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Publié le 23 Décembre 2015

Simone, éternelle rebelle, par Sarah Briand (*)

Un livre très intéressant consacré à Simone Veil.

Une recension de Jean-Pierre Allali
 
L'auteure, qui a eu accès à une riche documentation et qui a bénéficié de nombreux témoignages, nous offre, avec cet ouvrage, une belle biographie de l'une des femmes les plus aimées et admirées des Français, Simone Veil. 
En 1924, l'architecte André Jacob et son épouse, Yvonne, sont amenés pour des raisons économiques à quitter Paris pour Nice où le couple et leurs enfants s'installent. C'est là que naît, le 13 juillet 1927, la petite Simone, quatrième enfant de la famille. Elle rejoint Madeleine, dite Milou, Denise et Jean.
 
L'enfance, insouciante, en partie passée au sein d'une troupe d'éclaireurs, va brusquement s'interrompre, en 1939. Avec la montée du nazisme, l'Europe, inexorablement, se dirige vers la Guerre. Simone a douze ans et un avenir terrifiant pour elle comme pour tous les Juifs de France, se dessine. C'est le Statut des Juifs. André perd son emploi. Par prudence, on change de patronyme. Simone n'est plus Jacob, mais Jacquier. Tandis que Denise choisit de rejoindre la Résistance, Simone, Milou et Jean sont placés dans des familles non-juives. C'est entre mars et avril 1944 que la famille va connaître le drame. Arrestations, déportations. Drancy, Bobigny. Les wagons plombés, la Pologne, Auschwitz-Birkenau, les chiens, les douches, les cranes rasés, les châlits, la nourriture infecte, le Canada...Puis la Marche de la Mort et Bergen-Belsen. Et, pour l'éternité, un matricule : 78651. Si Yvonne ne revient pas de l'enfer, Simone et Milou en réchappent et se retrouvent, comme bien d'autres, en avril 1945, à l'hôtel Lutetia. Les nouvelles ne tardent pas. Denise est vivante, mais rien sur André et Jean.
 
En 1945, Simone, entreprend des études de droit. C'est lors de vacances d'hiver à Grenoble qu'elle fait la connaissance de celui qui va devenir son époux, Antoine Veil. Ils se marieront le 16 octobre 1946 à la mairie du 17ème arrondissement de Paris. Une nouvelle vie commence. « Simone ressent une immense soif de vivre. Elle prend une revanche cinglante sur les adversités que lui a infligées sa jeune existence ». Leur fils, qu'on prénomme Jean, naît le 26 novembre 1947. Claude naîtra treize mois plus tard. 
 
En 1950, signe du destin : Antoine est nommé au consulat de France à Wiesbaden et la famille Veil se retrouve en Allemagne. C'est là, en 1952, qu'elle voit, pour la seconde fois de sa vie, le monde s'écrouler. Sa sœur Milou et son bébé, Luc, sont tués dans un accident de voiture.
Plus tard, malgré les réticences de son mari, Simone Veil va entreprendre une carrière professionnelle. La voilà en mission pour le compte du ministère de la Justice au sein des prisons françaises. Nous sommes en 1957. L'ascension de l'ancienne déportée vers les plus hauts sommets de l'État commence. Conseiller technique au cabinet du Garde des Sceaux, René Pleven en 1969, secrétaire de conseil supérieur de la magistrature en 1970, ministre de la Santé de Jacques Chirac en 1974, députée européenne en 1979, présidente du Parlement européen, membre du Conseil constitutionnel, ministre de la Santé à nouveau d'Édouard Balladur, cette fois, puis « Immortelle », en 2008, décorée de la Légion d'honneur en 2009. Le drame est à nouveau au rendez-vous en 2002 avec la mort de son fils Claude-Nicolas, victime d'une crise cardiaque. En 2013, Denise disparaît à l'âge 88 ans suivie de peu par le mari de Simone, « Tony ». Simone se retire peu à peu de la vie publique. Une éternelle rebelle, une étoile qui a brillé de mille feux.
 
Le nom de Simone Veil restera, bien sûr, attaché pour l'Histoire à la loi sur l'interruption volontaire de grossesse. 
Un livre très intéressant.
 
Note:
(*) Éditions Fayard. Octobre 2015. 270 pages. 18 euros.
CRIF

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