Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Lecture de Jean-Pierre Allali - Loin de Sils Maria, de Michèle Kahn

06 Juin 2018 | 168 vue(s)
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France

La semaine dernière, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) proposait dans sa newsletter et sur ses réseaux sociaux un contenu qui a fait polémique.

Mon discours prononcé au dîner du Crif Grenoble-Dauphiné, le 22 octobre 2017.

Mon discours à la cérémonie d'hommage aux Juifs engagés volontaires qui s'est tenue le 15 octobre 2017 au cimétière de Bagneux.

Dans ce courrier, j'ai félicité Audrey Azoulay pour son élection. J'ai également attiré son attention sur les positions récentes de l'Unesco sur Jérusalem et commente les relations passées de l'organisation avec le Crif.

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Opinion

Eté 2014. Pendant 1 mois et 18 jours, Israël a vécu au rythme des alertes et d’une guerre qui ne dit pas son nom. Un an plus tard. Juillet 2015 : Que reste-t-il de ces jours d’angoisse ?

Le 23 juin dernier, l’Union des étudiants juifs de France a célébré son 70e anniversaire à l’Hôtel de Ville de Paris. Magie des réseaux sociaux, j’ai vécu à distance cette soirée avec enthousiasme et frustration. L’occasion pour moi de replonger dans mes années Uejf.

Comme chaque été, de nombreux juifs ont décidé de quitter la France pour s’installer en Israël. On parle de 8000 à 10 000 pour l’ensemble de l’année 2015. J’ai moi-même fait ce choix en 2013  et pourtant j’ai, plus que jamais, envie de parler de ceux qui restent. 

Dov Maimon rejoint les auteurs du Blog du Crif !

Ce dernier détaille ici les multiples racines de l’antisémitisme, qui a explosé en France à partir de l’année 2000 et la première « intifada ». Et qui s’est fortement aggravé tout au long de l’année dernière. Marc Knobel évoque notamment l’origine idéologique – soulignée et étudiée par le philosophe et chercheur Pierre-André Tagguief – d’un antisémitisme qui découle d’un antisionisme extrême, lui-même alimenté depuis longtemps par les tenants de l’islamisme radical. Extrême gauche et extrême droite française en passant par « Dieudonné and Co » sont aussi, historiquement et actuellement, parmi les premiers diffuseurs de la haine antisémite en France. Description et analyse en huit points.

Partout en France, des crayons, des stylos et des feutres ont été brandis, les seules armes du courage et de la liberté contre d'autres armes qui tuent, qui souillent, qui meurtrissent à tout jamais.

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Loin de Sils Maria*, de Michèle Kahn 

Michèle Kahn est l’une des plus grandes romancières françaises contemporaines. En témoignent les dizaines d’ouvrages qu’elle nous a offerts au long des années, dont plusieurs en rapport avec le judaïsme. Des « Contes et légendes de la Bible » (1) au « Rabbin de Salonique (2) en passant par « Shanghaï la Juive » (3), « Le Shnorrer de la rue des Rosiers » (4), « Moi, reine de Saba » (5), « Justice pour le capitaine Dreyfus » (6) ou encore « Le rabbin de Salonique » (7).

C’est un tout autre sujet que ceux qu’elle traite habituellement qu’elle nous propose dans son nouveau roman en nous transportant au cœur de l’Europe, dans la République des Grisons, pays aux cent lacs et aux trois cents glaciers, du côté de Sils Maria, là même où le philosophe Friedrich Nietzsche composa une grande part de son œuvre, dans le hameau de Sils Baselgia où, naît, en 1773, le petit Gian Josty, premier enfant de Barbla Castelmur et Michel Josty, deux protestants, pauvres mais laborieux.

Après avoir été chevrier, Gian, à la suite d’un incident, décide des rejoindre son oncle Jacob dont on dit qu’il a réussi dans la confiserie à Magdebourg. Abandonnant sa famille et, surtout sa dulcinée, Ladina, le jeune Gian va parcourir des centaines de kilomètres à pied pour rejoindre son parent et devenir, à son tour, un grand « Zuckerbäcker », un « Boulanger-Sucrier ».

Michèle Kahn nous raconte cette histoire vraie avec talent et dans une écriture agréable, n’hésitant pas, au passage, à multiplier les anachronismes en nous parlant d’événements qui surviendront un ou deux siècles plus tard dans la région où se déroule son récit. Ainsi, elle nous signale, à propos de la ville d’Anspach ou son héros est de passage, qu’en 1933, après l’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne, la cité comportera une petite communauté juive de 197 personnes et qu’en juillet 2016, un kamikaze de Daesh s’y fera exploser devant un restaurant, blessant une quinzaine de personnes. Elle nous précise aussi qu’Anne Franck racontera, dans son fameux journal, qu’elle séjournera dans la région en 1935 et 1936. Sans oublier les centaines de personnalités, d’Albert Einstein à Marc Chagall en passant par Richard Strauss et Arthur Honegger qui fréquenteront, au 20ème siècle, les beaux palaces de la région.

Gian, devenu Johann va se lancer à corps perdu dans son nouveau métier. Bientôt, aucune préparation n’a de secret pour lui. Aucune sucrerie ne lui résiste : dragées, sucres d’orge, pastilles, pralines, massepains, meringues, cornichons confits, sirops de fruits, pâtes de fruits, biscuits divers et variés. Sans oublier les pièces-montées, véritables pyramides de trois étages, délicieusement fourrées et surmontées d’une jolie fleur en sucre.

En 1796, Johann réalise enfin son rêve. Avec son ami Andrea, il ouvre à Berlin la Zuckerbäckerei Johann Josty & Co qui plus tard deviendra le Café Josty. L’établissement fournira la reine et la cour et, en 1803, Johann fera son entrée dans le monde en assistant à un concert à l’Opéra. Bien qu’il pense toujours à son amour d’enfance, Ladina, Johann s’éprend d’une jolie bourgeoise juive, Caroline Isemer qui a promis à ses parents de n’épouser qu’un coreligionnaire. Qu’importe, les amants connaîtront le bonheur et Caroline, Lina, mettra au monde, en 1807, une petite Johanna puis, en 1814, sa sœur, Ida.

Le 13 janvier 1813, Johann et Caroline convolent en justes noces dans un temple protestant sans, toutefois, que Lina ait à se convertir.

De retour au pays natal, Johann retrouvera Ladina, désormais veuve, et assistera au mariage de sa fille Madlaina. Il bâtira, pour sa petite famille, un véritable palace de trente chambres, le Palazzo Josty.

Johann Josty, Baps Dal Povers, « Le père des pauvres », a quitté ce monde le 5 septembre 1826. Il avait 54 ans.

Une belle histoire dans laquelle l’empereur Napoléon Bonaparte, avec ses qualités et ses défauts, ses victoires et ses défaites, ses réalisations et ses échecs, occupe une place privilégiée, racontée avec beaucoup de talent.

Jean-Pierre Allali

 

(*) Editions Le Passage. Avril 2018. 172 pages. 19 €.

(1) Editions Pocket, 1994 et 1995.

(2) Editions du Rocher, 2010.

(3) Editions Flammarion, 1997 et Le Passage, 2015.

(4) Editions Bibliophane/Daniel Radford, 2000.

(5) Editions Bibliophane/Daniel Radford, 2005.

(6) Editions Oskar, 2006.

(7) Editions du Rocher, 2010.