Le CRIF en action
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Publié le 14 Novembre 2014

Antoine Sfeir reçu par les Amis du CRIF le 5 novembre

Devant plus de 300 personnes, au cours d'une conférence-débat intitulée "Des printemps arabes aux hivers islamistes?", animée par le journaliste Paul Nahon, Antoine Sfeir a livré son expertise sur la situation actuelle au Moyen-Orient.

Il a précisé les frontières entre islam et islamisme ainsi qu'entre islamiste et salafiste. Les influences changent au Moyen-Orient. Selon lui, demain la région sera dirigée par Israël, l'Iran et la Turquie. L'Arabie saoudite va perdre son influence."

Ci après un entretien avec Antoine Sfeir paru dans Actualité Juive à l’occasion de la conférence des Amis du CRIF :

« Les Israéliens, les Iraniens et les Turcs dirigeront demain le Moyen-Orient »

Propos recueillis par Steve Nadjar, entretien avec Antoine Sfeir publié dans Actualité Juive le 13 novembre 2014

Directeur des Cahiers de l’Orient, Antoine Sfeir était l’invité des « Amis du CRIF » le 5 novembre dernier. Il livre pour Actualité Juive son regard savant et décapant sur les nouveaux équilibres au Moyen-Orient.

Actualité Juive : Le titre de votre intervention « Des printemps arabes aux hivers islamistes ? » prend la forme d’une question. Est-ce à dire que la domination islamiste n’est pas selon vous l’issue inéluctable des insurrections de 2011 ?

Antoine Sfeir : L’islamisme n’est qu’une partie de l’islam. C’est pour cela qu’il faut éviter les amalgames. Tout Arabe n’est pas Musulman, tout Musulman n’est pas islamiste, tout islamiste n’est pas salafiste. Un islamiste est celui qui veut réislamiser le champ social, le champ administratif, le champ judiciaire, mais également les champs politique et économique. C’est quelqu’un qui cherche à s’emparer des rouages du pouvoir. Il admet les frontières, les États. C’est l’islamisation par le haut. Le salafiste veut lui revenir au salaf, à l’originel, au VIIe siècle. Mais il n’est pas intéressé par l’État. La planète tout entière est son champ d’action. À partir de ce constat, je crois que l’islamisme n’est pas du tout inéluctable. Aujourd’hui nous assistons à un islamisme qui déferle comme un tsunami. Mais il faut revenir à la source. Pourquoi ce déferlement ? Parce que l’Occident s’est allié dans les années 1950, au sortir de la guerre de Suez, avec ceux qui avaient une lecture littéraliste de l’islam, c’est-à-dire les Saoudiens. Et cela au moment où s’installaient dans toute la région des dictatures militaires, et où le seul théâtre d’expression libre était les mosquées, déjà aux mains des Saoudiens grâce à des rétributions. À commencé dès lors l’islamisation sociétale de toutes les sociétés arabes. C’est le sens du fameux slogan « l’islam est la solution ». On a assisté à la construction d’un système islamique mis en place par celui qui était encore le prince héritier saoudien, Fayçal : la Ligue islamique mondiale, l’Organisation de la conférence islamique et la Banque islamique de développement. Et l’Occident qui avait contracté une alliancestratégique avec Riyad ne souhaite pas jusqu’à présent fâcher les Saoudiens.

L’islamisme politique est-il un phénomène politique homogène ?

L’islamisme politique n’est qu’un des courants d’idée et d’opinion de l’islamisme auquel nous assistons et dont l’incarnation est les Frères Musulmans. Ceux-là sont venus dans les années 1950 en Arabie Saoudite. Le roi Fayçal avait alors conseillé au père de Tariq Ramadan, Saïd Ramadan, d’aller construire un centre en Suisse plutôt que de s’intéresser aux Saoudiens. Ramadan y créera en 1961 le fameux Centre islamique de Genève. Mais les Saoudiens, qui sont des salafistes, n’ont jamais supporté les Frères Musulmans. C’est le Qatar qui, n’ayant pas le choix, a choisi les Frères Musulmans aussi bien en Tunisie avec Ennahdha, qu’en Égypte, au Liban et en Syrie. C’est pour cela que les Saoudiens, qui craignent ce qu’ils ont eux-mêmes enfanté, comme les Qataris, se retrouvent à faire le grand écart. Il en va de même pour la Turquie d’Erdogan qui s’est alliée un moment avec Daesh et qui aujourd’hui est obligée de laisser passer des combattants kurdes.

Regrettera-t-on encore dans dix ans d’avoir laissé Daesh prendre ses quartiers en Syrie ?

J’espère qu’on ne le regrettera pas dans dix ans, mais il est certain que notre responsabilité est engagée. Regardez ce qu’on a fait en Libye. On a défendu la population de Benghazi, ce qui est à notre honneur. On a laissé mourir la population de Syrte, ce qui est à notre déshonneur. Depuis qu’on est intervenu, il n’y a pas une journée en Libye qui passe sans qu’il n’y ait de mort. Est-ce ce que l’on voulait ? On a éclaté le pays et l’on est parti. Et c’est ce que l’on est en train de faire en Syrie… Lire la suite.

Source: http://www.actuj.com/2014-11/moyen-orient/antoine-sfeir-les-israeliens-les-iraniens-et-les-turcs-dirigeront-demain-le-moyen-orient

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