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Publié le 28 Juin 2021

France - Elections régionales 2021 : Marine Le Pen et le RN incapables de briser le plafond de verre

Le Rassemblement national n’a gagné aucune région et a même parfois eu des résultats en recul lors du second tour, dimanche.

Publié le 28 juin dans Le Monde

La défaite est cuisante pour le Rassemblement national (RN). La mauvaise dynamique du parti d’extrême droite au premier tour des départementales et des régionales s’est clairement confirmée au second, dimanche 27 juin, et fragilise Marine Le Pen, à la veille du 17e congrès du parti, les 3 et 4 juillet.

« Une séquence électorale n’est jamais sans conséquences et sans enseignements, convenait la présidente du RN au dernier jour de la campagne du premier tour, le 19 juin. Evidemment que les régionales vont apporter leur lot d’enseignements. Elles vont confirmer que le RN est plus fort que jamais. » Il l’est au contraire sensiblement moins qu’aux régionales de 2015, et Marine Le Pen, qui voyait dans « cette théorie fumeuse du plafond de verre » – l’impossibilité du RN d’accéder aux responsabilités – « un argument pour rassurer les petits enfants », va devoir être plus prudente.

Dans sept régions, le RN n’augmente qu’insensiblement son score du premier tour – à l’exception de Laurent Jacobelli qui a gagné 5 points dans le Grand-Est, mais en raison du report quasi mécanique des 6,95 % des voix obtenues par Florian Philippot, le leader des Patriotes et ancien numéro deux du Front national.

La seule région dans laquelle le RN était arrivé en tête à l’issue du premier tour (36,38 % des suffrages le 20 juin), Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), a vu sa tête de liste Thierry Mariani (42,70 % dimanche) se faire battre sèchement par Renaud Muselier, candidat Les Républicains (LR), qui obtient 57,3 % des voix, alors que les deux hommes étaient encore donnés au coude-à-coude dans les sondages de l’entre-deux-tours.

« Alliances contre-nature »

Dans quatre régions, les têtes de liste font même moins bien que leur score du 20 juin. Dans les Pays de la Loire et en Auvergne-Rhône-Alpes, les deux candidats du « parti localiste » liés au RN, Hervé Juvin perd 2 points et Andréa Kotarac un point, tout comme Gilles Pennelle en Bretagne, un territoire traditionnellement rétif au parti d’extrême droite.

Mais la défaite la plus difficile a été infligée en Ile-de-France au numéro deux du RN, le député européen Jordan Bardella qui n’obtient que 10,79 % des suffrages, contre 13,14 % au premier tour. C’est aussi nettement moins qu’en 2015 : son aîné, Wallerand de Saint-Just, avait obtenu 18,41 % au premier tour, puis 14,02 % au second. La campagne du vice-président du RN, centrée sur l’insécurité et sur les départements ruraux de la région, n’a visiblement pas convaincu.

« Ce soir, nous ne prendrons pas de région », a rapidement reconnu Marine Le Pen, dimanche soir, en dénonçant des « alliances contre nature » des présidents sortants et en affirmant que le résultat en PACA « démontre que la mobilisation est la clé des victoires à venir ». « Lorsque deux Français sur trois persistent à ne pas voter, en particulier les jeunes et les classes populaires, c’est évidemment un message qui doit nous alerter, a déclaré la candidate à l’élection présidentielle. Car cette désaffection civique historique constitue un signal majeur lancé à toute la classe politique et même à toute la société. »

L’extrême droite ne prendra pas non plus de départements. Dans le Pas-de-Calais, c’est la débâcle pour le RN. Défait dans trois des six cantons remportés en 2015, il ne conserve que six élus. Marine Le Pen et son binôme, le maire d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois, y ont ainsi été élus conseillers départementaux avec un score de 59,72 %, devançant le binôme divers gauche (40,28 %). Même sort dans l’Aisne, l’Oise et la Somme, où l’extrême droite avait enregistré des victoires en 2015 et où elle ressort cette fois-ci bredouille, affichant ainsi un bilan en net recul dans l’ensemble des Hauts-de-France. Dans le Sud, le Rassemblement national perd également quelques cantons glanés en 2015, dans le Var, le Gard et l’Hérault. A Perpignan, la ville de Louis Aliot, le parti échoue à transformer l’essai du premier tour : en tête dans cinq cantons dimanche 20 juin au soir, il n’en remporte finalement aucun. Le Nord-Médoc, favorable au RN au premier tour, bascule à gauche.

