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Publié le 9 Novembre 2015

Lettres à Hanna Laure, par Yaelle Carciente (*)

Un cri déchirant.

Une recension de Jean-Pierre Allali
 
Juive originaire de Casablanca, au Maroc, enseignante, l'auteure a vécu un drame incommensurable : l'assassinat de sa fille unique, Hanna Laure, le premier jour de la célébration de « Pessah ». 
 
Persuadée qu'elle porte une part de responsabilité dans ce drame parce que, notamment, elle n'a pas élevée son enfant dans le strict respect du judaïsme, elle se lance, trois ans après la mort de Laure et après avoir tâté du bouddhisme et du « New Âge »,  dans une forme de téchouva à deux volets : d'une part, elle renoue de manière très profonde avec la foi de ses pères par la fréquentation de rabbins et de cercles d'études, par l'apprentissage de l'hébreu et par la lecture des textes bibliques et, d'autre part, par la rédaction, au quotidien, d'une correspondance avec sa fille. 
 
Elle lui raconte, par le menu, les événements qui se déroulent depuis son départ, les visites qui lui sont faites, ses achats, ses velléités de changement de domicile, le déroulement des fêtes juives, ses voyages, en Israël, aux Pays-Bas et ailleurs et lui donne, régulièrement, des nouvelles de sa chatte, Béhu. 
 
Cette étonnante correspondance, à la limite du surréalisme, est l'occasion de se souvenir de petits mots d'enfants retrouvés ou encore de toiles, des reproductions d’œuvres célèbres, dont Laure s'était fait une spécialité. Sept années de lettres désespérées où l'on peut suivre également le déroulement du procès du meurtrier et les péripéties d'appel, de requalification et de contestation. 
 
Un procès qui s'éternise : « On a attendu le procès pendant quatre ans et demi. Il a été reconnu responsable et coupable et a été condamné à trente ans dont vingt incompressibles. Il nous a insultés, il a dit des horreurs (que j'ai notées) et il fait encore appel ! ». « En hébreu, nous dit l'auteure, une mère qui a perdu son enfant s'appelle ''ima chakoula''...La mère « chakoula, c'est toute sa vie qu'elle est ouverte sur l'au-delà car elle a déjà son enfant là-bas ». 
 
Parfois, la douleur est trop forte, l'incompréhension trop vive face à une disparition béante : « est-ce que c'est possible...tout à coup, vraiment tout à coup, mon enfant qui est l'âme de ma vie, mon émerveillement constant, mon eau et mon pain, le centre de mon attention et de mon amour, tout à coup, voilà, elle n'est plus là sous mes yeux. Plus là. Mais alors où elle est ? Où ? Est-ce qu'il n'y a pas de quoi hurler sans s'arrêter, jusqu'à perdre la mémoire et la vie si possible ?... »Mais tu es où, Laure ? Où es-tu allée, ma chérie, où ? ». Un cri déchirant.
 
(*) Éditions Biblieurope. 2015. 436 pages. 22,90 euros.
CRIF

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