Blog du Crif - We Remember: Mon second voyage à Auschwitz-Birkenau

27 Janvier 2020 | 76 vue(s)
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Dimanche 12 janvier 2020, j’ai participé au voyage du Crif pour la mémoire de la Shoah.

Se rendre à Auschwitz-Birkenau n’est pas anodin.

Un tel voyage ne peut se faire sans une démarche personnelle, une volonté forte de dépasser ses angoisses pour affronter la vérité et tenter de comprendre comment l’inimaginable, l’innommable et l’incompréhensible (oui, tout cela à la fois !), comment un tel drame a pu se produire.

Il y a quelques semaines, pour la seconde fois de mon existence, j’entamai la visite du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau : un voyage pour la transmission de la mémoire de la Shoah.

Nous étions notamment accompagnés de deux survivantes du camp d’Auschwitz-Birkenau, deux inlassables et courageuses témoins, deux femmes touchantes et attachantes : Ginette Kolinka et Esther Sénot.

Huit années après ma première visite, j’ai redécouvert ce lieu si complexe et si tragique. À nouveau, je me suis recueillie dans le plus grand cimetière juif du monde, symbole de la disparition de toute une civilisation juive d’Europe.

Huit ans plus tard, rien n’avait changé.

À Auschwitz I, l’entrée du musée et la célèbre inscription « Arbeit macht frei » (le travail rend libre) dont l’ironie est cinglante, les innombrables baraques alignées, les fils barbelés, la première chambre à gaz, le four crématoire… Tout y est. 

À Auschwitz II, c’est-à-dire Birkenau, l’immensité du lieu me frappe à nouveau. Le vent me glace le sang. La visite des baraquements dans lequel les déportés vivaient m’accable.

Mais c’est lorsque la nuit tombe, lorsqu’aucune lumière n’éclaire plus le camp, lorsque l’on marche à tâtons sur le sol rocailleux et boueux, que le froid glacial enveloppe jusqu’à nos os, et que notre sentiment de solitude à l’intérieur de l’immensité du camp se démultiplie, c’est précisément à ce moment-là que ma gorge se noue, que des frissons me traversent le corps.

Pour nous, simples visiteurs éphémères, ce ne fut l’histoire que de quelques minutes, voire quelques heures. Elles nous paraissaient alors interminables.

Ce laps de temps, si court en réalité, correspondait au temps qu’il fallait aux nazis pour faire leur sélection et envoyer des milliers de personnes dans les chambres à gaz. Deux heures, peut être trois après leur arrivée, ceux qui n’étaient pas envoyés au travail forcé, tels que les enfants et les personnes âgées, avaient disparus à jamais. Tués, gazés, puis brûlés.

Pour le reste d’entre eux, ce laps de temps n’était qu’un court aperçu de ce que les déportés ont subi pendant des heures, des semaines, des mois : le froid, la solitude, la faim, l’épuisement, les nuits… le travail forcé, les coups…

Huit ans plus tard, face à cette tragédie, mon émotion est la même, entre incompréhension et souffrance.

 

En quelques mois à Auschwitz-Birkenau, 1 million de juifs sont exterminés.

Ce nombre est géant, imposant, écrasant, mais inquantifiable. Il ne peut donner une idée précise de la réalité, des conséquences de ces disparitions et de l’horreur vécue, de la douleur infligée. 1 million de juifs morts c’est aussi et surtout 1 million de vies humaines disparues. Des hommes, des femmes, des enfants, des parents, des frères, des soeurs …

Pour se rendre compte de la perte que constitue ces morts, la visite de l’exposition nationale israélienne aura sans doute été une des étapes poignantes de la visite.

De nombreuses vidéos des communautés juives en Europe et ailleurs avant la guerre sont diffusées. On y voit des personnes se marier, se promener, cuisiner, on observe des enfants aller à l’école, jouer ensemble, chanter une chanson, fêter leur bar-mitsva… Ces personnes sont des juifs de Pologne, des Pays-Bas, de Roumanie, de Hongrie, de Lituanie, d’Allemagne, de France, de Tunisie…

Ces courts films représentent les vestiges d’une vie juive florissante en Europe et désormais détruite, disparue.

Ce jour-là, dans le bloc 27 du musée, j’ai aussi découvert le grand livre des noms. Ce recueil, reconstitué grâce au travail incroyable de Yad Vashem, rassemble près de 6 000 000 de noms, soit ceux de TOUS les juifs morts pendant la Shoah.

Quelle émotion de feuilleter ce livre, de lire ces noms, ces dates de naissance, ces noms de villes à travers l’Europe… et de retrouver les noms des membres de ma propre famille assassinés pendant la guerre…

Cette œuvre est d’une importance capitale mais aussi très symbolique. Retranscrire le nom, la date de naissance, la ville de chacun d’eux, c’est leur rendre leur identité, une humanité et une éternité.

Ce que cette exposition met en lumière, c’est que derrière chaque objet (chaque valise, ustensile de cuisine, chaussure, paire de lunettes, brosse à cheveux, mèche de cheveux) que nous avons pu voir tout au long de la visite, il y a une histoire, une vie humaine.

J’invite tous ceux qui s’y rendent à découvrir le bâtiment qui abrite l’exposition nationale israélienne.

Et à témoigner pour transmettre, passer le relai de la mémoire.

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Johana M.

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