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Publié le 11 Septembre 2015

Maison de famille, par Sophie Stern (*)

Une très belle écriture pour un roman original.

Par Jean-Pierre Allali
Elsa Fischer, enseignante, rentre d'un colloque à São Paulo, au Brésil. Elle n'a pas le temps de poser sa valise qu'elle réalise que quelque chose n'est pas normal dans la maison. Non seulement « il » n'est pas là pour l'accueillir, mais une enveloppe blanche l'attend, posée négligemment sur le bureau. Pourtant, sur son portable, aucun message vocal ne la prévient d'un empêchement. Son ami, Gabriel, un médecin, aurait-il décidé de rompre ? Certes, Gabriel, homme dévoué, est très pris par son travail, mais, tout de même, cette absence est inquiétante. Aurait-il eu vent de la liaison éphémère qu'elle a eue, au Brésil, avec un professeur écossais ? Non, c'est impossible. Angoissée, elle n'ose pas ouvrir la missive qui l'attend sur le bureau.
Une idée lui vient. Aller réfléchir à tout cela dans la maison de famille, en Normandie. Une grande maison de onze pièces, complètement délaissée et, depuis longtemps promise à la vente. Elle y emportera la lettre pour en découvrir le contenu loin de Paris.
Mais on ne revisite pas impunément les lieux de mémoire délaissés, envahis par les toiles d'araignées et qui sentent fort la naphtaline. Au fil des heures et des jours, c'est toute l'histoire de la famille qui remonte à la surface. Chaque photo, chaque tableau, chaque meuble, évoque un souvenir précis. En feuilletant un album de photos familial, elle repense à la fuite d'Allemagne de sa famille, menacée parce que juive par le régime hitlérien.
Alors qu'elle a finalement commencé à lire la lettre de Gabriel, un jeune Israélien, Eyal, entre en scène. À l'insu d'Elsa, il a été chargé par son père, Pierre et par sa mère, Viviane, de débarrasser la maison en regroupant dans des cartons, l'ensemble des objets et des bibelots qui s'y trouvent avant une éventuelle vente.
Elsa finira par achever sa lecture de la lettre de Gabriel, moins inquiétante, finalement, qu'elle le craignait, laissera Eyal achever sa tâche et regagnera Paris où elle aura rendez-vous avec Michel Houellebecq. La lettre de Gabriel, elle, restera dans une trousse de toilette, oubliée au bord d'un lavabo, dans la maison de famille, qui, bientôt, ne le serait plus.
Une très belle écriture pour un roman original.
Note :
(*) Éditions Avant-Propos. 2015. 272 pages. 20,95 euros.
CRIF

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