Bruno Benjamin

Président du Crif Marseille Provence

Le billet de Bruno Benjamin - Le virus de l'antisémitisme sur les réseaux sociaux

01 Février 2021 | 304 vue(s)
Catégorie(s) :
France

Il y a six ans (ndlr. : cet article a été rédigé en mars 2018), en mars 2012, à Montauban et Toulouse, sept vies ont été fauchées par un terroriste islamique, donc je me refuse à rappeler le nom.

Le 33ème Dîner du Crif a eu lieu mercredi 7 mars 2018.

Jean-Pierre Allali partage avec vous ses appréciations littéraires au fil de ses lectures. Aujourd'hui, il nous parle du livre de Techouva, de Frédéric Lauze.

Au théâtre de l'Atelier, Le livre de ma mère réveille les souvenirs et sublime la relation la plus sincère qui est donnée à l'homme de connaître.

Vendredi 23 février, j'ai rencontré Tomasz Młynarski, Ambassadeur de Pologne en France.

Jean-Pierre Allali partage avec vous ses appréciations littéraires au fil de ses lectures. Aujourd'hui, il nous parle du livre de Dina Porat, Le Juif qui savait Wilno-Jérusalem : la figure légendaire d’Abba Kovner, 1918-1987.

La première djihadiste française capturée à Mossoul par les forces irakiennes en juillet 2017, Mélina Boughedir, a été condamnée, lundi 19 février, à sept mois de prison pour l’entrée illégale en Irak. La cour pénale de Bagdad a ordonné la remise en liberté et l’expulsion en France de la jeune femme de 27 ans, sa peine étant couverte par sa détention préventive, rapporte Le Monde du 19 février. Qui sont ces femmes désintégrées, déstructurées et aveuglées par la propagande développée par les djihadistes et qui ont été des proies faciles. C'est ainsi qu'elles se sont déshumanisées et ont participé à cette orgie barbare et moyenâgeuse qu’est le djihadisme.

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Actualité

L'historien Laurent Joly publie un nouvel éclairage sur la collaboration de la France occupée à la déportation des juifs. Une œuvre magistrale.

Le Crif souhaite un prompt rétablissement à Jean-Pierre Allali suite à son récent accident et espère le retrouver très vite en pleine forme.

Jeudi 6 septembre s'est tenue la cérémonie d'échange des vœux entre les responsables de la Communauté juive, la Maire de Paris Anne Hidalgo et la présidente du Conseil régional d'Ile de France Valérie Pécresse.

Jeudi 26 juillet, j'ai écrit au Ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian afin de lui faire part de mon étonnement face à l'absence de mention d’Israël dans les déclarations du Quai d'Orsay suite à l'évacuation de casques blancs syriens.

Mercredi 25 juillet, j'ai adressé des courriers aux Présidents respectifs de la Fédération Française des Échecs et de la Fédération Française de Judo. L'objectif : mener à bien le combat pour l'égalité et contre la discrimination de toute nature.

Fausses rumeurs, photos ou vidéos truquées… les fausses informations, ou fake news, inondent le net. La désinformation va parfois plus loin, prenant la forme de théories à l’apparence scientifique.

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Opinion

L'exposition CHAGALL, LISSITZKY, MALÉVITCH...L'AVANT-GARDE RUSSE À VITEBSK (1918-1922) est à découvrir juqu'au 16 juillet 2018 au Centre Pompidou.

Scoop : l’appel au boycott est illégal en France

 

Et vous, comment définiriez-vous l’humour juif ?

Pour vous donner le goût des vacances, le Crif vous fait voyager et lance sur ses réseaux la campagne "Juifs du Monde". Ensemble, partons à la découverte des populations juives du monde, de leurs histoires et de leurs traditions. Aujourd’hui, embarquement immédiat pour Hong Kong !

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Dernièrement, nous avons évidemment énormément évoqués cet antisémitisme primaire et odieux qui a visé April Benayoun.

Parce qu’on était en direct, que l’évènement était suivi par des millions de personnes et parce que la presse s’est emparée de l’affaire, le retentissement médiatique a été à la hauteur du mélange de lâcheté, de bassesse, de bêtise, de haine mais au-delà du sort réservé sur les réseaux sociaux à cette jeune femme résume parfaitement un phénomène plus global celui de l’antisémitisme,  du racisme et de toutes les haines qui circulent sur ces réseaux.

Le racisme et l’antisémitisme sont des invariables. Leur nature est différente, mais ils forment cette double haine structurante. Ne nous y trompons pas : la haine continue de s’abreuver du même poison : les préjugés, un complotisme délirant, la recherche des boucs  émissaires. Or, à chaque fois, la violence antisémite franchit des seuils. Toutes les cases de l’aversion profonde sont cochées :

  • la violence verbale sans fard,
  • un grand nombre de rédacteurs qui s’échauffent, s’emballent, s’engrènent, un effet de groupe,
  • l’anonymat, l’arme des faibles, le paravent de la haine ordinaire,
  • une cible, le plus souvent une communauté, mais d’autres fois simplement une différence,
  • l’impossibilité ou la peur de celui qui est visé de répondre,
  • l’impunité de ceux qui insultent.

