Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Blog du Crif - Les juifs du Honduras et du Nicaragua

29 Juillet 2021 | 406 vue(s)
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Et de quatre ! Après les États-Unis, le Guatemala et le Kosovo, c’est au Honduras de sauter le pas en installant son ambassade à Jérusalem. Le 24 juin 2021, le Premier ministre israélien, Naftali Benett et le président du Honduras, Juan Orlando Hernandez, ont  inauguré cette ambassade (Photo). Pays voisin du Honduras, le Nicaragua ne devrait pas tarder à l’imiter. Une occasion de découvrir les petites communautés juives de ces deux pays.

Le Nicaragua et le Honduras sont deux petits pays hispanisants d'Amérique Centrale. Le Nicaragua, 6 millions d'habitants, a pour capitale Managua. Son voisin, le Honduras, a une population de 8 millions d'âmes et sa capitale est Tegucigalpa.

Dans les deux pays, des communautés juives se sont établies au début du 20ème siècle et n'existent plus aujourd'hui que de manière anecdotique.

Venus d'Europe de l'Est, dès 1930, des centaines d'immigrants juifs se sont installés à Managua. Très rapidement intégrés, ils se sont lancés dans l'agriculture, dans l'industrie et dans le commerce. Une Congregacion Israelita de Nicaragua voit le jour, une synagogue est érigée et les associations juives traditionnelles comme le B'naï B'rith et la Wizo installent des antennes.

Dans les années 1960-1970, Anastasio Somoza Debayle, dit « Tachito », héritier d'une dynastie de dictateurs, était au pouvoir. C'est alors que la communauté juive fut la cible d'une campagne antisémite de la part de l'opposition sandiniste qui propageait des rumeurs selon lesquelles les Juifs du pays servaient d'intermédiaires à l'État d'Israël pour des ventes d'armes à Somoza. Et lorsque le Front Sandiniste de Libération Nationale prit le pouvoir, en 1979, la tension fut à son comble avec la communauté juive d'autant plus que le FSLN se rapprocha fortement de l'OLP.

Cela n'empêcha pas des personnalités juives de premier plan d'être aux côtés des sandinistes comme Herty Lewittes, qui fut maire de Managua et son frère, le commandant Israel Lewittes, dont une place de la capitale nicaraguaise porte le nom.

La communauté juive du Nicaragua a connu son apogée démographique vers 1972 avec 250 âmes. Le tremblement de terre qui eut lieu la même année, détruisant 90% de la capitale, incita de nombreux Juifs à émigrer. Plus tard, en 1979, le gouvernement sandiniste procédera à des confiscations de biens juifs. Le président de la communauté, Abraham Gorn, emprisonné, parviendra à s'évader. L'unique synagogue de Managua fut alors démolie. La quasi-totalité de la communauté choisit de quitter le pays pour les États-Unis et Israël.

Certains d'entre ses membres ont décidé de revenir au pays après le retrait du président Daniel Ortega, suite aux élections présidentielles de 1990. Depuis, Daniel Ortega est revenu au pouvoir et dirige aujourd'hui le pays. Une cinquantaine de Juifs vivent toujours au Nicaragua, mais il n'y a plus dans le pays ni synagogue ni rabbin.

Au Honduras, la présence juive, depuis 1930, a également été toujours très limitée : quelques centaines de personnes. Cela n'a pas empêché, en 2009, une forte poussée d'antisémitisme, des médias accusant des familles juives désignées comme « Turcos », de posséder de grandes richesses et de fomenter des coups d'État. Un épisode intéressant mérite d'être signalé : en 1939, le gouvernement du Honduras avait projeté d'accueillir 10 000 familles juives fuyant le nazisme en Europe sur la base d'une « prime » de 1000 dollars par famille. Le projet n'eut pas de suite.

Hasard ou volonté de la providence : le drapeau du Nicaragua comme celui du Honduras sont aux couleurs de celui d'Israël : bleu et blanc. Des visiteurs nous signalent, en novembre 2015, que l'aéroport de Managua comme les transports en commun de la capitale nicaraguayenne étaient pavoisés aux couleurs d'Israël au prétexte d'une campagne de promotion de la « Terre Sainte ». Cela paraît surréaliste quand on sait que Daniel Ortega a suggéré en son temps au pape François d'exorciser Benjamin Nétanyahou. Quant au Honduras, son président,  était en visite officielle en Israël en octobre 2015. Devant le Congrès Juif Mondial, il a déclaré : « Aussi longtemps que je serai président, le Honduras défendra Israël ». Il faut dire que le président hondurien n'est pas un inconnu en terre d'Israël. Il y a été étudiant dans les années 1990.

Ainsi vont, en 2021, les destinées de deux petites communautés juives d'Amérique Centrale.

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