Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Blog du Crif - Les Juifs de Bahreïn

21 Septembre 2020 | 147 vue(s)
Catégorie(s) :
Actualité

Martine Ouaknine est adjointe au Maire de Nice, déléguée au devoir de mémoire, à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, conseillère métropolitaine et départementale, présidente honoraire du Crif Sud-Est.

Texte de Richard Prasquier, ancien président du Crif, également publié dans l'hébdomadaire Actualité Juive.

Par un enchaînement de hasards, notre bloggueuse Sophie, plus habituée aux sujets de cyber-sécurité et de contre-terrorisme, s'est retrouvée les mains dans la pâte (à pizza). Et ça lui a donné quelques idées plutôt gourmandes... Elle les partage avec vous cet été à travers ces chroniques culinaires !

 

Par un enchaînement de hasards, notre bloggueuse Sophie, plus habituée aux sujets de cyber-sécurité et de contre-terrorisme, s'est retrouvée les mains dans la pâte (à pizza). Et ça lui a donné quelques idées plutôt gourmandes... Elle les partage avec vous cet été à travers ces chroniques culinaires ! 

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Le mois de septembre 2020 aura été fertile en rebondissements pour ce qui est de l’histoire du Proche-Orient. Coup sur coup, deux pays du Golfe, les Émirats Arabes Unis et le Bahreïn, ont décidé de normaliser pleinement leurs relations avec Israël. Le 15 septembre 2020 marque incontestablement une page de l’histoire du monde. Ce jour-là, à la Maison Blanche à Washington, ont été signés les Accords d’Abraham. Un traité historique, préparé par le gendre et conseiller du président américain, Jared Kushner et signé par le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, le ministre des Affaires étrangères des Émirats Arabes Unis, Sheikh Abdullah bin Zayed, celui de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al-Zayani et le président Donald Trump en qualité de témoin.

On ne le sait pas toujours, ces deux pays du Golfe abritent de petites communautés juives qui, désormais, vont avoir tendance à se développer et à accueillir sans crainte les Juifs d’Israël et du monde entier.

Aujourd'hui, focus sur ...

Bahreïn

Ce petit pays de 800 km2, est un conglomérat d’îles situé près de la côte ouest du golfe Persique à 200 km de l’Iran. Sa capitale est Manama. Sur une population d’un million et demi de personnes, un peu plus de la moitié est constituée d’expatriés. 

Ancien protectorat britannique, le pays est indépendant depuis 1971. En 2020, cette monarchie constitutionnelle a à sa tête le roi Hamed Ben Issa Al Khalifa. Le pays est, comme les ÉAU, un producteur de pétrole mais a diversifié son économie en investissant dans les secteurs bancaires et touristiques. Si l’islam (65% de Chiites) est majoritaire dans le pays, on observe que, comme dans les ÉAU, une petite communauté juive vit à Bahreïn. Pleins feux sur les Juifs de Bahreïn. 

Les Juifs de Bahreïn

On l’oublie souvent mais il y a bien des siècles, avant l’émergence de l’islam, des Juifs vivaient nombreux, heureux, riches et puissants,  en Arabie. Bien avant l’apparition de Mahomet, un poète juif qui connut en son temps la célébrité, Samuel Ben Adyia, surnommé « le roi de Taymar », vivait en Arabie. Médine, ville sainte de l’islam, aujourd’hui en Arabie Saoudite  a longtemps été à majorité juive. Et s’il est vrai que des soldats américains de confession juive sont, de nos jours, présents dans des bases en Arabie, s’il est probable aussi, comme l’a écrit l’ancien président de l’État d’Israël, Itzhak Ben Zvi, que plusieurs tribus « marranes », conscientes de leur origine juive et dont le folklore particulier garde la trace de leurs ancêtres, vivent en Arabie, il n’en reste pas moins que les Juifs ont quasiment disparu de cette région.

