jean-Pierre Allali

 

(*) Éditions Robert Laffont. Septembre 2011. 288 pages. 19 euros

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