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Publié le 24 Novembre 2021

France - "Recolonisation France", l’organisation d’ultradroite démantelée, était pilotée par des militaires et d’anciens militaires

Treize personnes, âgées de 21 à 52 ans, ont été interpellées, mardi. Ce groupe « structuré et organisé au niveau national », selon la justice, appelait à prendre les armes.

Publié le 24 novembre dans Le Monde

L’Office central de lutte contre les crimes de haine (OCLCH) les pistait depuis dix mois. Mardi 23 novembre, 13 personnes considérées comme les membres les plus influents d’une cellule de l’ultradroite ont été interpellés à travers le pays, à Marseille, Saint-Didier (Jura) ou Pibrac (Haute-Garonne), notamment. L’opération, révélée par BFM-TV, a mobilisé pas moins de sept sections de recherche de la gendarmerie, à Amiens, Marseille, Besançon, Lyon, Montpellier, Toulouse et Versailles.

Les individus placés en garde à vue, âgés de 21 à 52 ans, sont « plutôt insérés socialement ». L’un d’eux est un militaire en formation dans le sud de la France, et l’on compte également une femme dans la cellule. Selon les informations du Monde, trois autres font l’objet d’une fiche « S ». Les perquisitions menées à leur domicile ont permis de mettre au jour une cinquantaine d’armes, pour certaines légalement détenues, et un lot de casques, gilets pare-balles, silencieux pour armes à feu, sans compter des manuels de survivalisme, de la littérature d’extrême droite et au moins un exemplaire de Mein Kampf.

En sus de cet arsenal, un important matériel informatique a été saisi aux domiciles des deux personnes considérées comme les administrateurs des groupes créés sur les réseaux sociaux créés par l’organisation, baptisée « Recolonisation France », véritables points de rencontre pour ses membres. Les données renfermées dans ces unités centrales et les téléphones portables récupérés par les enquêteurs feront l’objet d’une analyse par les services spécialisés du commandement de la gendarmerie dans le cyberespace (ComCyberGend).

« Un accès facilité à des armes »

« Ces individus, avec des profils de militaires ou d’anciens militaires, commençaient à se structurer, explique une source judiciaire, et disposaient d’un accès facilité à des armes. Comparés aux membres habituels de ce genre de groupuscule, bien moins organisés et structurés, ils sortent de l’ordinaire. »

Le groupe «Recolonisation France», qui appelle à la constitution de groupes armés, fait l'objet d'une surveillance par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) depuis l'été 2020.

Très actifs sur Internet, les membres avaient été repérés par la direction zonale de la sécurité intérieure à Marseille, dans le courant de l’année 2020, après la diffusion, dans une boucle Telegram, de vidéos particulièrement violentes. Sur l’une d’elles, un jeune homme manifestement d’origine orientale était gravement blessé par la chute d’un ascenseur. Dans d’autres messages, les responsables du groupe appelaient à la création de groupes armés par les « Français patriotes » pour se préparer à une guerre civile imminente en raison de la « pression migratoire ». Avisée, la préfecture des Bouches-du-Rhône avait transmis le dossier à la justice locale, le Parquet national antiterroriste ne s’étant pas saisi de la procédure à l’époque.

Associant filatures, surveillance et enquêtes sous pseudonymes sur Internet, les investigations au long cours menées par l’OCLCH ont permis d’identifier 110 autres membres à divers degrés d’implication, répartis sur l’ensemble du territoire – certains avaient été recrutés après un processus de sélection en ligne assez poussé – et de cerner les habitudes et les points de chute des militants les plus déterminés. Ceux-ci se retrouvaient parfois physiquement à l’occasion de repas dans des restaurants en région parisienne mais également d’entraînements au combat à mains nues. Quant aux membres les plus éminents de la structure, ils s’étaient vus délivrer des grades fictifs en fonction de leur position hiérarchique. Tous se retrouvaient, selon les termes du parquet de Marseille, « autour d’une idéologie identitaire, raciste et violente, notamment véhiculée à travers les réseaux sociaux ».

Recours à un dispositif de 1936

L’opération a été rendue possible par la mobilisation d’une ressource juridique peu courante : l’interdiction de constitution de groupes de combat, un dispositif adopté en 1936, deux ans après le coup d’Etat manqué du 6 février 1934 au cours duquel les ligues d’extrême droite avaient failli s’emparer du pouvoir. « Grâce à ce type de dispositif, assure le général Jean-Philippe Reiland, patron de l’OCLCH, nous pouvons neutraliser des formations avant que ne soit commise une infraction grave, notamment à caractère terroriste. Cela nous permet de frapper en amont, à condition que soient réunis les éléments constitutifs du délit. » Parmi ceux-ci figurent notamment une nécessaire hiérarchisation de l’organisation, la possibilité d’avoir accès à des armes et la capacité de provoquer un trouble à l’ordre public.

Cette dernière condition a pu être remplie lorsque des surveillances ont mis en lumière la participation de certains membres de Recolonisation France à des échauffourées avec les forces de l’ordre en marge de manifestations contre le passe sanitaire.

 

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