Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Lectures de Jean-Pierre Allali - Le Testament d’Alexandrie, par Frédéric Lauze

03 Février 2021 | 103 vue(s)
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Le Testament d’Alexandrie, par Frédéric Lauze (*)

 

Voici Roméo et Juliette à la sauce moyen-orientale. Nous sommes dans les années cinquante en Égypte, à Alexandrie. Alexandrie et son fameux phare, le quartier commerçant d’Anfouchi, la corniche, le Café de Paris, le fort de Qotbay, les mosquées et la synagogue Nabi Daniel. À cette époque, deux figures tutélaires dominent la scène publique : le Raïs, Gamal Abdel Nasser et la chanteuse, Oum Khaltoum.

Une communauté juive, trente mille personnes environ, vit alors à Alexandrie. Elle est, selon les papyrus dits d’Eléphantine, la plus ancienne communauté juive du monde. Et bien que nombre de Juifs, malgré leurs demandes, se sont vus régulièrement refuser la nationalité égyptienne, les Juifs « exercent dans tous les domaines d’activité, y compris au sein de l’État, comme dans l’enseignement ou le service des douanes où ils sont surreprésentés ».  Très peu de Juifs sont, à l’époque, tentés par l’idée sioniste. Certes, la communauté est inquiète et on note des départs de plus en plus nombreux. Mais Moshe, le père de David se veut rassurant : « Mon fils, nous sommes égyptiens, juifs mais égyptiens. Je vais d’ailleurs, dès demain, demander à nouveau l’octroi de la nationalité… ». Rachel, sa mère, est, elle, un peu plus circonspecte. 

Pour les familles juives comme pour la bourgeoisie musulmane ou copte égyptienne, l’Institut Français d’Enseignement est un must où il convient d’inscrire ses enfants. C’est ainsi que David Mizrahi, un jeune Juif, s’y retrouve tout comme Aïcha Qarawi, une petite Musulmane. Ils ont tous les deux douze ans en 1952. 

Et tous deux tiennent régulièrement un journal intime où l’on découvre leur amour naissant et, au fils des ans, la véritable passion qui les attire l’un vers l’autre. David en vient même à envisager une conversion à l’islam ! Avec la complicité d’Abdel, le gardien du Phare, les deux tourtereaux vivent leur amour au quotidien, caresses et baisers, mots doux et enflammés…

Mais l’histoire, implacable, s’écrit dans le dos des jeunes amoureux Le conflit avec Israël s’envenime. Le 26 mars 1956, le père de David laisse entendre que la famille vit son dernier Pessah en Égypte. Les événements se précipitent : la nationalisation du Canal de Suez, la guerre, la fuite en bateau de la famille Mizrahi et de quelques autres en direction d’Ashkelon en Israël.

Malgré la séparation, David et Aïcha trouveront les moyens de se retrouver après bien des difficultés. Des hauts et des bas, des bonheurs et des drames. Un roman très sympathique où l’optimisme finit par l’emporter. À découvrir !!

Jean-Pierre Allali

(*) Éditions Fauves. Octobre 2020. 256 pages. 22 €.