Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Lectures de Jean Pierre Allali - Fils d'Adam. Nostalgies communistes, de Benoît Rayski

17 Novembre 2017 | 153 vue(s)
Catégorie(s) :
France

La première djihadiste française capturée à Mossoul par les forces irakiennes en juillet 2017, Mélina Boughedir, a été condamnée, lundi 19 février, à sept mois de prison pour l’entrée illégale en Irak. La cour pénale de Bagdad a ordonné la remise en liberté et l’expulsion en France de la jeune femme de 27 ans, sa peine étant couverte par sa détention préventive, rapporte Le Monde du 19 février. Qui sont ces femmes désintégrées, déstructurées et aveuglées par la propagande développée par les djihadistes et qui ont été des proies faciles. C'est ainsi qu'elles se sont déshumanisées et ont participé à cette orgie barbare et moyenâgeuse qu’est le djihadisme.

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Le 4 février 2018, le Crif et les Amis du Crif ont organisé un voyage de mémoire dans les camps d’Auschwitz-Birkenau. Près de 200 personnes ont participé à cette journée exceptionnelle, qui a marqué les mémoires de chacun. Une délégation d’élus et de personnalités publiques m'a également accompagné. Nous avons aussi eu l'honneur d'être accompagnés par Ginette Kolinka, réscapée d'Auschwitz.

En fin de journée, nous avons tenu une courte cérémonie d'hommages ponctuée de plusieurs discours et de prières animées par le Rabbin Moché Lewin. En conclusion de cette intense journée, le Shofar a resonné au milieu du silence etourdissant de l'immense complexe de Birkenau.

Depuis quelques semaines, le texte épistolaire de Sholem Aleichem a investi la petite – mais non moins prestigieuse – scène du Théâtre de la Huchette, à Paris.

Hier, je me suis exprimé sur la récente vague d'antisémitisme qui secoue la France. J'ai demandé à l'ensemble de la communauté nationale de faire front contre la haine antisémite. J'ai également rappelé l'importance pour la justice française d'appliquer des peines suffisamment lourdes pour être dissuasives.

De ce 9 janvier 2015, nous voulons retenir une autre image, cette belle image. Celle de Lassana Bathily.

Pages

Fils d'Adam. Nostalgies communistes, de Benoît Rayski*

C’est un véritable cri d’amour que le journaliste et essayiste Benoît Rayski lance à son père, Adam Rayski, disparu en 2008. Sur sa tombe, au cimetière du Père-Lachaise, allée circulaire, division 16,  sont gravés ces mots : « Adam Rayski. 1913-2008. Il fut terroriste et communiste quand il fallait l’être ». Á quelques enjambées, la tombe de Jean-Baptiste Clément, l’auteur oublié du « Temps des cerises ».

Né à Bialystok en Pologne en 1913, fils de Yehiel et d’Esther, Adam Rayski fut une grande figure de la Résistance en France où il se retrouvera en 1932. Chef politique des FTP-MOI, bras armé du parti communiste français dont il fut l’un des cadres, président de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide,  il participa, en novembre 1943, à la création, dans la clandestinité, du CRIF. Après la Seconde Guerre mondiale, il choisit de revenir dans son pays natal. Mauvais choix car il y sera menacé et obligé de retourner en France en 1957. Condamné par contumace en Pologne, il écopera de sept ans de prison infligés en 1961 par un tribunal militaire français pour espionnage au profit de la Pologne !

L’écriture de cet ouvrage est tout simplement superbe. Quelle plume ! « Ce livre est mon seul bon et vrai article » confesse l’auteur en préambule qui considère que « ce livre est la conséquence de séquences émotionnelles ; Soudaines, irréfléchies, désordonnées ».

Héritier d’une famille juive et communiste, Benoît Rayski, par delà la mort, veut partager avec son père des moments du temps jadis, ce temps où, à l’instar des personnages du film « Casting » d’Emmanuel Finkiel, Adam Rayski, avec l’accent yiddish, disait « aprey » et non « après » ou « ça m’a fey pleysir » pour « ça m’a fait plaisir ». « Ton accent est sans pareil. Celui d’un Litvak » dit Benoît à son père.

« Mais pourquoi ne m’as-tu jamais appris le yiddish ? Pourquoi vous-êtes vous, toi et ma mère, acharnés à faire de moi un parfait  petit Français ? Je t’écoute et je pleure. Ton accent me donne des frissons et ce que tu dis me bouleverse »

Le regret de n’avoir pas mieux connu son père, de ne pas avoir été plus proche de lui, transparaît à chaque phrase. « Tu n’avais pas de patrie. Le communisme t’en a donné une. Tu l’as choisie avec une frénésie amoureuse que tu partageais avec des millions d’autres. Puis un jour, ta patrie t’a quitté. Et tu es resté à jamais orphelin. Moi, je suis orphelin depuis toujours. Pas de patrie à aimer. Juste un pays de naissance puis un pays d’adoption. Je ne me consolerai jamais d’avoir perdu ce que je n’ai jamais connu »

La nostalgie d’un monde aujourd’hui disparu, le yiddishland, avec ses poètes, ses peintres et ses « violoneux », ses voyous et ses voleurs le dispute à celle des lieux de mémoire : Byalistok et la rue Kupiecka,  la Lituanie, Bielsk Podlaski, Varsovie et la place Krasinskich où vivaient tous les nôtres, les « naszy ». Et, plus tard, le 14, rue Rambuteau à Paris.

« Tu me manques »  dit l’auteur à son papa. Et il ajoute : « Et je crois que je te manque aussi ».

Des photographies agrémentent cet ouvrage émouvant et sympathique. Á découvrir !

 

Jean-Pierre Allali

(*) Éditions Exils. Septembre 2017. 112 pages. 15 €.

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