Richard Prasquier

Ancien Président du CRIF

Blog du Crif - Pass sanitaire, pass nazitaire. Bêtise ou problème de civilisation?

21 Juillet 2021 | 156 vue(s)
Catégorie(s) :
France

Jeudi 6 septembre s'est tenue la cérémonie d'échange des vœux entre les responsables de la Communauté juive, la Maire de Paris Anne Hidalgo et la présidente du Conseil régional d'Ile de France Valérie Pécresse.

Jeudi 26 juillet, j'ai écrit au Ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian afin de lui faire part de mon étonnement face à l'absence de mention d’Israël dans les déclarations du Quai d'Orsay suite à l'évacuation de casques blancs syriens.

Mercredi 25 juillet, j'ai adressé des courriers aux Présidents respectifs de la Fédération Française des Échecs et de la Fédération Française de Judo. L'objectif : mener à bien le combat pour l'égalité et contre la discrimination de toute nature.

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Actualité
Portrait de Gil Taïeb
Blog du Crif - Hors Normes
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18 Octobre 2019
Catégorie : Actualité

Dans le cadre du match de foot qui doit opposer le RC Strasbourg au Maccabi Haïfa FC, le Préfet de la Région Grand-Est a publié ce matin un arrêté inquiétant et profondément dérangeant. Je me suis entretenu avec le Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l'Intérieur, et avec le Directeur de Cabinet du Préfet du Bas-Rhin. Un nouvel arrêté devrait être publié, supprimant notamment l'interdiction des drapeaux nationaux et des signes de soutien aux deux équipes.

"Les juges d’instruction viennent enfin de rendre leur décision dans le meurtre barbare de Sarah Halimi, dans une ordonnance rendue le 12 juillet dernier. Elles estiment qu’il existe des "raisons plausibles" de penser que le discernement du suspect était "aboli" au moment des faits. Si elle est sans surprise, cette décision reste difficilement justifiable."

Ma réaction après l'annonce du report du vote de l'Assemblée nationale pour l'adoption de la définition de l'antisémitisme de l'IHRA. L'Assemblée nationale a également annoncé qu'avant d'être examinée, la proposition de résolution serait réécrite.

Dans cette éditorial, je m'exprime sur la décision du parquet de Paris de s'opposer à l'incarcération d'Alain Soral. Une décision que je juge inacceptable.

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Opinion

L'historien Laurent Joly publie un nouvel éclairage sur la collaboration de la France occupée à la déportation des juifs. Une œuvre magistrale.

Le Crif souhaite un prompt rétablissement à Jean-Pierre Allali suite à son récent accident et espère le retrouver très vite en pleine forme.

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Dans une manifestation contre le pass sanitaire on pouvait lire: « Prochaine étape, la rafle des non-vaccinés ». Le crétin qui arborait cette pancarte savait-il que le lendemain aurait lieu la cérémonie  en hommage aux victimes des rafles du Vel d’Hiv ? Connaissait-il le destin de ceux qui furent raflés et imaginait-il que son sort à lui pourrait être analogue ? A-t-il été surpris, ou honteux, ou narquois devant l’indignation de Joseph Schwartz, qui, montrant une feuille représentant une étoile jaune marquée de la mention « sans vaccin » a dit, que l’étoile jaune, lui, il  savait ce que c’était, car il l’avait dans la chair ?

Il est inutile, ici, de souligner la différence entre étoile jaune et pass sanitaire. Pass sanitaire, pass nazitaire: pour le plaisir de la rime, on invente un mot et on écrit une ignominie.

Est-ce que cela prouve, comme certains le disent, que l’enseignement de la Shoah a été défaillant ? Je ne crois pas. 

Je pense que le problème est plus profond. Comparer le pass sanitaire à l’étoile jaune, c’est s’engager dans des « faits alternatifs ». La conseillère de Trump qui avait lancé l’expression pour justifier un mensonge sur le public présent à la cérémonie d’investiture entérinait une pratique déjà décrite par George Orwell dans son maître-livre, 1984. Sous la caution  des philosophes post-modernistes, la réalité virtuelle, l’accès généralisé à des informations non contextualisées et l’entre-soi des réseaux sociaux ont légitimé  les fantasmes complotistes et abouti à la notion de post-vérité. Au siècle dernier, les mensonges étaient collectifs, publicitaires ou idéologiques, mais prétendaient refléter une vérité qualifiée de scientifique. Aujourd’hui, c’est la notion même de vérité qui a explosé. Ce qui est vrai, c’est ce qui m’apporte du sens ou qui m’est utile, à moi ou au groupe dont je me revendique.

Dans ce cadre, la comparaison abjecte avec l’étoile jaune charrie une signification plus complexe.

Si la Shoah reste le crime qui permet d’étalonner les dangers que l’on court soi-même, elle ne sert qu’à obtenir un statut de victime et revendiquer la liberté, une liberté pervertie car dissociée de toute responsabilité. Quant à la référence  au nazisme, ce que le philosophe Leo Strauss a appelé la « reductio ad Hitlerum », c’est un procédé utilisé  pour disqualifier I’adversaire, dont le Président Macron est aujourd’hui la cible. En outre, en creusant un peu, on décèle aussi une jalousie envers ces Juifs qui ont si bien utilisé -j’allais dire monnayé- leur statut de victimes, et par voie de conséquences une relativisation de la Shoah, qui, justement parce qu’on peut la comparer à une situation actuelle, n’aurait pas été l’horreur unique que l’on prétend.

La boucle alors se referme. Les propagandistes anti-israéliens ont compris que parler du « génocide » des Palestiniens permettait de marteler que leur sort était épouvantable, mais aussi de suggérer que les Juifs  exagéraient les crimes de  la Shoah à des fins utilitaires, et de renverser leur privilège mémoriel insupportable. Le «pass nazitaire», du seul fait que l’on se permet de l’évoquer, porte atteinte à l’histoire de la Shoah, au même titre que le « Gazacauste » qui assimile 220 morts pour la plupart combattants et six millions de victimes et permet de transformer les Israéliens en nazis tout en minimisant subrepticement les crimes des nazis à l’égard des Juifs.

Mais il y a plus : ceux qui comparent l’étoile jaune au pass sanitaire dynamitent aussi la langue car les mots perdent leur sens dans de telles analogies.

Il y a des gens pour les excuser « Oui, c’est ainsi que l’on parle aujourd’hui, par hyperbole, par exagération, ce n’est pas grave… ». Ce sont les arguments allégués par leurs avocats à propos des tweets monstrueux des harceleurs de Mila.

Apprendre à l’école  que le langage sert à échanger, à débattre et à raisonner et pas à éructer, insulter et mélanger. C’est un difficile programme, mais c’est un enjeu de civilisation. Est-il encore temps ?

Richard Prasquier