Etudes du CRIF
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Publié le 4 Novembre 2019

Crif - Étude du Crif n°55 : Naissance de l’intellectuel juif d’expression française, de Sandrine Szwarc

Découvrez la nouvelle étude du Crif sur le thème passionnant des intellectuels juifs d'expression française. Grâce à Sandrine Szwarc, docteure en histoire moderne et contemporaine, et véritablement une spécialiste du sujet, c'est avec un grand intérêt que l'on se plonge dans la lecture de cette étude consacrée à la "Naissance de l'intellectuel juif d'expression française".

Découvrir l'étude du Crif n°55

Naissance de l’intellectuel juif d’expression française

Une étude de Sandrine Szwarc

Sous la direction éclairée et dynamique de Marc Knobel l’excellente revue des « Études du Crif » poursuit son grand bonhomme de chemin. Le numéro 55 qui vient de paraître ne déroge pas à l’excellence des précédentes publications. Il est consacré aux intellectuels juifs d’expression française et on ne pouvait pas trouver meilleure plume que celle de Sandrine Szwarc pour en parler. Cette historienne, qui vient, par ailleurs de publier une remarquable étude sur Éliane Amado Lévy-Valensi (1) et qui prépare un travail qu’on imagine novateur et original sur le mystérieux Monsieur Chouchani, est véritablement une spécialiste du sujet.

Pour Sandrine Szwarc, ce sont les figures d’Emmanuel Levinas (1906-1995) et de Vladimir Jankélévitch (1903-1985) qui, pour l’essentiel, ont suscité un engouement particulier pour la notion d’intellectuel juif. Des colloques, comme le « Nouveau Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française » en 2016 et celui consacré, en 2017, à « La montée des violences », des débats, en France comme en Israël et la publication de différentes revues, témoignent de l’intérêt croissant du public pour ce sujet.

Dès lors, il convenait de se poser la question de base : « Qu’est-ce qu’un intellectuel juif à notre époque? » L’auteure s’emploie avec brio à défricher la question malgré le « brouillard apparent » qui enveloppe cette notion à la fois évidente et complexe.

Une chose est sûre : la Shoah, l’exclusion des Juifs des pays arabes et la création de l’État d’Israël ont été autant de facteurs qui ont favorisé l’émergence de cette figure nouvelle qu’on a désignée comme l’ « intellectuel juif ». Sans oublier la Guerre des Six-Jours de 1967.

À la Libération, une expérience inédite voit le jour en France : l’École de Pensée Juive de Paris. Deux hommes, qui ont inspiré ce projet, se distinguent : le philosophe russe Jacob Gordin (1896-1947) et le fascinant génie, Chouchani, maître, entre autre, d’Élie Wiesel.

Autour, notamment, d’Éliane Amado Lévy-Valensi, de Léon Askénazi Manitou, d’Edmond Fleg, de Wladimir Jankélévitch, d’Emmanuel Levinas, d’Albert Memmi ou encore d’André Neher, vont émerger L’École d’Orsay (1946-1970) et, plus tard, le Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française ( 1957-2007).

Trois particularités ont marqué ce mouvement : la volonté de redonner ses lettres de noblesse à la pensée juive, faire revenir dans le giron du judaïsme, les intellectuels juifs qui s’en étaient éloignés et, enfin, la nécessité de former une nouvelle génération de cadres pour combler le trou béant opéré par la Shoah.

Sandrine Szwarc, à juste titre, rappelle le rôle éminent de Robert Gamzon (1905-1961), alias Castor Soucieux, fondateur du mouvement des Éclaireuses et Éclaireurs Israélites de France et créateur de l’École Gilbert Bloch d’Orsay. Une École qui, au départ, se voulait un centre de formation pour les cadres du mouvement scout. Quant au fameux Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française, il fut placé sous l’égide du Congrès Juif Mondial.

On ne saurait oublier, en effet, la participation essentielle des EEIF dans ce mouvement de renaissance. Castor fut épaulé par son épouse Denise alias Pivert (1909-2002) qui dirigea à ses débuts la ferme-école de Lautrec. L’École dite d’Orsay ouvrit ses portes, elle, le 14 octobre 1946 dans un petit château de la vallée de Chevreuse. « L’École aida ainsi de jeunes juifs venus de lieux et d’horizons différents à compléter leur formation universitaire par une étude approfondie des textes de la tradition juive ».

Pour ce qui est du Colloque des Intellectuels Juifs, Sandrine Szwarc rappelle à juste titre qu’il plonge ses origines sous l’Occupation par le biais de deux initiatives distinctes dues au fait que les intellectuels juifs exclus de l’université par le numerus clausus mirent sur pied des moyens détournés de poursuivre leur activité. Parmi eux, le musicologue Léon Algazi, le philosophe Aaron Steinberg, André Chouraqui et Georges Lévitte.

Partout, « ces rencontres portaient le témoignage de l’universalisme des sources juives, une religion que l’on avait voulu faire disparaître à Auschwitz… »

« Pour l’intellectuel juif-homme de lettres, universitaire, philosophe, scientifique, artiste, rabbin ou savant- , il s’agissait de relever un challenge après la tentative d’extermination du judaïsme et l’espoir suscité par la création de l’État d’Israël ».

Des intellectuels, donc, mais aussi et surtout des bâtisseurs qui auront, selon l’expression chère à Shmuel Trigano, assuré « L’éternité d’Israël ». Et cela, afin de « réconcilier les Juifs avec leur histoire ».

Une étude tout simplement remarquable.

Jean-Pierre Allali

(*) Les Études du Crif. N°55. Septembre 2019. 44 pages. 10 €.

(1) Éliane Amado Lévy-Valensi. Itinéraires. Éditions Hermann, 2019.

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Une étude de Sandrine Szwarc

 

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