Lu dans la presse
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Publié le 12 Juillet 2021

Europe - Esther Bejarano, l’une des dernières survivantes de l’orchestre d’Auschwitz, est morte

Déportée en 1943 à Auschwitz, elle avait eu la vie sauve parce qu’elle était musicienne. Le ministre des affaires étrangères allemand a salué une « voix importante dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ».

Publié le 10 juillet dans Le Monde

Elle était l’une des dernières survivantes de l’orchestre des femmes d’Auschwitz. L’Allemande Esther Bejarano est morte dans la nuit du vendredi 9 au samedi 10 juillet, à l’âge de 96 ans, a annoncé le directeur du centre éducatif Anne-Frank, sur Twitter. « Elle a consacré sa vie à la musique et à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme », a écrit Meron Mendel.

« Nous endurons une grande perte avec sa mort », a écrit le président de la République allemande, Frank-Walter Steinmeier, dans un message de condoléances à ses enfants. « Elle restera toujours dans nos cœurs », a-t-il ajouté, saluant la mémoire d’une « personnalité courageuse qui s’est jusqu’à la fin engagée en faveur de ceux qui ont été poursuivis par le régime nazi ».

La vie sauve parce qu’elle était musicienne

Née à Sarrelouis, la jeune femme avait été déportée à Auschwitz en avril 1943 avant d’être transférée au camp de Ravensbrück, au mois de novembre de la même année. Ses parents et sa sœur ont été assassinés par les nazis. Esther Bejarano a eu la vie sauve parce qu’elle était musicienne.

Elle avait été recrutée au sein de l’orchestre des femmes d’Auschwitz pour jouer de l’accordéon, alors qu’elle ne savait jouer que du piano. Avec les autres musiciennes, elle devait jouer pour les prisonniers et pour les déportés à la descente des convois. En 2014, elle racontait à la Deutsche Welle, la radio internationale allemande : « Vous saviez qu’ils allaient être gazés, et tout ce que vous pouviez faire était de rester là et de jouer. »

Les déportés sur la rampe de sélection « nous faisaient signe de la main. Ils pensaient sûrement que là où il y a de la musique, ça ne peut pas être si mauvais. C’était la tactique des nazis. Ils voulaient que tous ces gens aillent à la mort sans se battre », avait-elle aussi témoigné.

« Voix de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme »

« Une voix importante dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme est décédée », a réagi sur Twitter le ministre des affaires étrangères allemand, Heiko Maas, en soulignant que « sa vitalité et son histoire incroyable » forçaient l’admiration.

Après la guerre, Esther Bejarano avait rejoint la Palestine et vécu pendant près de quinze ans en Israël, avant de revenir en Allemagne où, depuis des années, elle racontait son histoire. Elle mettait aussi en garde, ces dernières années, contre la montée de l’extrême droite. « Pour ceux qui ont vécu ça [la déportation], on ne peut pas décrire à quel point c’est grave », insistait-elle, citant notamment le mouvement xénophobe et antimusulman Pegida et le parti d’extrême droite AfD.

Avec sa fille et son fils, Esther Bejarano fonda, au début des années 1980, le groupe Coincidence pour interpréter des chansons du ghetto et des chansons juives et antifascistes. Elle s’est aussi produite avec un groupe de hip-hop, Microphone Mafia, avec lequel elle a effectué une tournée dans toute l’Allemagne. Figure très écoutée en Allemagne, elle a écrit plusieurs romans autobiographiques, s’est consacrée au chant et à ses activités au sein du Comité international d’Auschwitz.

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