Etudes du CRIF
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Publié le 18 Décembre 2013

Etudes du Crif n°26 : « Le peuple juif et l’État d’Israël ont-ils été inventés ? »

Par Mireille Hadas-Lebel, Professeur émérite d’histoire des religions à l’Université de Paris IV-Sorbonne. Ce numéro des Études du Crif est téléchargeable ci-contre en fichier PDF.

Préface de Marc Knobel. Comment la Terre d’Israël fut inventée ? Comment le peuple juif fut inventé ? Voici les titres de deux derniers ouvrages publiés respectivement en 2008 et en 2012 par l’historien contemporanéiste israélien Shlomo Sand, spécialiste du philosophe et sociologue français Georges Sorel et du XXe siècle. Ces livres ont défrayé la chronique, ils ont suscité le débat et la controverse.

À leur parution, Shlomo Sand a pu développer sa thèse, ses thèses, devant un public attentif, intéressé ou, à l’inverse, dubitatif ou/et irrité. Les Juifs forment-ils un peuple ? Grande question. Quelques intellectuels (sociologues, orientalistes, linguistes, géographes, spécialistes en science politique, chercheurs en littérature, archéologues…) se saisissent de ces sujets éminemment complexes. Ils veulent en disséquer tous les enjeux, ils déconstruisent aussi les grands récits nationaux et notamment les « mythes » de l’origine commune, chers aux chroniques du passé.

Shlomo Sand, lui, parle du « mythe de la nation éternelle », reconstituée pour se rassembler sur la « terre de ses ancêtres ». Voici qu’il revient ensuite avec une réflexion sur le territoire d’Israël. Partant de considérations sur l’éclosion du concept de « patrie » en Occident et sur la (quasi) absence de ce terme dans les textes sacrés du judaïsme, Shlomo Sand se consacre alors à démonter l’argumentaire qui sous-tend l’élaboration de ce qu’il nomme un véritable « mytherritoire », superposition d’une aire géographique réelle ou supposée, constituée ou reconstituée à partir de récits légendaires, et du projet politique conçu par les sionistes à la fin du XIXe siècle de « foyer juif ». Soit. Tous les sujets peuvent être traités. Encore faut-il maîtriser, faire preuve de discernement, disposer de la connaissance, sans l’effleurer et ne pas tomber dans le piège.

Quel piège ? Lorsqu’un livre d’histoire devient pamphlet politique, lorsqu’une analyse que l’on prétendait sérieuse et recherchée, détaillée et scientifique, contient de grandes faiblesses d’argumentation, lorsque « l’utilisation biaisée des faits et le mépris affiché pour l’histoire des mentalités », en devient le seul ciment, le piège fonctionne. En une seule phrase, Mireille Hadas-Lebel, historienne française de l’Antiquité, spécialiste de l’histoire du judaïsme, résume ce travail : « Le ton choisi est révélateur du parti pris de l’auteur. » Dans ce numéro des Études du CRIF, Mireille Hadas-Lebel analyse, résume, explique, décortique, déconstruit minutieusement ce que Shlomo Sand prétend révéler. Elle publie ici deux articles qui jaugent le « parti pris » de l’auteur : « En prétendant traquer l’influence de l’idéologie sur la science, Sand tombe précisément dans le travers qu’il veut dénoncer », résume-t-elle. Un « travers », un triste « travers ».

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