Cette ligne politique a été reprise toute la soirée par le premier cercle des leaders du RN. « J’accueille ces résultats avec beaucoup d’humilité, a dit M. Bardella sur TF1. Mais c’est un échec pour l’intégralité de la classe politique puisqu’une grande partie des Français n’ont vu aucun intérêt à se déplacer pour cette élection. » Nicolas Bay, tête de liste RN en Normandie, y a même vu, sur France 2, le signe « d’un effondrement de la démocratie », avec une abstention de 65,42% au second tour.

Marine Le Pen, dans un bref texte lu depuis le siège du parti, à Nanterre, a dénoncé « une organisation désastreuse et erratique des scrutins par le ministère de l’intérieur » et assuré qu’elle était plus que jamais déterminée à mettre toute son énergie « à réhabiliter la politique », en militant pour l’instauration de la proportionnelle ou le référendum d’initiative citoyenne. « Tout doit être débattu pour rendre à nos compatriotes le goût de décider de leur avenir », a conclu Mme Le Pen. Elle n’est pas parvenue à mobiliser les électeurs, qu’elle avait un peu brutalisés au soir du premier tour en leur reprochant de n’avoir pas pris « cinq minutes » de leur temps pour éviter « ce désastre civique ».

Elle entend désormais tourner la page : « La présidentielle apparaît plus que jamais comme l’élection qui permet de changer de politique et les politiques, je donne rendez-vous aux Français dès demain pour construire tous ensemble l’alternance dont la France a besoin. »

Duel Bardella-Aliot

Avant la présidentielle, le RN doit se mettre en ordre de bataille lors de son congrès, la semaine prochaine, à Perpignan. Ces grands-messes sont théoriquement sans surprise : Marine Le Pen va nécessairement y être réélue à la présidence et confirmée comme candidate à l’élection présidentielle, et, forte des sondages prometteurs d’avant les régionales, les rares opposants en sont réduits à de discrets chuchotements en privé.

Ils sont cependant quelques-uns à penser que le recentrage du RN, engagé à marche forcée par Marine Le Pen, risque de dissoudre le parti dans « le système » politique, et ils ne pourront qu’estimer avoir raison après l’échec des régionales.

Les revers successifs des municipales et des régionales troublent en effet le jeu, et devraient se cristalliser dans l’opposition entre deux hommes : Louis Aliot, le maire (RN) de Perpignan, très populaire chez les adhérents, et Jordan Bardella, directeur de campagne des régionales, strictement aligné sur la position de Marine Le Pen.

Mais la défaite de ce dernier en Ile-de-France affaiblit indirectement Mme Le Pen. L’enjeu, c’est la présidence du parti, dont elle devrait démissionner en septembre pour se consacrer entièrement à la campagne présidentielle.

Jordan Bardella partait clairement favori pour lui succéder : diriger le parti est un plein-temps, difficilement compatible avec la gestion d’une grande ville comme Perpignan, à l’autre bout de la France.

Mais Louis Aliot a fait savoir qu’il était candidat, et compte pour s’imposer sur une victoire à l’applaudimètre – ce sont les adhérents qui votent directement au congrès. Il était arrivé premier au dernier congrès du parti, en 2018, et Jordan Bardella, alors âgé de 23 ans, n’était que treizième, mais il n’avait pas encore gagné ses galons aux élections européennes. Il s’agit cependant plus d’une rivalité de personnes que de programmes – au RN, on en fait toujours l’économie.

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