Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Lectures de Jean-Pierre Allali - La Paria, par Claude Kayat

03 Décembre 2019 | 72 vue(s)
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La Paria, par Claude Kayat(*)

Étonnant personnage que Claude Kayat ! Ce Juif tunisien, né à Sfax en 1939, a choisi, il y a soixante ans, de vivre en Suède. Il habite à Stockholm où il a longtemps enseigné le français et l’anglais tout en composant, au fil des ans, de savoureux romans.

Il est particulièrement sensible à la question du rapprochement entre Juifs et Musulmans. Un thème qui est au centre de son livre-phare dont le titre est on ne peut plus explicite, Mohammed Cohen (1).

C’est ce même thème que l’on retrouve dans son nouveau roman. La scène se passe cette fois en terre d’Israël. 

Nous sommes en Galilée, non loin de Tibériade, pendant la Guerre du Liban. Voici, dans la village bédouin de Bir-El-Warad, Karim et sa famille : sa femme, l’opulente Khadija et ses fils, dont Brahim et Djabar, deux jumeaux on ne peut plus dissemblables : alors que Djabar, fiancé à une Bédouine du Néguev, Leila, a, dans une volonté d’intégration, choisi de faire son service militaire au sein de Tsahal, Brahim, antisémite profond, ne cesse d’étaler au grand jour sa haine des Juifs : «  Tous des voleurs, tant qu’ils sont !...À qui appartenaient leurs terres, À des Arabes ! Et maintenant regarde ce qu’ils font, à nos frères au Liban, ces salauds !...Dommage qu’Hitler ne les ait pas brûlés avec tous les autres… ».

Et voici l’héroïne du roman, la jeune et belle Fatima, nièce de Karim, fille de la veuve Aïcha « silhouette de tanagra », et ses cinq frères parmi lesquels, l’aîné, Salem,  Ali, un vaurien et Khalill, un galopin au museau de fouine

Du côté juif, voici la famille Appelbaum qui vit à Ganeyel. Arié est cultivateur et aimerait que son fils, Yoram, lui succède. Pour s’occuper à son tour des orangers, des avocatiers, des oliviers, des manguiers et des amandiers. Mais le jeune homme, qui voit le service militaire approcher, aurait préféré être architecte. On découvre aussi sa mère, Noémi, sa grand-mère paternelle, Shoshana, sa sœur, Edna, qui a déjà accompli son service militaire et envisage d’entreprendre des études de mathématiques et son fiancé Zeev. Toute la famille vit dans le souvenir ému du frère de Yoram, Dov, tombé en 1973 sur le canal de Suez.

Comme chez les Bédouins, le mépris de l’autre est présent dans cette famille juive ashkénaze où l’on considère que les Arabes comme les Bédouins sont sales et jamais ponctuels. Quant aux Juifs séfarades, des « noirauds illettrés », « ils se moquent de la culture comme de leur premier méchoui »

Dans les champs d’amandiers des Appelbaum, la récolte est sur le point d’être lancée. Les amandes sont mûres et la production s’avère encore plus fournie que les années précédentes. Et comme toujours, c’est la famille de Karim qui jouera le rôle de main d’œuvre.

La récolte est l’occasion de rencontres entre les deux familles. Brahim est amoureux de Fatima. Mais cette dernière n’a d’yeux que pour Yoram dont les sentiments à l’égard de la belle bédouine ne font aucun doute. C’est Roméo et Juliette en terre de Sion ! Avec les difficultés qu’on imagine aisément.

La première rencontre entre les deux tourtereaux a lieu dans les ruines archéologiques de Tel-Noam. Alors qu’on entre en période de ramadan ! Premiers baisers, premières étreintes. Et même des projets de mariage ! Fatima Appelbaum, ça sonne bien. Un peu comme Mohammed Cohen

Des amours interdites, évidents préludes à des ennuis et à des malheurs qui ne manqueront pas. Amour, haine, vengeance, mort.

Un crime horrible entraîne une enquête qui est confiée au capitaine Aharon Bar-Gil, un « Tune » passionné par les chansons de Raoul Journo et qui, dans sa jeunesse, s’appelait Borgel et fréquentait le lycée Carnot. 

C’est agréablement écrit. Angoissant mais très sympathique.  Une détente assurée. 

Jean-Pierre Allali

 

(*) Éditions Maurice Nadeau. Novembre 2019. 240 pages. 19 €.

(1) Éditions du Seuil, 1981.

 

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