Et pourtant ! Bien avant la signature des Accords d’Abraham,  Bahreïn avait annoncé, en 2008, la nomination de Madame Huda Azra Ibrahim Nunu comme nouvelle ambassadrice aux États-Unis. Madame Nunu s'était au préalable distinguée comme businesswoman bahreïnie, à la tête de la « Gulf Computers Service ». Une femme représentante d’un pays arabe, voilà qui n’est pas courant. Mais, ce qui est extraordinaire, c’est que Madame Nunu, juriste et membre du Conseil de la Shura, est juive !  C’est la première fois dans l’histoire qu’une telle situation se présente. Dès lors, les projecteurs de l’actualité se sont braqués sur le Bahreïn. Il y aurait des Juifs dans ce pays !

Réponse : oui. Et ils sont, de nos jours, une centaine, vivant paisiblement leur foi. Venus il y a plusieurs dizaines d’années d’Irak, d'Iran et d'Inde, ils ont aujourd’hui la nationalité bahreïnie et disposent tous d’un passeport. Ajoutez à cela environ 400 bi-nationaux vivant  en Grande-Bretagne. On considère généralement que la communauté juive originelle date, elle, du Moyen Âge. Elle a compté jusqu’à 2000 âmes dont la plupart ont rejoint l’État d’Israël en 1948.

Déjà, en juillet 1999, l’émir, Cheikh Hamad Bin Issa Al Khakifa avait étonné son monde en déclarant que les Juifs du Bahreïn sont « des compatriotes, des concitoyens jouissant des mêmes droits que les autres ». (1). Plus tard, alors qu’il effectuait un voyage officiel en Grande-Bretagne, il s’est entretenu avec des représentants de la communauté juive londonienne et incité ceux des Juifs qui avaient quitté le pays à y revenir pour « retrouver leurs maisons ».  

Fayçal Foulad, porte-parole de l’Organisation pour la Défense des Droits de l’Homme au Bahreïn a été encore plus explicite : « Le cheikh a demandé aux Juifs qui sont partis au milieu du XXème siècle de revenir dans la patrie ou ne serait-ce qu’à y passer des vacances en tant que touristes pour y redécouvrir les lieux où s’est déroulée leur histoire ».

Une synagogue a été érigée dans les années trente à Manama, la capitale du pays et la communauté dispose d’un cimetière spécifique.  Pour en revenir à la synagogue de Manama, des travaux de rénovation ont commencé en 2006 lorsque le toit de l'édifice s'était effondré (2). Ils ont duré plusieurs années. La ministre de la Culture, Shaika Mai Bint Mohammed Al Khalifa, avait visité les lieux en compagnie d'Ebrahim Daoud Nono, ancien membre de la Shura et représentant de la communauté juive.

Autre fait marquant, le 9 décembre 2013, l'ambassadeur du Bahrein en France, S.E. Nasser Mohamed Yusef Al Beloshi, s'est recueilli devant le mémorial de la Shoah de Drancy où il a déposé une gerbe de fleurs. Il était ainsi le premier diplomate d'un pays arabo-musulman à se comporter de cette manière.

En décembre 2015, une délégation religieuse de plus de 200 personnes conduite par le rabbin Moshe Lewin, directeur de la Conférence des rabbins européens et l’imam Hassan Chalgoumi, présidnt de la Conférence des Imams de France, a procédé à l’allumage de la 2ème bougie de Hanouka à la synagogue de Manama. (3). Une cérémonie similaire a eu lieu en 2016.

Avec la signature des Accords d’Abraham, nous vivons à l’heure des miracles. Alors, qui sait, rien n’interdit, demain, d’imaginer une femme juive, ambassadrice du Bahreïn….à Jérusalem, capitale d’Israël.

Inch Allah, Bé ézrat Hachem.

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Illustrations: La synagogue de Manama

1. Actualité Juive du 29 juillet 1999.

2. Actualité Juive du 13 mars 2014: “Bahrein.  Rénovation de la synagogue du pays”

3. Actualité Juive du 30 mars 2017.

 

Par Jean-Pierre Allali

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