Donc, de cette affaire, je retiens le caractère abject mais aussi un exemple parmi d’autres d’un phénomène qui s’est installé de façon inquiétante dans nos sociétés.

 

Toute agression contre un Juif est une attaque contre la République. Intégrés à celle-ci, imprégnés de ses valeurs universelles, nous y sommes profondément attachés. Cela m’autorise à demander aux autorités, car l’urgence s’impose, un retour de la République partout, sur l’ensemble du territoire, à commencer par les zones ghettoïsées où la mixité sociale a quasiment disparu.  D’autant que les soldats de l’islamisme radical vont continuer de raffiner dans l’inattendu, l’imprévisible. C’est une forme de guerre de l’ombre, silencieuse, qui nous est déclarée. Il faut y faire face en mobilisant toutes les énergies.

L’accoutumance progressive à la diffamation des Juifs se retrouve chez les islamo-gauchistes. Leur cible, c’est l’Etat d’Israël en butte à de multiples critiques et tentatives de déstabilisation. Leur antisionisme est un avatar du palestino-progressisme des années 70 qui consiste, par principe, à présenter les Palestiniens comme un peuple brimé, maltraité, volontairement maintenu dans le sous-développement. C’est  toute une école de pensée articulée autour de cette idée : Israël, je te reconnais le droit à l’existence mais dénie toute légitimité à ce qui te fonde ! Pour d’autres, je ne te reconnais aucuns droits, aucune légitimité. Mais ces esprits tordus, promoteurs du boycott économique, politique et culturel, ne trompent que ceux qui veulent bien l’être. Leur combat en faveur des Palestiniens est un leurre. Il ne s’agit en fait que d’un anti sionisme avéré.

 

Si le harcèlement est compris comme une attaque, une insulte, une menace,  répétée dans la durée, contre une personne que ce soit sur les réseaux sociaux ou par tout autre canal, la justice doit relever la garde et sévir, son rôle est de garantir la sécurité et de prendre toutes les mesures adéquates qui éviteraient la récidive.

 

Souhaitons qu’il y ait peut-être aussi quelques signaux forts que les tribunaux ont adressés à ces séides qui profèrent ces propos inacceptables.

L’exemple de ce jeune algérien qui travaillait chez Deliveroo et qui refusa de livrer des plats à des clients juifs. La justice a été expéditive, elle l’a condamné à 4 mois de prison ferme et à son expulsion vers son pays d’origine.

En d’autres termes quand le fait antisémite est avéré et que la sanction est rapide et proportionnée, on peut imaginer que ça marque les esprits les plus faibles.

 

Comment lutter contre le harcèlement et plus généralement la haine qui se déverse sur les réseaux sociaux ?

Je milite depuis plusieurs mois pour la mise en place d’une sorte d’HADOPI de l’antisémitisme, on sanctionne le téléchargement clandestin, on doit pouvoir déceler et sanctionner les propos antisémites et racistes sur la toile en général et les réseaux en particulier. Donald Trump a vu ses comptes bloqués quand il a harangué ses partisans pour les inciter à l’action dans le Capitole.

Ce qui est possible pour le président des Etats-Unis doit être possible pour un individu lambda.

Mais ce qui se passe sur les réseaux sociaux pose aussi la question de l’anonymat. Je considère qu’on ne peut plus faire l’économie d’un débat sur l’anonymat.

D’une manière contraire, s’exprimer derrière le paravent d’un pseudonyme peut être vu comme une réelle liberté certes ; « je peux enfin dire ce que je pense sans prendre le risque d’être pénalisé par exemple par ma hiérarchie, je peux même dénoncer des comportements délictueux sans crainte d’être rattrapé par les auteurs de ces faits ».

Mais attention, dans l’agora de la toile je peux aussi transgresser tous les interdits, divulguer les idées les plus nauséabondes, les plus viles sans être identifié.

 

La loi sanctionne ces propos et ces comportements s’ils sont prononcés dans les médias traditionnels, dans la rue, à l’école, dans l’entreprise. Mais nous avons le sentiment que sur les réseaux sociaux parce que nous pouvons avancer masqués, nous bénéficions d’une impunité totale.

La démocratie a créé ses anticorps, ce sont les lois qui sanctionnent l’antisémitisme, sur la toile il faudrait un vaccin et ce vaccin, il faut peut-être le chercher en levant l’anonymat, c’est un débat qui doit être mené.

 

Jean Paul Sartre constatait : « Il suffit qu’un seul homme en haïsse un autre pour que la haine gagne de proche en proche l’humanité entière ».

Nous ne resterons ni spectateurs, ni avec les bras croisés, ni avec les yeux mi-clos, devant cette époque où les dangers se mêlent aux peurs et à la malveillance, ou la bataille contre le mal n’est jamais gagnée d’avance. Elle implique un engagement, une attention soutenue de tous les instants car pour certains il existe un antisémitisme banal, ordinaire, comme ils pensent qu’il existe une relativité dans le mal, et j’ajoute, ce combat les hommes le gagneront car notre société contemporaine est ordonnée à une fin : LA PAIX.