Lu dans la presse
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Publié le 23 Février 2021

L'article de presse que vous avez le plus lu cette semaine

Des «Heil Hitler» hurlés près de la synagogue et par une enseignante dans une classe, du porc jeté dans le jardin d’une famille juive, une flambée de posts sur le complot juif d’internautes romands: l’année 2020 a vu une augmentation des faits en Suisse romande. Rapport de la CICAD.

Cet article avait été publié dans le newsletter du 23 février 2021. Il est l'article de presse que vous avez le plus lu cette semaine. 

Monde - Des actes antisémites graves recensés à Genève

Publié le 23 février dans Tribune de Genève

L’antisémitisme n’a pas disparu en Suisse romande en 2020, même s’il est moins présent que dans d’autres pays du continent européen. En enregistrant 147 actes (contre 114 en 2019) dans son dernier rapport sur l’antisémitisme, la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) relève une «forte progression» principalement sur internet, mais une diminution des actes graves (3 au lieu de 6 en 2019). Mais quels actes la Cicad qualifie-t-elle de graves? Ce sont des atteintes à l’intégrité des personnes et des biens (agression, harcèlement, menace, profanation, intrusion, etc.).

Elle en donne trois exemples. Deux se déroulent à Genève: un individu qui fait le salut nazi en criant «Heil Hitler» aux abords de la synagogue, un enfant qui chante à une camarade juive «Lalalala la youde, grosse vache». La troisième concerne une famille romande qui a trouvé dans son jardin un emballage de jambon, puis des restes de charcuterie de porc et une kippa pour enfant.

Le projet de mémorial de la Shoah à Genève sur la table en mars

Le rapport cite aussi le cas d’une enseignante genevoise qui a lancé un «Heil Hitler» pour faire revenir au calme sa classe, après avoir jugé dans un cours qu’«après la guerre, les juifs ont récupéré des terres dans le monde entier alors que les nazis n’ont rien eu». À ce sujet, Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Cicad, qualifiait ce fait de «situation délirante» et regrettait le «manque de fermeté» du Département de l’Instruction Publique, lors de la conférence de presse tenue mardi au Club de la presse.

Le DIP a réagi à cette mise en cause par la voix de son secrétaire général adjoint en charge de la communication, Pierre-Antoine Preti: «Le Département de l'instruction publique ne peut laisser dire qu'il manque de fermeté dans ce type de situation. L'attitude et les propos décrits, s'ils sont avérés, sont inadmissibles. Avertie par un courrier de la CICAD, la direction de l'établissement concerné a répondu trois jours plus tard. Le dossier a immédiatement été pris en charge selon les critères et les délais légaux du droit administratif suisse. Ce type de dossier est traité avec le plus grand sérieux et la plus grande célérité par le DIP.»

Lors de la conférence de presse, le président de la Cicad, Alain Bruno Levy, avait aussi insisté sur le «manque de formation dans les écoles» alors que la «pénétration des préjugés discriminatoire est réelle» parmi les jeunes. Il indiquait cependant que «la question avait été abordée avec le Conseil d’État genevois afin d’inscrire au programme une sensibilisation aux discriminations, à l’utilisation des réseaux sociaux et à la différence entre information vérifiée et fake news». Parmi les actes préoccupants, est également cité dans le rapport, le fait que des employés d’une librairie genevoise aient retrouvé une mention «Sale juif», accompagnée d’une croix gammée, écrite dans un livre sur Spinoza.

De façon plus générale, la Cicad note que dans ces heures de confinement où le complotisme s’exprime largement, 36% des actes antisémites recensés en 2020 concernent la théorie du complot juif. Des complotistes qui se sont fait connaître à Genève à l’occasion d’une manifestation contre les mesures sanitaires anti-Covid, des groupuscules d’ultradroite comme Kalvingrad Patriote, actif à Genève, Dieudonné qui a réitéré ses propos négationnistes dans un spectacle à Genève en 2019 ou Alain Soral, installé à Lausanne, sont autant d’acteurs de l’antisémitisme en Suisse romande.

Alain Bruno Lévy évoquait les suites judiciaires données aux dénonciations faites par la Cicad en estimant avoir «l’écoute du procureur fédéral comme du procureur genevois». Cependant, le code de procédure pénal ne permet pas à la Cicad d’être partie prenante et d’avoir accès au dossier, ce que le président regrettait. En décembre 2020, le propriétaire d’un compte Twitter «New in Geneva», suspendu depuis, a été condamné pour discrimination raciale suite à des posts négationnistes et antisémites sur ce compte et sur son site internet dénoncé par l’association.

L’année 2021 a plutôt mal commencé par un nouvel acte antisémite à la synagogue de Genève, comme à celle de Lausanne, début février. Un paquet de lardons a été placé devant la synagogue de Lausanne et des tranches de porc ont été jetées dans l’enceinte de la synagogue de la Communauté juive libérale de Genève. Des plaintes ont été déposées dans les deux affaires.

Enfin, les représentants de la Cicad ont pu donner quelques précisions sur leur projet de mémorial de la Shoah à Genève. «Une première séance a été fixée au mois de mars pour en discuter en face-à-face avec la Ville de Genève, a déclaré Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Cicad. Nous aimerions trouver un lieu aux abords de la place des Nations, et il y aura probablement une mise au concours.» La forme prise par le mémorial reste à déterminer, «l’idée n’est pas uniquement de construire une œuvre d’art, mais surtout un projet pédagogique autour car l’éducation est pour nous l’un des meilleurs moyens de lutter contre l’antisémitisme», a ajouté Alain Bruno Lévy, président de l’association.

 

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